Origines tourangelles de Descartes , Tours
3. Deux étudiants de l’Université de Poitiers : Bacon et Descartes.
4. Notes sur la famille Descartes, par A. Labbé, Chatellerault, 1893. Nous en devons l’obligeante communication à l’auteur, que nous remercions ici de l’empressement qu’il a
chante monographie, aurait relevé un acte de baptême du 7 décembre 1790, où la marraine, Claude Ferrand, est qualifiée de veuve de « honorable homme, Me Jehan Descartes ».
En outre, l’abbé Lalanne (1) a établi que le mari de Claude Ferrand était bien le médecin Pierre Descartes : le contrat de mariage, ou pour mieux dire des fiançailles, qui avait précédé l’union religieuse, est du 3 octobre 1543 (2). Le mariage de Pierre Descartes avec Claude Ferrand (3) est donc certain.
Les fiançailles eurent lieu en 1543, mais l’époque à laquelle l’église les consacra ne nous est pas connue.
mis à nous transmettre son opuscule. D’après une généalogie ancienne que M. A. Labbé a eue entre les mains, Anne- Claude ou Claudine Ferrand aurait épousé Pierre Descartes, médecin à Châtellerault. L’auteur du Dictionnaire des familles du Poitou , M. Beauchelet-Filleau, à l’article Ferrand, mentionne également ce mariage et en indique la date (3 octobre 1543). « Il y a donc lieu de croire que le curé qui a rédigé l’acte de 1590 s’est trompé, ou que le mari de Claude Ferrand portait les deux noms de Jean et de Pierre ». A. Labbé, loc. cit.
1. « Pierre Descartes, dit l’abbé Lalanne, épousa une Châtelleraudaise, Claude Ferrand, qu’il n’est pas possible de lui dénier pour femme, puisque marraine en 1604, alors qu’elle était veuve, d’un frère consanguin de René, l’acte de baptême lui donne le titre d’aïeule paternelle de l’enfant. » Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. II, 1871-
2. Bulletin et Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, t. XIX, loc. cit.
3. Voir différents actes relatifs à Claude Ferrand dans les Notes sur la famille Descartes, par A. Labbé. Châtellerault, 1893, notamment à la page 8.
DESCARTES MÉDECIN
Claude ou Claudine Ferrand, lille de Jean Ferrand et de Louise Rasseteau, avait « l’âge de unze à douze ans », quand intervinrent les conventions matrimoniales entre ses parents et Pierre Descartes, « docteur en médecine, à présent demeurant à Châtellerault ». Toutefois, le mariage ne devait être consommé, que quand la jeune fille aurait l’âge nubile, « les solempnitez de l’Esglise premièrement observées et gardées ».
D’après les lois ecclésiastiques en vigueur, il fallait, pour se marier, avoir atteint l’âge de puberté; mais, pour se fiancer, c’est-à-dire pour se promettre réciproquement de s’épouser, il suffisait d’avoir l’âge de raison, puis, la bénédiction nuptiale du prêtre consacrait devant l’église les engagements respectifs des parties. Enfin, l’âge fixé par les lois civiles pour présumer la puberté était celui de douze ans accomplis pour les filles, de quatorze ans pour les garçons.
Pierre Descartes n’était pas riche. De son côté, Claude recevait en dot six cents livres tournois et un trousseau évalué au sixième de cette somme.
Nous n’entrerons pas dans les détails du contrat. Aucun des parents du jeune médecin n’y figure. Etait-il orphelin, ou avait-il été abandonné par sa famille, on l’ignore. On est mieux renseigné sur la famille des Ferrand, dans laquelle entrait le médecin Descartes.
Jean Ferrand, premier du nom, fut, avant 1547, médecin de la reine Eléonore, seconde femme de François Ier. Après avoir exercé avec succès l’art de guérir, à Châtellerault, il vint s’établir à Poitiers (1), théâtre plus vaste et mieux en rapport avec ses talents chirurgicaux.
