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Docteur F. Paître, Diderot biologiste. Thèse de Lyon

DIDEROT ET LES SCIENCES MÉDICALES

Quoi qu’il en soit, Bordeu se fit rapidement connaître, en publiant un livre qu’il avait apporté des Pyrénées, où il l’avait patiemment élaboré : les Recherches anatomiques sur la position des glandes et leur section , rendirent son nom célèbre du jour au lendemain.

Diderot et d’Alembert venaient alors de fonder V Encyclopédie, qu’ils dédiaient au marquis d’Argenson* c’est-à-dire à un ministre, à un noble, à un ancien élève des Jésuites et condisciple de Voltaire (1). Ce recueil ne donna, toutefois, de Bordeu, que la primeur de ses Recherches sur les crises.

Bordeu, qui suivait alors assidûment, les visites des médecins de la Charité, ayant observé que les crises n’étaient pas régulières, n’hésite pas à déclarer qu’il est hasardeux de prédire les jours où se produiront les dénouements critiques, favorablement ou fatalement pour le malade; il doute qu’il y ait utilité pour les cliniciens à approfondir ce sujet, dont la pratique médicale ne peut tirer aucun parti avantageux.

C’est surtout dans ses Recherches sur le tissu muqueux, dans lequel l’organe cellulaire reçoit, pour la première fois, le nom de tissu, — mot qui, jusque-là, ne s’était jamais appliqué à un organe du corps humain, — que Bordeu a donné toute sa

1. 'Notice de Lefeuve sur Bordeu ( Recherches sur V histoire de la médecine , par Th. de Bordeu; Paris, 1882).

mesure. Il a préparé, par ce traité, la voie à Bichat qui, non content d’adopter le terme précité, en suivant son prédécesseur dans l’étude des membranes muqueuses, a étendu l’acception de ce vocable à l’entrelacement des fibres, des muscles, etc., dans son immortel Traité d’anatomie générale. On a reproché plus d’une fois à Bichat de n’avoir mesuré sa reconnaissance publique envers Bordeu à l’importance du service qu’il en avait reçu; elle est pourtant de Bichat cette phrase, qui lui servira de justification :

« Dans l’état actuel de la physiologie, l’art d’allier la méthode expérimentale de Haller et de Spallanzani aux vues, grandes et philosophiques, de Bordeu, me paraît être celle de tout esprit judicieux. »

Diderot ne s’est fait que l’interprète, le porteparole de Bordeu, en écrivant à son tour :

« Il y a trois vies distinctes : la vie de l’animal entier; la vie de chacun de ses organes; la vie de la molécule.

« L’animal entier vit, privé de plusieurs de ses parties. Le cœur, les poumons, la rate, la main, presque toutes les parties de l’animal vivent quelque temps, séparées du tout... (1) »

Grâce à Bordeu, Diderot eut un instant la pen-

f. Diderot, Eléments de physiologie , édition Assézat.

L 'encyclopédie

Gravure de Saint-Aubin ( Collection de l’auteur)

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DIDEROT ET LES SCIENCES MÉDICALES

sée de composer une anatomie générale; ce fut Bichat, nous venons de le voir, qui la réalisa; mais c’est dans ses conversations avec Bordeu, avec Leroy, avec Rouelle et quelques autres, que Diderot puisa l’idée de ses Eléments de physiologie.

Il ne se contentait pas, au cours de ces entretiens, d’écouter; il lisait, expérimentait, « avide de savoir, cueillant sur les lèvres hésitantes de ses interlocuteurs le mot qu’on n’ose pas prononcer; le trouvant avant eux, énergique, précis, suggestif... C’est passionnément qu’il se livre à des études de physiologie, et plus il avance dans ses travaux philosophiques, plus grand devient en lui le souci des sciences biologiques » (1).

On ne peut parler du progrès des sciences biolo-

giques au xvme siècle, montrer la distance qui

sépare la physiologie de Haller de celle de Claude Bernard, sans consulter l’ouvrage de Diderot.

On entend souvent dire que toute découverte est une faveur du hasard; encore faut-il mériter celleci, avoir un esprit préparé à la recevoir; en d’autres termes, le hasard ne sert que les esprits prêts à concevoir l’idée d’où sortira la découverte.

Certes, la nature prépare l’homme de génie; mais une étude assidue, des connaissances acquises sont nécessaires pour le conduire à des conjectures heureuses. C’est donc la préparation antérieure,

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