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FAGON

Gravé par Ficquet d’après la peinture de H. Bigaud

MADAME DE SÉVIGNÉ

sensé sur de hautes personnalités médicales, qu’on a trop de tendance, de nos jours, à confondre, dans un même dédain, avec des praticiens de moindre mérite. Ce qu’elle dit de Fagon, l’archiâtre du grand roi; de Bourdelot, le médecin et familier du grand Condé; de M. Du Bois, qui soignait Mme de La Fayette, montre en quelle estime elle tenait ces savants, ces maîtres de la médecine de leur temps.

La marquise prenait volontiers les avis de M. Fagon dans les cas embarrassants, et même, elle les suivait. Le vendredi 27 mai 1678, elle écrivait à Mme de Grignan, alors en Provence, une lettre dont nous extrayons ce passage :

« Je veux vous rendre compte d’une conférence de deux heures que nous avons eue avec M. Fagon, très célèbre médecin. Nous ne l’avions jamais vu; il a bien de l’esprit et de la science. Il parle avec une connaissance et une capacité qui surprend, et n’est point dans la coutume des autres médecins qui accablent de remèdes. Il n’ordonne rien que de bons aliments. » Que ne s’en est-elle tenue aux conseils d’hommes éclairés comme Fagon! Nous n’aurions pas à lui reprocher d’avoir braconné sur notre domaine, d’avoir accordé sa faveur aux pires ennemis de notre profession.

Mme de Sévigné, en effet, qui a une méfiance instinctive des médecins diplômés, témoigne d’une crédulité parfaite à l’égard des personnes extra-médi-

cales. Quand, par hasard, elle accorde sa confiance à un représentant de la Faculté, elle en est littéralement coiffée, mais cette confiance ne dure guère; peu de jours après, elle le quitte pour en prendre un autre, revient au premier, en prend un troisième, enfin, les abandonne tous, pour revenir aux remèdes de bonne femme. Et ils étaient nombreux ces remèdes ! Il n’y avait pas de châtelaine, pas de grande dame, qui ne fût engouée de quelque drogue plus ou moins nauséabonde, et qui ne la préconisât autour d’elle.

Mme de Sévigné a, toute sa vie, fait de la médecine; elle aurait vécu de nos jours, qu’elle se fût exposée à des poursuites pour exercice illégal; mais rassurons ses mânes, elle est morte depuis plus de trois siècles : il y a prescription.

La santé de sa fille, de ses parents, de ses amis, font occupée très activement; dans presque toutes ses lettres, elle prodigue les conseils médicaux à ceux qui lui en demandent, souvent, aussi, à ceux qui ne lui en demandent pas, et force nous est de convenir que son prosélytisme était plus ardent qu’éclairé.

En parcourant sa volumineuse correspondance, il ne nous sera pas malaisé de démontrer que Mme de Sévigné mériterait largement le Digna est intrare in nostro docto corpore , du grand Comique.

Disons, tout d’abord, que la marquise se met sou-

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