Maintenant si on me demande comment on Je r espèce
peut reconnaître les espèces particulières des dunefièrre. fièvres continues par les marques que nous avons données dans la description des fièvres, puisque la plupart des fièvres continues ont des symptômes qui appartiennent à toutes les fièvres en général, comme la chaleur, la soif, l’inquiétude, etc.; je réponds qu’à la vérité la chose est difficile, mais non pas absolunientimpossible, pourvu qu’on se donne la peine d’examiner scrupuleusement toutes les circonstances dont nous avons parlé dans l’histoire précédente, sur-tout si l’on est dans une ville , ou dans qiielque autre lieu où il y ait beaucoup de monde.
Supposons qu’un Médecin soit appelé pour traiter une fièvre continue. Le premier moyen qu’il a pour juger sainement de la nature du mal, c’est de savoir, par ses propres observa^ tiens, ou par celles d’autrui , quelles autres maladies épidémiques régnent dans le meme lieu outre cette fièvre, et de quel genre elles sont.
Q uand il connaîtra cela, qui n’est pas difficile, il ne pourra plus douter de quel genre est la fièvre qui accompagne la maladie épidémique régnante. Car quoiqu’il puisse arriver que cette fièvre ne se montre que sous des symptômes communs à toutes les fievres, principalement si la nature est troublée et dérangée par une mauvaise méthode , on ne laissera pas cependant d’y reconnaître des caractères propres et manifestes d’épidémicité.
q. Par exemple , un Médecin qui examinera des petites-véroles, et qui saura bien l’histoire de
RÉCAPITÜLA.TIOTf.
cette maladie, jugera facilement, soit par le jour que commence 1 éruption ,soit par la grosseur des pustules, la couleur, etc. de quel genre sont ces petites-véroles ; et quand il aura une fois cette connaissance, il saura aussi quel est le genre de la fièvre qui règne en meme temps et dans les memes lieux.
Pour moi, si je connaissais parfaitement l’histoire des maladies, ce que je suis bien éloigné de m’attribuer, je pourrais, en voyant toute sorte de maladies épidémiques, prononcer hardiment sur le genre de la fièvre qui régnerait alors, quand même je n’en aurais pas vu une seule ; et de même en voyant une fièvre quelle qu’elle fut, je saurais quelle maladie épidémique l’accompagnerait, si ce serait la petite-vérole , ou la rougeole, ou la dyssenterie, etc. ; car chaque constitution particulière est toujours accompagnée de quelqu’une de ces maladies, et d’une fièvre particulière.
5. Mais outre les moyens que nous fournit la considération des maladies épidémiques du même temps, pour connaître la nature de chaque fièvre continue, les symptômes mêmes de la fièvre servent beaucoup à cela. Car quoique toutes les fièvres , comme nous avons dit plus haut, aient certains symptômes qui leur sontcommuns, il ne laisse pas d’y avoir certaines marques distinctives que la nature à mises dans chaque espèce particulière; et comme ces marques sont délicates et peu sensibles, elles ne se laissent apercevoir que par des gens habiles et accoutumés à examiner avec une attention scrupuleuse les moindres circonstances d’une maladie.
Sijenr,oudé- Entre les signes distinctifs dont je parle, j’ai
faut de sueur, ,*
principaux si- toujours regarde ta sueur, ou le deiaut de sueur,
gnes distinc- coiumc Ic priucipal et le plus certain , pourvu
tais des üevres. , ^ l
qu on n ait pas derange 1 état naturel de la hevre
Récapitulation.
par une mauvaise manière de la traiter: et c’est une vérité dont j’ai été pleinement convaincu dans toutes les maladies épidémiques que comprennent mes observations précédentes.
6. Par exemple , dans la fièvre continue qui régnait avec force lorsqu files fièvres intermittentes d’automne ne furent plus si dominantes, la peau des malades était sèche , et avant la coction de la matière fébrile , qui s’était faite ordinairement le quatorzième jour, on ne voyait pas la moindre marque de sueur. .On ne pouvait meme l’exciter sans mettre les malades en grand péril , et sans leur causer aussitôt la frénésie , et d’autrès symptômes très-dangereux.
Dans la fièvre pestilentielle qui suivit cette fièvre continue, et qui précéda toutes les fièvres inflammatoires qui vinrent depuis ce temps-Ià, il n’y avait point de sueurs spontanées ; mais on pouvait les exciter par des sudorifiques, meme dès le premier jour de la maladie; et quand une fois elles étaient venues, tous les symptômes disparaissaient.
