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ANTOINE PETIT

DIDEROT ET LES SCIENCES MÉDICALES

qu’elles jouaient la nature à la perfection. Grimm, Diderot, avaient assisté à ces démonstrations, avec leurs amis, « vingt filles de bonne maison et cent femmes de la société ». John Pringle, Antoine Petit (1), Morand, les anatomistes les plus en renom convenaient que les pièces étaient parfaites; et d’Alembert, qui avait été, lui aussi, l’élève de Mlle Biheron — dont nous avons crayonné ailleurs la curieuse silhouette — prétendait avoir appris chez elle plus de véritable anatomie en huit jours, que chez Antoine Ferrein, qui professait à la Faculté, en six mois.

Sans méconnaître les bonnes intentions de Diderot, il est permis de douter que l’initiation précoce qu’il recommande et qu’il croit propre à garder la jeune fille des pièges que lui tend la salacité masculine, la préserve de tous les dangers. Il est heureux pour lui qu’il se soit montré, en d’autres circonstances, mieux avisé.

Il est incontestable que, par la prescience qu’il a montrée de l’évolution de la science, soit dans ses Eléments de physiologie, soit dans le Rêve de d’A-

1. Dans une lettre au chirurgien Petit ( Lettre à M. Petit sur une question d’anatomie et de physiologie), Diderot reconnaît modestement « qu’il n’a de l’anatomie et de la physiologie que la pauvre petite provision que l’on prend au collège, ensuite ce qu’il a pu prendre chez Verdier, (Verdier faisait des démonstrations d’anatomie), puis chez Mlle Biheron ». Celle-ci demeurait place d’Estrapade, dans une maison où Diderot avait, un moment, habité.

lembert, soit dans son Voyage à Bourbonne (1), où il a, huit ans avant Buffon, esquissé en quelques lignes les bouleversements géologiques du globe, Diderot méritait l’hommage — qu’ont déjà reçu Voltaire et Gœthe, envisagés l’un comme physicien, l’autre comme naturaliste, — et que nous nous félicitons d’avoir contribué à lui rendre; car il a été, dans nombre de directions de la pensée humaine, un véritable précurseur.

Savant par de nombreuses lectures, sinon par des expériences personnelles, l’œil et l’esprit tendus vers toutes les nouveautés, passionné pour la méthode expérimentale, doué au plus haut degré de la curiosité intellectuelle et de la faculté de généraliser, il a été, selon l’expression du philosophe Caro, « un de ces promoteurs d’idées dont la science profite, même quand ils se trompent, et qui l’agitent par une sorte d’inquiétude salutaire, en la troublant dans son repos, en stimulant son ambition vers les vastes horizons ».

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