Tome
3o8 Toux épidémiques
Durant ce temps-là , je voulais que le malade
SECTION levé chaque jour pendant quelques
heures; je lui interdisais la viande, et je lui faisais boire tantôt de la petite-bière, tantôt l’eau laiteuse , tantôt une tisane rafraîchissante et adoucissante, précautiou bout dc dcux ou trois jours, si la douleur
au sujet des a,,* -i T-
lavemeus. dc cotc ctait cncorc violente et ne diminuait pas, je réitérais la saignée, et je continuais les lavemens. Une remarque importante à faire au sujet des lavemens, tant dans cette fièvre que dans les autres , c’est qu’il ne faut pas les continuer longtemps et sans interruption lorsque la maladie est sur son déclin, principalement dans les femmes hvstériques , ou dans les hommes hypocondriaques; d’autant que dans ces sujets-là le sang et les humeurs s’agitent et s’échauffent très-aisément; ce qui trouble l’économie animale, et prolonge les symptômes de la fièvre au-délà de leur durée ordinaire.
Multitude de 8. En doiiiiant ainsi à la matière morbirique
^^P^'rnSeuse!^ s’était jetée sur la plèvre et sur les poumons le temps de se dissiper peu à peu, tous les symptômes disparaissaient insensiblement. Mais les Médecins qui voulaient attaquer la maladie à force > ouverte, et employer quantité de remèdes, causaient la mort aux malades , ou du moins se trouvaient contraints, pour les sauver, d’avoir recours à un grand nombre de saignées , qui ne convenaient point dans une pareille maladie , ou qui étaient même dangereuses.
Il est vrai que dans la pleurésie idiopathique, la saignée réitérée plusieurs fois suffit seule pour la guérison , pourvu qu’on n’y mette pas d’obstacle par des remèdes chauds et un régime de même nature. Mais dans la pleurésie symptomatique dont il s’agit ici, il suffisait de saigner une fois
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OU tout au plus deux, à condition queFon permît qu malade de se lever, et d’user d’une boisson rafraîchissante. Il n’était nullement nécessaire , autant que j’ai pu l’observer, de saigner davantage, sinon lorsque la violence du symptôme pleurétique se trouvait fort augmentée parce qu’on avait échauffé le malade ; et alors même la saignée n’était pas tout-à-fait sans danger.
9. A Cette occasion je remarquerai ici une chose Pleurésie madont tous les Médecins ont déjà parié, savoir, qu’en certaines années la pleurésie est si maligne, que la saignée n’y convient point, ou que du moins Oil ne pent y saigner autant de fois qu’il est ordinairement nécessaire dans cette maladie. J’avoue que la pleurésie vraie et essentielle qui attaque indifféremment dans toutes sortes d’années et de constitutions, comme nous dirons ensuite, indique toujours la saignée réitérée. Mais il arrive quelquefois , qu’une fièvre épidémique dépose volontiers sur la plèvre et sur les poumons la matière morbifique , en conséquence d’une altération des qualités manifestes de l’air, et que néanmoins la fièv re demeure entièrement la meme.
Dans ce cas-là , quoiqu’on puisse permettre la La saignée j saignée pour obvier à ce symptôme , et, lorsqu’il est fort violent, néanmoins , à parier en général, il ne faut pas tirer beaucoup plus de sang à raison du symptôme , qu’on n’en aurait tiré à raison de la fièvre qui le produit. Car si la fièvre est de telle nature, que la saignée y convienne, on pourra réitérer la saignée dans la pleurésie qui est un symptôme de la fièvre. Mais si la saignée ne convient pas dans la fièvre, elle ne conviendra pas non plus , et même sera nuisible dans la pleurésie qui en dépend.
Ôr, c’était justement le cas, du moins selon moi,
3 1 O Toux ÉPÎDÉMIQÜÎÎS
S-ficrxoix V.
Exemple de pleurésie symptomatique guérie avec uue seule saignée.
^Traitement de la toux fans fièvrç.
de la pleurésie symptomatique , dont la fièvre qui régnait en ce pays-ci dans le temps que les toux survinrent, était accompagnée , savoir, cet hiver 1675; et jai cru devoir le remarquer, parce que je pense qu’on se trompe grossièrement dans le traitement des fièvres , si l’on n’a pas sans cesse devant les yeux la constitution de I année , en tant qu elle produit telle ou telle maladie épidémique , et qu’elle communique à toutes les autres maladies qui régnent en meme temps, la nature et le caractère de cette maladie épidémique.
