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MARMONTEL

Gravé par Saint-Aubin (Collection de l’auteur)

DIDEROT ET LES SCIENCES MÉDICALES

thèses aventureuses. Ce qu’il importe de retenir, c’est que le problème de l’origine de la vie a été résolu par Diderot, tout comme il le serait aujourd’hui par les représentants les plus qualifiés de l’évolutionnisme.

Là encore où Diderot devance la physiologie moderne, c’est quand il avance que chaque organisme se résout en une multitude d’organismes élémentaires, tous également vivants, et quand il soutient que l’animal n’est, au fond, qu’une réunion d’animaux : il y a donc à considérer à la fois la vie propre à chaque organe et leur vie commune.

Sur beaucoup d’autres points, Diderot se montre en accord avec son ami Leroy, dont nous avons dit plus haut les relations qui les unissaient. Ainsi Leroy, comme Diderot, accorde aux animaux l’intelligence, qu’on leur avait toujours déniée jusqu’alors; il a également pensé, avant Gall, à étendre les fonctions du cerveau, « dont le développement, plus ou moins considérable dans la série animale, explique la hiérarchie de leurs facultés ». Diderot y ajoute que l’analyse de ces fonctions est du ressort du physiologiste, au même titre que celles de la sécrétion rénale ou testiculaire; vues singulièrement hardies pour l’époque et qui laissent pressentir, tout simplement, la théorie des localisations cérébrales.

Toujours curieux de nouveautés scientifiques,

notre personnage était entré en rapport avec Bordeu, qui, selon l’heureuse expression du docteur Paître (1), fut à la fois « le confident, l’ami, le précepteur biologique de Diderot ».

Théophile de Bordeu nous est, généralement, présenté comme un médecin bel-esprit, qui a eu pour clientes toutes les belles dames du siècle le plus galant qui fût et qui donna ses soins, entre autres, à trois des favorites du roi, dont il avait réussi à gagner les bonnes grâces. On conte même que, jeune provincial fraîchement débarqué à Paris, il avait commencé par s’y sentir assez embarrassé de sa personne; mais encouragé à ne pas se taire, il réussit promptement à se faire écouter. Il captiva même un peu plus que l’attention de certaine jolie personne, qui remplissait auprès de Mme de Mailly, alors la maîtresse en titre du Bien-Aimé, une charge intime : Louise d’Estrées, sensible aux petits soins de son médecin béarnais — on n’est pas impunément du pays d’Henri IV — n’eut bientôt plus rien

à lui refuser, lui ayant accordé tout ce qu’il avait

désiré. Il paraîtrait même que Louise d’Estrées, qui avait, peut-être bien, du sang de Gabrielle dans les veines, aurait avancé quelques sommes d’argent à son Théophile, pour faire figure honorable dans le monde; mais ceci ne doit pas entrer dans l’Histoire. ..

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