LE CHIMISTE ROUELLE
(« Collection de V auteur)
DIDEROT ET LES SCIENCES MÉDICALES
monnoyeur, etc., peuvent-ils s’en passer? S’il n’y avoit que trois sciences à apprendre et que le choix s’en fît pour nos besoins, nous préférerions la méchanique, l’histoire naturelle et la chymie. »
Passant aux livres à recommander à ceux qui veulent se livrer à des travaux de cette nature, Diderot poursuit :
« Il y a des Elémens de chymie sans nombre; il y en a en français, il y en a en allemand. Mais ce qu’il y auroit de mieux à faire, ce seroit de se procurer les cahiers de Rouelle, revus, corrigés et augmentés par son frère et le docteur Darcet... »
Diderot était très lié avec Rouelle et leur sympathie s’explique par une affinité de tempérament. C’était, chez les deux hommes, le même désintéressement, la même bonté pour les déshérités, la même ardeur pour le progrès des lumières, le même emportement d’improvisation, la même richesse d’idées, la même violence de < caractère, la même expérience de longs et difficiles débuts (1). Tout le monde accourait aux cours de Rouelle, que Diderot suivit lui-même pendant trois ans. M. Charavay a eu entre les mains un manuscrit précieux : ce n’était rien moins que le Cours de chymie , ou Leçons de M. Rouelle recueillies pendant les années
1. Cf. Introduction à la Chymie , manuscrit inédit de Diderot, publié avec Notice sur les cours de Rouelle et tarif des produits chimiques en 1758, par M. Charles Henry, Paris, 1887.
1754-55, et rédigées en 1756, revues et corrigées en 1757 et 58 par M. Diderot. C’est, au dire de M. Ch. Henry, qui l’eut sous les yeux, « un précis nécessairement un peu sec, mais qui témoigne d’un énorme travail, d’une incontestable compétence et d’une vraie passion pour le professeur ». Quand on songe que Rouelle fut le maître de Lavoisier, qu’il a éduqué toute une génération de chimistes et qu’on sait, par ailleurs, que Diderot fut au premier rang de ses élèves libres, on se prend à regretter que la mémoire de cet illustre apothicaire ait été si peu honorée, par ceux qui ont reçu la meilleure part de son héritage intellectuel.
On ne saurait faire pareil reproche à Diderot, qui lui a rendu hommage en toute circonstance (1) : nous avons mentionné plus haut que, lorsque l’impératrice de Russie avait demandé à Diderot un plan pour ses Universités, celui-ci n’avait pas manqué de lui recommander les cahiers de chimie de Rouelle.
Mais il ne se borna pas à cette indication; il exposa, pour remplir les désirs de la souveraine, ses idées personnelles sur l’éducation des jeunes filles, telle qu’il la comprenait. C’est ainsi qu’il recommandait qu’on instruisit les jeunes filles des mystères de l’organisation humaine, non pas en les
1. Il lui a consacré une notice nécrologique. (Cf. Œuvres complètes, édition Assézat, t. VI, 405 et suiv.)
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