Acte de décès de la mère de Descartes et d’un enfant
nouveau-né. 13 et 16 mai 1597.
Registre de la paroisse Notre-Dame de Lahaye.
Le second suit immédiatement le premier.
« Le xme jour de may 1597, sur les sept heures du soir, est décédée damoiselle Jehanne Brochard, femme et épouse de noble homme Me Joachim Des Cartes, conseiller du roy à Rennes, le corps de laquelle a esté enterré en l’église Notre- Dame de ceste ville de Lahaye. »
(Pas de signature.)
En marge est écrit : Reçu pour la fabrique XX s.
« Le xvie jour de may 1597, est décédé un petit enfant, fils de Monsieur des Cartes, enterré en l’église. »
(Pas de signature.)
En marge est écrit : Reçu pour la fabrique X s.
2. Dans une lettre écrite à Elisabeth, princesse Palatine, Descartes laisse entendre, à tort, que sa mère était morte en lui donnant le jour. Nous venons de voir qu’il se trompait, puisque Jehanne Brochard a eu un autre enfant, né après la naissance de René Descartes. Voici la lettre à la Palatine, à laquelle nous venons de faire allusion : « Estant né d’une mère qui mourut peu de jours après ma naissance d’un mal de poumons causé par quelques déplaisirs, j’avois hérité d’elle une toux seiche, et une couleur pasle, que j’ai gardée jusques à l’âge de plus de vingt ans, et qui faisoient
DKSCARTES MÉDECIN
Trois ans après la mort de Jeanne Brochard, son époux, Joachim Descartes, se remariait en Bretagne, à la fin de 1599 ou au commencement de 1600, après avoir abandonné le Poitou où il revint cependant quelquefois.
Il eut de sa seconde épouse, Anne Morin, quatre enfants.
Dans cette situation, qui lui imposait la charge et les soins de plusieurs enfants fort jeunes, issus de deux lits, il est permis de supposer que René, alors âgé d’environ quatre ans (son frère aîné en avait neuf et sa sœur sept), a été confié aux soins de son grand-oncle et parrain, Michel Ferrand, et de sa grand’mère, Claude Ferrand, qui habitaient l'un et l’autre, fa petite ville de Châtellerault.
En 1604, âgé de huit ans, René entrait au collège des Jésuites de la Flèche. Le reste est suffisamment connu pour qu’il soit utile de le reproduire une fois de plus.
La maison occupée par la famille Descartes existe encore (ou existait, du moins, il y a quelques années), sous le n° 126 de la rue Bourbon, à Châtellerault, « voie étroite, moins que rectiligne, à laquelle les constructions modernes et les remanie-
que tous les médecins qui m’ont vu avant ce tems-là, me condamnoient à mourir jeune. » Lettres de M. Descartes , t. Ier, lettre XXIII. Baillet, Vie de M. Descartes, t. Ier, chap. III.
JVfÉDÊCÏNS AMATEUKS
ments utilitaires enlèvent chaque jour un pèu plus de sa physionomie vieillotte et de son incohérence architecturale.
On y accède par une porte élégamment ornementée et après avoir franchi un petit réduit voûté en forme de berceau et entouré d’un banc de pierre où les clients de Jean Ferrand et de son gendre, l’un et l’aütre médecins, attendaient lëür toül* de consultation, on entre dans une petite èour, où se remarque, à gauche, un puits; de là, on gagne les salles du rez-de-chaussée, tellement vastes qu’il a fallu les diviser pour les rendre habitables. Puis on monte au premier étage et aux greniers, par un escalier de pierre en limaçon, dont les spirales ont bien les formes gracieuses de l’époque. Mais, jusque-là, aucun signe particulier ne révèle les noms et le passage des anciens habitants de cette vieille demeure. Il s’y en trbüve cependant; bar, après avoir franchi un passage, qui conduit au fond à la seconde coür de l’habitation, on remarque, en tournant à droite, Une grande fenêtre, au haut de laquelle s’étalent les arrhes des Ferfand, sculptées en relief au milieu du linteau de la baie. Deux pilastres cannelés et surmontés d’ün chapiteau forment les montants de l’ouvertüre et lui impriment le cachet indéniable du seizième siècle (1). »
1. Bulletin 'et Mémoires âe Tû S'ôPMté dfei A ntidftiàires de VOuest, 137-139.
DESCARTÈS médecin
Au résumé, si le Poitou peut être considéré comme le berceau de la famille de l’auteur immortel du Discours sur la méthode, on ne saurait méconnaître que la Touraine, voire la Bretagne, ont leur part à revendiquer dans l’héritage glorieux que se disputent ces trois provinces, toutes également françaises.