10. Au mois de Novembre de cette année 1670, je traitai le fils aîné du Chevalier Frcifiçois VFindham \ il était attaqué de la fièvre dont nous parlons. Il avait une douleur de côté , et les autres symptômes ordinaires de cette maladie. Je ne le fis saigner qu’une fois ; je lui fis appliquer un emplâtre - vésicatoire sur la nuque du cou, et je lui fis donner des lavemens tous les jours. Je lui fis boire tantôt des tisanes et des émulsions rafraîchissantes , tantôt de la petite*bière , tantôt de l’eau laiteuse; et je voulus qu’il demeurât chaque jour levé pendant quelques heures. Par cette méthode, il fut hors d’affaire en peu de jours, et ayant été purgé, il fut entièrement guéri.
lï. Quoique les symptômes qui survenaient à la toux fussent particuliers à cet hiver , néanmoins la toux arrivait encore plus souvent alors sans en être accompagnée. Il ne fallait pour la guérir ni saignées ni lavemens, à 'moins qu’on n’eùt excité la fièvre par un régime ou des remèdes chauds. Il suffisait de permettre au malade de sortir et de prendre l’air , et de lui interdire absolument la viande, le vin, et les autres liqueurs spiritueuses qui occasionnent la fièvre. J ordonnais aux malades de mâcher souvent des tablettes
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suivantes. Ce sont les meilleures que je connaisse contre les toux qui viennent de froid (r).
Prenez sucre candi , deux livres et demie. Faites- Tablettes pecle cuire dans sujjisante quantité deau , jusqu à ce qiiil s'attache aux doigts. Ajoutez alors poudre de réglisse , d année , de semence danis et de semence d angélique , de chacune demi-gros ; poudre diris , et fleurs de soufre , de chacune deux scrupules'.) huile danis., un scrupule. Faites des tablettes que le malade portera toujours sur soi , et il en prendra une de temps en temps.
T 2. Avant que de finir ce que j’avais à dire touchant les maladies épidémiques, je dois répondre par avance à une objection qu’on ne manquera pas de me faire , savoir , que ma méthode ne combat pas suffisamment la malignité qui se trouve dans plusieurs de ces maladies. Je ne prétends pas détruire l’opinion reçue par de trèssavans hommes , tant de notre siècle que des siècles précédens , sur la malignité de certaines maladies , et quand je le voudrais, je ne le pourrais pas , cette malignité n’étant que trop manifeste dans la plupart des maladies épidémiques (2).
(1) Les tablettes que l’Auteur décrit ici sont utiles dans les toux habituelles qui ne sont pas accompagnées de fièvres , et où la matière morbifique a besoin d’être atténuée pour la facilité de l’expectoration. Mais lorsque la matière est claire , âcre et irritante , les tablettes doivent être composées de choses glutineuses , adoucissantes , mucilagineuses , et légèrement astringentes.
Dans l’un et l’autre cas les vésicatoires sont très-utiles. Le looch suivant , qui est tiré de la pharmacopée d’Edimbourg, est un excellent remède pour appaiser la toux produite par une humeur claire et irritante.
Prenez poudre de gomme adraganthe composée , deux gros ; blancs d'œufs battus , une once ; sirop diacode , deux onces. Mêlez cela ensemble pour un looch , auquel on peut ajouter un gros de cachou.
La poudre de gomme adraganthe composée est faite avec gomme adraganthe , une once ; gomme arabique , cinq gros; amidon , réglisse et graine de pavots blancs, de chacun deux gros ; graines des quatre grandes semences froides dépouillées de leur peau , de chacune un gros.
(2) Voici les signes qui font connaître les maladies malignes. Elles commencent avec un frend et un frisson léger, qui est suivi aussitôt d’un grand
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Section V.
En quoi consiste la malignité dans les maladies.
Bans quelle sorte de malignité les sueurs sont utiles.
3i2 TOÜX EPIDEMIQUES
On me permettra seulement d’exposer ce que je pense de sa nature , aiio de justifier par ce moyen ma pratique.
13. Je crois donc que toute îa malignité des maladies épidémiques, cpielque puisse être d’ailleurs sa nature spécifique , consiste dans des particules très-chaudes et tres-subtiles , plus ou moins contraires à la nature des humeurs du cops humain ; parce qu’il n’y a que de semblables particules qui puissent altérer aussi promptement les humeurs, que nous voyons que cela arrive. Je crois encore que ces particules chaudes et spiritueuses agissent principalement en s’assimilant les humeurs; car suivant les lois de la nature, tout principe actif tend à produire son semblable, et à changer en sa propre nature tout ce qui lui est opposé. C’est ainsi que le feu engendre le feu, et qu’un homme attaqué d’une maladie contagieuse en infecte un autre, au moyen des vapeurs corrompues qui , se communiquant aux humeurs, se les assimilent, et les changent en leur propre nature.