Jean Ferrand, le père (2), ainsi qu’il se qualifie, a joui en Poitou, dans la première moitié du seizième siècle, d’une renommée que son habileté chirurgicale suffit à justifier. Le journal de médecine opératoire qu’il nous a laissé contient l’exposé des découvertes, merveilleuses pour l’époque, qu’il fit à l’aide de son scalpel, sur ses clients, alors qu’ils étaient passés dans un autre monde.
Nous sommes portés à croire que le mariage du médecin Jean Ferrand avec Louise Rasseteau est de la fin de 1532 (3).
1. On l’y trouve recteur de l’Université en 1568, pendant le décanat de François Pidoux, mort en 1577. (Cf. V Histoire de l’ancienne Faculté de médecine de Poitou (1431-1793), par le docteur Jean Jablonski, médecin à l’Hôtel-Dieu (feuilleton 8 du Républicain de la Vienne.)
2. Le père de Jean Ferrand Ier, Jacques Ferrand, enseigne des gardes du duc de Montpensier, avait été anobli par Henri II, pour services rendus à la guerre en 1554.
3. Nous ne savons pas d’une façon certaine à quelle époque remonte le mariage des deux époux; cependant, une note recueillie dans des papiers de famille nous apprend que « Louise Rasseteau, mariée à noble Jean Ferrand, docteur en médecine, demeurant à Châtellerault, avait été secourue par ce dernier en temps de contagion, et qu’après l’avoir guérie, il en avait obtenu la main ». Cette particularité a permis d’établir une date approximative.
DESCARTES MEDECIN
De Louise Rasseteau, femme de Jean Ferrand, naquirent neuf enfants, quatre garçons et cinq filles.
L’aîné des fils, qui portait comme son père le prénom de Jean , est le seul qui nous intéresse; il succéda à son père dans la charge honorifique de médecin ordinaire du roi, qu’il occupa sous Charles IX et Henri III. Comme son père, il fournit une carrière brillante dans la médecine et fut très apprécié de Charles IX, qui l’anoblit en janvier
Dès le 20 février 1563, la reine-mère, Catherine de Médicis, avait nommé Jean II Ferrand, son conseiller et son médecin ordinaire, employant à son égard les termes les plus flatteurs.
L’imprimeur à Paris des œuvres médicales des Ferrand, Michel Sonnius, rue Jacob, à l’enseigne de Saint-Jacques, nous donne, dans son avis préalable au lecteur, de précieux renseignements sur la famille Ferrand, et particulièrement sur Jean Ferrand, deuxième du nom :
Jean Ferrand, écrit ce bibliopole, médecin du roi et des ducs de Montpensier, a recueilli dans divers auteurs plusieurs choses relatives à certaines branches de la médecine. Il se préparait à les mettre en ordre et à les publier, quand une mort subite renversa tous ses projets. Ces écrits gisaient inaperçus sur le sol dans la poussière et allaient bientôt disparaître, si Michel Ferrand, frère du défunt, lieutenant général de la sénéchaussée de Châtellerault, ne les avait soustraits à un éternel oubli. Il en a extrait ce petit ouvrage sur les
fièvres, qu’il a pris soin de faire imprimer, afin que si vous en tirez quelque avantage, il publie aussi les autres travaux de son frère, qui sont très nombreux. Il n’a rien épargné pour favoriser vos études. De son côté, Antoine Ferrand, excellent juge, lieutenant civil et criminel au Châtelet, a apporté tous ses soins à tirer ces écrits de la poussière et à les mettre au jour. Ces trois frères paraissent avoir travaillé si ardemment à votre profit que, pour faciliter vos études, Jean, l’aîné, y a consacré sa vie, Michel sa fortune, Antoine son entière sollicitude, ses effets et ses amis. En conséquence, si vous retirez quelque fruit de ce livre, remerciez-en les Ferrand; dans le cas contraire, tenez-leur compte de leur générosité et
de leurs bonnes intentions.
