‹ Médecine pratiqueChapitre 72 sur 115 · DES ANNÉES ENTIÈRES 1G7O, 'J I · texte numérisé non relu

DES ANNÉES ENTIÈRES 1G7O, 'J I

étaient très-abondantes, comme nous avons remarqué plus haut, étaient rares et peu considérables dans celle-ci ; mais la douleur de tète y était plus violente que dans l’autre. La langue des malades était humide et blanche, comme dans Fespèce précédente ; mais outre cela , elle était couverte d’une pellicule épaisse. Cette fièvre se terminait rarement par la salivation, ce qui n^était pas rare dans l’autre. Vers la fin de la maladie, il survenait plus souvent des aphthes que dans la fièvre précédente , ou dans aucune lièvre que j’aie jamais vue. Ces aphthes étaient produites par une matière âcre et hétérogène, que le sang déposait dans la bouche et dans le gosier, ce qui arrivait aussi dans la fièvre qui accompagnait la dyssenterie ; et elles venaient principalement à ceux qui avaient été plus long-temps malades , et qui étaient pkis affaiblis par un régime trop chaud.

La meme fièvre produisait aussi cette sorte d’aphthes qui étaient ordinaires aux dyssenteries opiniâtres, accompagnées de fièvre ; et cela arrivait sur-tout lorsque outre un régime trop chaud, on avait arreté par des astringens les déjections,

• avant que d’avoir évacué par la saignée et les purgations le foyer de la maladie.

3. Voilà quels étaient les vrais signes diagnostics influence fUs de cette fièvre. Les autres symptômes variaient chaque année, suivant que les qualités manifestes sur les mala-\ de fair changeaient en certain temps, et suivant . le progrès et les diffère ns états de la dyssenterie en général. Mais, pour mieux faire entendre ce que je veux dire , puisque c’est principalement par ce moyen que la nature produit les maladies épidémiques, je reprendrai les choses d’un peu pjus haut.

2 3o Fievre continue d’unï: UARTIE be 1669,

II faut done remarquer , que quoique les qualités manifestes de l’air n’influent pas tellement sur cliaque constitution , qu’elles soient les vraies causes des maladies épidémiques qui se rappor- tent proprement à telle et telle constitution, puisque ces maladies dépendent d’une certaine disposition cachée et inexplicable qui se trouve dans la constitution; néanmoins elles ont , suivant les différens temps , une influence sur les maladies éjiidémiques, en vertu de laquelle celles-ci paraissent, ou ne paraissent pas , selon que les qualités manifestes de l’air les favorisent ou leur sont contraires. Mais la constitution générale demeure entièrement la même , soit que ces qualités de l’air l’avancent , soient qu’elles la retardent.

4. Delà vient qu’entre différentes maladies épidémiques qui régnent sous une même constitution , telle ou telle maladie particulière arrive principalement dans la saison à laquelle elle est déterminée par les qualités sensibles de l’air , et qu’elle cède la place à une autre maladie épidémique , lorsque les qualités de l’air viennent à changer dans la saison d’ensuite. C’est ce qu’on voit dans la fièvre ou fixe ^ quelle qu’elle soit, qui

est du nombre des maladies épidémiques de l’année courante ; car cette fièvre se fait sentir principalement au mois de Juillet, et dès le commencement de ce mois elle attaque un grand nombre de personnes en même temps : mais quand l’automne approche , elle s’affaiblit et cède la place à la principale maladie épidémique de cette année-là.

La cause de cette vicissitude est la chaleur de l’été qui, mettant les humeurs en mouvement, donne lieu aux fièvres de la constitution générale de paraître dans cette saison ; au lieu que Tau-

Chap. IV.

ET DES AIDÉES ENTIERES 167O , 7I , 72. sSl

tourne les fait disparaître, tandis que la maladie épidémique dominante reprend le dessus.

5. Or, comme ce sont les qualités sensibles de l’air qui produisent au mois de Juillet les fièvres stationnaires ^ ce sont aussi les mêmes qualités de l’air, propres à ce mois-là, qui produisent divers symptômes entièrement étrangers aces fièvres, en tant qu’elles dépendent de la constitution générale.

De là vient que dans les années où il y a beaucoup de ces fièvres au mois de Juillet, et où elles sont accompagnées de plusieurs symptômes extraordinaires , outre ceux qui leur sont propres , en tant qu’elles sont l’effet de la constitution générale , elles ne laissent pas de demeurer les mêmes, quoiqu’à raison de la diversité de leurs symptômes le public les regarde chaque année comme nou- Yelles. Leurs symptômes particuliers ne durent que quelques semaines ; après quoi elles n’ont pendant le reste de l’année que leurs symptômes propres.

6, C’est ce qu’on voyait clairement dans les au- Exemple de très fièvres, et sur-tout dans les fièvres dyssen té- fièvre dyssenriques des mois de Juillet de 1671 et 1672. On torique, remarquait toujours dans la première de ces deux dernières fièvres, que les malades souffraient beaucoup, qu’ils rendaient une bile verte, et que sur

la fin de la maladie ils avaient une grande disposition à la diarrhée. Dans la seconde fièvre dyssentérique , les malades ressentaient dans les muscles , et principalement dans les extrémités , des douleurs approchantes de celles du rhumatisme : le pharynx était enflammé, mais moins que dans l’esquinancie. Ces deux symptômes spécifiques se rencontraient dans la même fièvre , et se guérissaient par les mêmes remèdes. Ils ne différaient cju’à l’égard des qualités sensibles de l’air, sous lesquelles ils arrivaient.

