Baielet, Vie de Deseartes, t. II
2. Docteur Bertrand de Saint-Germain, Descartes considéré comme physiologiste et comme médecin. In-8°,
Paris, 1869.
DESCAR L ES MÉDECIN
et leur réciproque influence devaient l’y conduire. Il prouve que nous ne sommes pas tous libres au même degré, ni chacun également en toutes circonstances et que, même dans l’état de santé, et sans qu’il y ait aliénation mentale proprement dite, la responsabilité de nos actes est souvent atténuée, quelquefois même abolie, par la fougue du tempérament et la violence des passions, lesquelles font taire la raison et emportent la volonté. Devançant l’esprit moderne, Descartes appelle de ses vœux une jurisprudence plus circonspecte et plus clémente que celle en vigueur de son temps.
De courtes notions sur la pathologie, la thérapeutique, la matière médicale, voire l’hygiène, existent également dans l’œuvre du philosophe.
En pathologie, Descartes est humoriste : l’altération des humeurs est, pour lui, la cause des maladies; il faut expulser la matière peccante , si l’on veut récupérer l’état de santé normal. Ses idées diffèrent pourtant de celles de Broussais, en ce que le premier attribue l’inflammation à une altération des humeurs et à des troubles de la circulation, plutôt qu’à l’irrigation, qu’il regarde comme consécutive.
En thérapeutique, Descartes s’est montré plus réservé, et n’a que rarement cédé aux sollicitations de ceux qui lui ont demandé des conseils pour la direction de leur santé. 11 avait, cependant, ses malades qu’il visitait; il donnait des consultations
ou vantait des recettes, que souvent il avait luimême éprouvées (1). On trouve, dans sa Correspondance, telle ordonnance contre les épistaxis, qui n’est pas plus déraisonnable que bien des prescriptions modernes.
Notons que Descartes avait été appelé à se prononcer sur le cas d’un illustre malade, dans des circonstances qui méritent d’être rappelées.
En 1647, lors de son passage à Paris, il eut occasion de rendre visite à Pascal qui, à la suite d’une trop grande contention d’esprit, avait été atteint d’une sorte de paralysie des membres. « Il en était réduit à ne marcher qu’avec des potences. Ses jambes et ses pieds devinrent froids comme du marbre, et on était obligé de lui mettre tous les jours des chaussons trempés dans l’eau-de-vie, pour tâcher de lui faire revenir la chaleur aux pieds (2) . »
Les médecins avaient défendu à Pascal tout travail de tête. Descartes, consulté, se borna à conseiller au célèbre penseur de « rester au lit tous les matins, jusqu’à ce qu’il fût las d’y être, et de prendre force bouillons ». Jacqueline Pascal ajoute
1. Voir Lemoine, L’Ame et le Corps ; cf. Descartes et la Princesse Palatine on de l’influence du cartésianisme sur les femmes du xvne siècle, par A. FoucheR de Careil; Paris,