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CHATEAU DE GRIGNAN

Gravure de Le Petit ( Collection de l’auteur)

MADAME DE SÉVIGNÉ

de lin sus-nommée — cette eau de lin qui a conservé à la France le grand ministre Colbert — du pain de roses, de l’eau de cerises, du crocus, qui n’était autre que du kermès, du bouillon de bétoine et du bouillon de chicorée sauvage, destiné, celui-ci à produire des effets merveilleux, et qui ne paraît pas avoir été moins favorable à sa tille.

Ah! cette chère enfant, que de sollicitude on a pour elle; rarement, l’amour maternel a été poussé plus loin! La moindre égratignure dont se plaint la comtesse devient, pour cette bonne mère, prétexte à une foule de conseils et de recettes médicales.

Mme de Grignan avait quitté Paris, pour la Provence, à la fin de janvier 1671; la première lettre maternelle est datée du 6 février. La santé de la jeune comtesse n’est pas très bonne; elle avait fait une fausse couche peu de temps après son mariage, et elle était à nouveau enceinte. Mme de Sévigné se tourmente d’un voyage qu’a fait Mme de Grignan, avec son mari, à Marseille. « On vous aura tiré du canon qui vous aura émue, cela est très dangereux. On dit que Mme de Biez accoucha l’autre jour d’un coup de pistolet qu’on tira dans la rue... Au nom de Dieu, si vous m’aimez, reposez-vous souvent, et surtout prenez vos mesures pour accoucher à Aix, au milieu de tous les prompts secours. Vous savez comme vous êtes expéditive; rangez-vous-y plus tôt que plus tard. »

Entre temps, elle lui donne des nouvelles de ce qui se passe à la Cour et à la ville. Des bruits courent sur le compte des fdles d’honneur de la reine; voici une anecdote qui les concerne, et nous fait du même coup connaître une médication de l’époque contre la rage.

« Au reste, mande Mme de Sévigné à sa fille, si vous croyez les filles de la reine enragées, vous croyez bien. Il y a huit jours que Mme de Ludres, Coëtlogon et la petite de Vouvray furent mordues d’une petite chienne, qui était à Théolon; cette petite chienne est morte enragée; de sorte que Ludres, Coëtlogon et Vouvray sont parties ce matin pour aller à Dieppe se faire jeter trois fois dans la mer. »

Cet usage de traiter la rage par les bains de mer remontait à une lointaine antiquité; s’il faut en croire la légende, le poète Euripide, mordu par des chiens enragés, fut plongé dans la mer par des prêtres égyptiens (1). Au dix-septième siècle, c’était devenu une pratique courante.

Est-il besoin de dire que cette médication était surtout efficace... quand la bête qui vous avait mordu n’avait pas la rage. Le remède ne pouvait agir que par auto-suggestion. Cependant, en dépit des progrès de la science, le préjugé de plonger

1. Docteur Wickersheimer, La rage et son traitement à Dieppe par les bains de mer (1907).

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