f!l32 FlàVRf. COWTINtTE d’üNE PARTIE DE I 669 ,

La régularité avec laquelle ces fièvres parais-

Comment on saicut toiit O UH coup RU couimencemeut de Juilpeut distin- |pg symotomcs particuliers dont elles étaient

guer 1 especa ' i *' • / i

particuliè' ede accompagnées durant un certain temps ( lesquels Cerre j^éanmoiiis étaient de même espèce, et se guérissaient par la même méthode que la fièvre qui subsistait l’année entière ); tout cela, dis je, fait assez voir comiiien il est difficile de déterminer toujours par les règne ;

fiisant une soigneuse attention aux autres maladies de cette année-là , et en observant exactement les symptômes fébriles qui ont rapport à telle ou telle é^Tîcuatioo. Un autre moyen de découvrir l’espèce de la fièvre, c’est d’examiner par quelle méthode ou par quel remède elle se guérit le plus facilement.

y. Quant aux autres symptômes qui accompagnent les stationnaires , ils dépendent uniquement des divers temps de la constitution , et ilssontplus ou moins violens , suivant que les symptômes des autres maladies épidémiques auxquelles ils appartiennent augmentent ou diminuent.

8. Mais pour revenir à notre sujet , la fièvre qui, comme nous avons dit plus haut, commença avec les dyssenteries, se soutint sur le meme pied qu’elles, si ce n’est qu’elle diminuait un peu lorsque les autres maladies épidémiques de ces annéeslà prenaient le dessus : mais elle persista durant toute la constitution avec plus ou moins de violence. ^

symptômes quelle est l’espèce de fièvre qui mais 00 peut la distinguer assez bien en

TraUpnient 9. PouF cc qui regarde le traitement de cette Jé fièvre, ayant observé, comme il a été dit aupa-

tUuUo!}. lavant, qu’elle avait absolument les môme symptômes que la fièvre de la dyssenterie . je crus que je guérirais mes malades si j’imitais en quelques manières l’évac-ualion dont se sert ordinairement

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la nature pour chasser aii-dehors la matière âcre et corrosive qui est la cause prochaine de la dyssenterie , et de la fièvre de la dyssenîerie.

Ainsi je mis en usage la meme méthode que j’ai décrite au long ci-dessus dans le traitement de la dyssenterie, au moins quant à la saignée et aux purgations réitérées; car je trouvai que les narcotiques employés entre les purgations n’étaient pas utiles comme dans la dyssenterie , et qu’au contraire ils étaient nuisibles , en ce qu’ils fixaient la matière peccante que les purgatifs auraient du évacuer.

Les premiers jours de la maladie, je nourrissais mes malades de crème d’orge ou d'avoine, de panades, et d’autres choses semblables, et je leur donnais pour boisson de la petite-bière un peu cbai>de. Après deux purgations, il n’était nullement nécessaire de leur interdire la chair de poulet, ou d'autres semblables aliraens aisés à digérer; car la méthode de traiter cette maladie par les purgatifs, permettait d’accorder ce régime, au lieu qu'il n’aurait pas convenu si l’on avait suivi une autre méthode.

La maladie était le plus souvent guérie après trois purgations , entre chacune desquelles je mettais toujours un joTir d’intervalle ; quelquefois néanmoins il fallait encore d’autres purgations. Si après que la fièvre avait cessé , le malade se trouvait extrêmement faible , et qu’il fût long -temps à se rétablir (ce qui arrive trèssouvent aux femmes hystériques ), je tâchais de rétablir les forces et de réparer les esprits , en donnant une petite dose de laudanum. Rarement ' je réitérais ce remède , et je ne l’ordonnais ja^ mais que deux ou trois jours après la dernière purgation. Mais rien ne contribuait tant à réta-

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D'où, en vient la première idée.

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blir les forces et à réparer les esprits , que de prendre l’air dès qu« la fièvre avait cessé.

10. Ce qui me donna la jiremière idée de suivre la méthode des évacuations, fut la maladie d’une jeune fille de mon voisinage, vers laquelle je fus appelé dans le commencement de cette constitution , lorsque j’examinais en moi-méme avec beaucoup de soin et d’attention la nature de cette nouvelle fièvre. La malade avait la fièvre , avec une terrible douleur au devant de la tète , et les autres symptômes de la fièvre dyssentérique. Je lui demandai comment sa fièvre lui avait pris, et depuis combien de temps. Elle me répondit qu’elle avait eu la dyssenterie , qui était alors épidémique , qu’elle en était quitte depuis quatorze jours ; et c[ue cette maladie , soit qu’elle eût cessé d’elle-méme , ou par la vertu des remèdes , avait été aussitôt suivie de la fièvre et de la douleur de tête. Je crus que je viendrais trèsbien à bout de remédier à ces accidens , si je substituais à la dyssenterie une autre évacuation entièrement semblable à celle dont la cessation avait occasioné la fièvre. En effet , je guéris cette femme par la méthode que- j’ai décrite cidessus. La même méthode emportait en très-peu de temps les fièvres de cette constitution.

Or, j’ai toujours été d’avis que , pour qu’une méthode de traiter les maladies aiguës soit bonne et recommandable , il ne suffit pas qu’elle réussisse heureusement , puisque cela arrive quelquefois à des femmes également ignorantes et téméraires; mais qu’il faut encore que la maladie se termine sans peine, et, pour ainsi dire , d’ellemême , autant qu’il est possible (i j. C’est une réflexion que je fais en passant.

(i) Le ôuccèa géueiai ([u’a uu JMedecm dans le tvailemejQt d’une maladie.

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ïi. Au commencement de Juin 1672 , le comte de Salysbury , homme de la première noblesse et d’un rare génie , étant tombé malade , me lit appeler. Il avait la lièvre dyssentérique avec des tranchées , mais sans cours de ventre. Il fut guéri par ma méthode , et je n’eus pas besoin d’en employer aucune autre tant que dura la maladie.

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