14. Il semblerait de là , que le premier soin devrait être d’é^^acuer parla sueur ces particules morbifiques ; car de cette façon on guérirait radicalement la maladie en peu de temps. Mais l’expérience est contraire , et elle fait voir que cela ne saurait se faire dans toute sorte de malignité. Il est vrai cpae dans la peste , les particules pes-
abattement ; eu meme temps le pouls est petit, fréquent , et concentré. Le malade tombe aisément en défaillance s’il se tient le corps élevé : il est continuellement dssoupi , sans pouvoir dormir ; et s’il dort , il se trouve ensuite plus abattu, et tombe en délire. Il ne se plaint pas de grandes douleurs , de soif, ou d’autres symptômes incommodes ; cependant il est mal à son aise. A la fin les extrémités deviennent froides, le pouls devient intermittent, on üe le sent presviue plus , el la mort n’est pas éloignée.
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tilentielles étant extrêmement subtiles, et étant jointes aux parties les plus spiritueuses du sang, elles peuvent se dissiper et s’évacuer par une su e U r c O II t i n U é e . Ma i s da n s d’a u très fi è vr es ma li gii es dont les particules morbifiques ne sont pas si subtiles, et sont unies à des humeurs plus grossières, cette évacuation est absolument impossible , et souvent même les sudorifiques ne font qif augmenter la malignité ; car plus on met en mouvement ces particules chaudes et spiritueuses par l’usage des remèdes échauffans , plus aussi on augmente la faculté cpi’eUes ont de s’assimiler les humeurs ; et plus les humeurs sur lesquelles elles agissent sont échauffées , plus aisémenjt aussi elles cèdent à leur impression , et leur deviennent semblables,
La raison semble dicter que les remèdes qui sont d’une ^natpre contraire aux particules morbifiques , non-seulement répriment leur violence , mais encore épaississent et fortifient les humeurs , et les mettent en état de soutenir ou même de rendre inutiles les efforts de ces particules nuisibles.
J’en appelle à l’expérience ; elle m’a appris que les taches des fièvres pourprées, et la noirceur des pustules dans la petite-vérole, augmentent à mesure qu’on échauffe le malade ; et qu’elles diminuent quand on emploie un régime tempéré, qui est le seul convenable dans ce cas*là.
i5. On me demandera peut-être comment il Pourquoîi» arrive que la malignité consistant en cîes parti- ontsoucules emflamraées et spiritueuses, on voit néan-
. A ^ ^ 1 T synnitomes ie-
moins assez souvent, meme dans les maladies buies. les plus malignes , si peu de signes de fièvre. Je réponds que , dans la peste, qui est la principale des maladies malignes , les parties morbifiques sont si subtiles et si spiritueuses, sur-iout dans
Section V-
Quels sont les remèdes les plus convecaï)les contre la ïsaîignité,
3r4 Toux ÉPIDÉMIQUES
le commencement de la contagion, qu’elles pénètrent le sang comme un éclair, détruisent les esprits animaux, et ne causent pas meme d’ébullition dpns le sang; d’où il arrive que le malade meurt sans fièvre.
16. Mais dans d’autres maladies épidémiques oil le degré de malignité est moindre, la confusion que les particules morbifiques produisent dans le sang et dans les humeurs, et le trouble où elles jettent l’économie animale, sont quelquefois cause de ce qu’on voit si peu de signes de fièvre ; car la nature étant alors comme accablée, ne saurait exciter les symptômes réguliers qui conviennent à la maladie, et elle n’en excite presque que d’irréguliers. Ainsi la fièvre qui devrait naturellement paraître , se trouve arretée. Cela vient aussi quelquefois d’une métastase de la matière morbifique qui, lorsqu’elle est en turgescence, se jette sur les nerfs, ou sur quelques autres parties du corps , ou meme sur les humeurs qui sont hors du courant de la circulation.
17. Quoiqu’il en soit, je ne vois pas qu’on doive employer contre la malignité d’autres remèdes que ceux qui conviennent à la maladie épidémique où elle se trouve, Si done la maladie épidé-^ mique est du nombres de celles où la matière fébrile doit d’abord être digérée et ensuite évacuée par les sueurs, ou du nombre de celles qui se terminent par quelque éruption , ou du nombre de celles qui ont besoin de quelque évacuation produite par le secours de Fart; dans tous ces cas, la malignité qui accompagne la maladide aura les mêmes vicissitudes qu’elle, subsistera, diminuera et finira avec elle ; et par conséquent toutes les évacuations qui sont nécessaires en général contre la fièvre , le sont aussi contre la malignité , quel
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que contraires qu’elles soient les unes aux antres. ' ^
^ ^ Chap. vL
Ainsi les sueurs qui sont une suite et un enet de la coction de la matière morbifique , remédieront à la malignité des fièvres intermittentes d’automne , et de la fièvre continue qui est de meme nature. La maturation convenable des pustules remédiera à la malignité de la petite-vérole , et ainsi de toutes les autres maladies. La meme méthode qui les guérit, détruit aussi la malignité qui les accompagne. Yoilà , si je ne me trompe, ce que m’apprend la raison , et ce qui est toujours confirmé par l’expérience.
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