Son discours fini, l’imprimeur Sonnius prend
congé de ses lecteurs, qu’il invite à prier pour les
Ferrand, si jaloux du bien public.
Les Ferrand, sortis de la Basse-Touraine, vers Champigny-sur-Vende, étaient depuis longtemps établis à Châtellerault, lorsque Pierre Descartes y vint lui-même contracter l’alliance illustrée par les mérites de son fils Joachim et le génie de son petitfils René.
Où résidait ce médecin avant d’adopter pour sa patrie le Haut-Poitou? L’acte des fiançailles de 1543 contient cette phrase significative : « A présent demeurant aud. Chastellerault ».
On présume que Tours était le lieu où il exerçait la médecine, avant le mariage qui lui ouvrit, dans le pays châtelleraudais, sous les auspices de son beau-père et de son beau-frère, l’un et l’autre méde-
descartes médecin
cins ordinaires du roi et en grande vogue, une carrière brillante, interrompue en 1566, par une mort prématurée. Ce qu’on peut tenir pour certain, c’est que Pierre Descartes habitait Châtellerault avant 1543, qu’il s’y est marié, qu’il y a vécu vingt-trois ans et qu’il y a fini ses jours.
Il exerça très péniblement sa profession, dans la petite ville où il s’était fixé vers la fin du règne de François Ier. Dans l’année 1543, il était désigné, par ordonnance de Geoffroi Pastoureau, lieutenantgénéral de la sénéchaussée, pour visiter de prétendues blessures, faites à un enfant de chœur de l’église collégiale de Notre-Dame par « le maître de la psalette » (1) .
Pierre Descartes, l’aïeul de René, était donc, dès ce temps-là, résidant à Châtellerault.
Indépendamment de sa maison de ville (2), Pierre possédait quelques propriétés rurales aux environs de Châtellerault.
Pierre Descartes mourut à Châtellerault, sa patrie d’adoption, où il fut enterré.
1. Y. les détails de cette affaire dans fopuscule de M. Labbé, 7-8. Le médecin Descartes reçut dix sols pour ses honoraires d’expert.
2. Cette maison fut vendue, après la mort de Joachim Descartes, survenue en octobre 1640, par son fils Pierre, conseiller au Parlement de Bretagne, et frère de René, à Me Pierre Rasseteau, président en l’élection de Châtellerault. (Labbé, op. cit., p. 10-11.)
De l’union de Claude Ferrand avec Pierre Descartes, était né un seul fils, Joachim. On n’a pu préciser le lieu et la date de sa naissance; mais comme les époux Descartes habitèrent la ville de Châtellerault, le mari vingt-quatre ans au moins, sa femme plus d’un demi-siècle, tout porte à croire que Joachim y a vu le jour en 1553, sur la paroisse de Saint-Jean-Baptiste; il aurait donc eu trente-six ans lorsqu’il se maria.
Joachim Descartes, qui devint conseiller au Parlement de Bretagne, épousa Jeanne Brochard, le 15 janvier 1589. De l’union de Joachim Descartes avec Jeanne Brochard, naquirent quatre enfants, deux garçons et deux filles : l’aîné, Pierre , fut baptisé à La Haye, en Touraine, le 19 octobre 1591; une fdle, Jeanne, serait venue au monde en 1593. La seconde fille de Jeanne Brochard mourut quelques jours après sa naissance.
René Descartes (1), né aussi à La Haye, le 31
1. Acte de baptême de René Descartes, 3 avril 1596. (Paroisse Saint-Georges de La Haye. Registre des baptêmes depuis le 24 août 1591 jusqu’au 10 mars 1597.)
« Le même jour a été baptisé René, fils de noble homme Joachym Descartes, conseiller du roy en son parlement de Bretagne, et de damoyselle Jeanne Brochard. Les parrins