Dans la fièvre qui régna ensuite, et qui accompagna les petites-véroles régulières, les malades, des le commencement quïls étaient attaqués , avaient des sueurs si abondantes , qu’ils en étaient tout trempés. Mais quand on ‘ laissait aller ces sueurs, elles ne faisaient qu’augmenter tous les symptômes, loin deles diminuer.
Dans les deux fièvres qui accompagnèrent les deux sortes de petites - véroles irrégulières et les dyssenteries , il y eut aussi des sueurs irrégulières; mais le plus souvent ce n’était que les premiers jours, quoique la sueur de la première des deux fièvres fût un peu plus abondante que celle de la seconde. Dans rijne et dans l’autre elle n’était d’au-
Chap. VI.
Exemple def^^ cela.
Récapitulation^.
commencement.
Cime utilité, parce qu’elle ne venait pas d’une coc-
SfiCTION V, . • ^ ^ 1 ' 'J’ f
tion qui eut precede, mais d un mouvement conius de la matière morbifique.
Difficulté de Ce qui me paraît sur-tout difficile , c’est de
connaître 1 es- ^ dans le Commencement d’une constitu-
pece d une ne-
vre dans le tiou , l’espècc particulière d’une nouvelle fièvre, puisqu’alors on n’en a vu aucun exemple , et qu’on ne sait point encore quelles seront les maladies épidémiques qui viendront ensuite, et qui sont ordinairement précédées de la fièvre. Il serait ennuyeux de rappeler ici tout ce qui arrivait au commencement de chaque nouvelle constitution pendant les années dont nous avons 'parlé , pour montrer que la nature fournit des moyens assez sors de parvenir à celte connaissance, laquelle dépend nécessairement d’une observation trèssoigneuse et très -exacte de toutes les circons¬
tances.
Danger d’aller 8. Mais quclquc difficile qu’il soit de distinguer
trop vite dans gpiremcnt l’espèce d’une nouvelle fièvre qui ne
fait que commencer, et quand meme on supposerait cela entièrement impossible ; du moins il nous reste toujours, par rapport au traitement, de prendre notre indication sur ce qui est utile et sur ce qui est nuisible; et par ce moyen, nous pouvons mettre le malade hors de danger, pourvu que nous allions en tâtonnant, et sans trop nous presser : car il n’est rien, selon moi, de plus pernicieux que celte précipitation , ni rien qui fasse périr un plus grand nombre de ceux qui sont malades de la fièvre. ♦
Quanta moi , j’avouerai franchement, qu’ayant à traiter des fièvres dans lesquelles je ne voyais pas clair , et ne connaissant pas encore la roule que je devais suivre , j’ai pourvu plus d’une fois à la sûreté du malade et à ma propre réputation
Récapitulatioiv.
en ne faisant rien du tout ; car en veillant sur la maladie, afin de trouver Foccasion favorable d’entreprendre cpielque chose d’avantageux , la fièvre se dissipait insensiblement d’elle-même, ou bien elle prenait un type qui me faisait connaître par quelles armes il fallait la combattre. Mais une chose déplorable , c’est que la plupart des malades ne sachant pas qu’il est également du devoir d’un habile Médecin de ne rien faire en certaines occasions , et d’employer en d’autres les plus puissans remèdes, ils attribuent à sa négligence ou à son ignorance , ce qu’ils devraient regarder comme un effet de sa probité et de sa bonne foi; puisque le plus extravagant empirique est aussi en état d’accuniuler remèdes sur remèdes , et qu’il a coutume de le faire davantage que le plus sage Médecin.
9. Voilà à peu près ce que j’ai observé, du moins ce que j’ai pu réduire en méthode touchant les différentes espèces de maladies épidémiques, et suivant l’ordre qu’elles on gardé depuis l’an 1661 , jusqu’à la fin de l’an 1676, auquel temps les petites-véroles et les fièvres continues qui les accompagnent, sont devenues d’un meilleur caractère , et semblent prêtes à cesser, après avoir dominé depuis près de deux ans. Quant aux maladies qui viendront ensuite , elles ne sont connues que de celui à qui rien n’est caché.
SXCTION VI .
Fièvres stationnaires se succèdent les unes aux autres.
Fièvres intermittentes se inêleat avec les stationnaires , et les unes avec les autres.