Si l’on veut répartir équitablement les parts, on devra s’en tenir aux conclusions de l’auteur du travail que nous avons mis à contribution et restituer au pays châtelleraudais, les origines de la famille Descartes : c’est à Châtellerault qu’est né et s’est marié le père de René; c’est dans le Châtelleraudais que se trouvent les douaires des seigneurs du Perron (1) et de la Bretallière.
A La Haye, René Descartes est venu au monde et a fait entendre ses premiers vagissements (2); son
1. « C’est dans le Châtelleraudais que les aïeux de René Descartes, les Descartes, les Ferrand, les Brochard, les Rasseteau, les Sauzai, les Sain avaient leur domicile, leurs propriétés et leurs titres nobiliaires ; c’est là que René recueillit son patrimoine. Il appartenait aussi, lui, à la hiérarchie féodale de cette contrée, à cause de sa seigneurie du Perron. Ce titre de sieur du Perron, que sa famille lui donna dès sa naissance, comme pour protester, ce semble, contre toute usurpation de la véritable origine de son puîné, ce titre, il l’a toujours conservé à La Flèche, à Paris, à Stockholm. » Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1856-1858, t. VIII, 251.
2. « Il est constant, dit Baillet, que M. Descartes n’a point eu d’autre patrie que La Haye, en Touraine. C’est une petite ville située entre la Touraine et le Poitou, sur la rivière de
grand-oncle et son bisaïeul étaient également originaires de la Touraine.
La Bretagne et son aristocratique Parlement peuvent revendiquer Joachim Descartes et les brillantes alliances de ses nombreux descendants; mais la France entière a le droit de s’enorgueillir du philosophe, du savant, du précurseur de la physiologie moderne.
Creuse, dans une distance presque égale d’environ dix lieues entre la ville de Tours et celle de Poitiers, au midy de cellelà et à l’orient d’été au nord-est de celle-cy. Il n’y a point de contrée1 en Europe que l’on puisse préférer à cette partie méridionale de la Touraine, soit pour la température de l’air et la douceur du climat, soit pour la bonté du terrain et des eaux, et pour les agréments qu’y produit le mélange des commodités de la vie. »
On a parfois reproché aux scoliastes de torturer les textes de nos écrivains, pour y découvrir ce que ces derniers eussent été bien étonnés d’y avoir voulu enfermer. Tout en partageant cette défiance à l’égard des commentateurs, nous devons reconnaître qu’il n’est pas oiseux d’étudier un génie sous toutes ses faces; nous éprouvons même quelque satisfaction à constater que, s’il a brillé dans un genre spécial, il a eu toutes les curiosités qui l’ont fait s’intéresser à des matières parfois éloignées de celles mêmes qu’il s’est plu à étudier.
A vue superficielle, La Fontaine paraît le plus original, le plus libre des génies, alors qu’il n’a guère fait que des adaptations ou des imitations. Peut-on nier qu’il ait emprunté à Phèdre, à Esope, qu’il proclame, d’ailleurs, avec loyauté, ses modèles; pas plus qu’il ne cherche à dissimuler ce qu’il doit aux traditions orientales et, plus particulièrement, aux fabulistes indiens. On hésite, néanmoins, à les
proclamer ses maîtres et ses modèles, tant il a su envelopper d’une forme personnelle ce qu’il reconnaît avoir tiré du fonds d’autrui.
Une question s’est également posée, qui est loin d’être indifférente pour qui recherche ce qui revient, dans l’élaboration d’un chef-d’œuvre, d’une part à l’intuition créatrice, de l’autre, aux connaissances acquises. Pour La Fontaine, on peut se demander s’il a eu véritablement le souci de l’exactitude scientifique, ou s’il n’a entendu se laisser guider que par sa fantaisie.
S’est-il préoccupé de la nature animale, — comme les peintres de mœurs se préoccupent de la nature humaine, — avant de donner un langage aux bêtes? Fut-il, en un mot, un observateur patient; ou n’at-il cherché qu’à peindre les travers de l’être le plus élevé dans l’échelle animale, sous le masque d’autres êtres qui lui sont inférieurs?
Qu’importe, dira-t-on, si nous y goûtons du plaisir, que ces enchanteurs, qu’on nomme des poètes, commettent quelques attentats à la majesté de la science? Ont-ils jamais eu la prétention de satisfaire les esprits précis, qui se plaisent à l’austère vérité plus qu’à l’aimable fiction? A quoi nous pourrions répondre que, s’il en était ainsi, l’art d’écrire consisterait seulement à aligner des mots dont la pensée serait absente.
Celui-là, quoi qu’on prétende, gardera toujours
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