‹ Médecins amateursChapitre 43 sur 96 · Lettre LXXL · texte numérisé non relu

Lettre LXXL

tances de son « amante », consent-il à prendre de la tisane de poireaux et des bains chauds, sa poitrine lui interdisant les froids. Il passe deux ou trois heures par jour dans l’eau et s’en trouve très soulagé. Mais les tourments d’esprit et de cœur, les premières gelées renouvellent ses attaques; alors il recourt à une thérapeutique plus active et absorbe — hydropathes, réjouissez-vous! — des eaux de Contrexéville. Là encore, nous n’inventons rien et nous nous référons, comme pour le reste, à l’observation, pourrions-nous dire prise au jour le jour, par Mirabeau lui-même.

« Je prends, écrit-il, les eaux de Contrexéville, qui me fatiguent cruellement; mais il faut souffrir, mourir ou guérir en règle et j’espère qu’on me dira bientôt ce que le médecin Malouin, idolâtre de son art, adressait à un homme de lettres célèbre, qu’il avait bourré de remèdes, que le malade prit exactement, et nonobstant lesquels il guérit. Malouin l’embrassa et s’écria : Vous êtes digne d’être malade .

« Au reste, je prends, c’est-à-dire j’ai pris et je prendrai; car attendant ta lettre de jour en jour depuis vendredi 5, ne pouvant du tout écrire avec les eaux qui m’enivrent et étant de plus agité d’impatience et d’inquiétude à en devenir fou, j’ai jugé à propos de les suspendre. Je les recommencerai après-demain jeudi.

MIRABEAU

(i Collection de l’auteur)

MIRABEAU

« Mes urines sont comme de la boue et rendent, par jour, quelques onces de sable rouge, onctueux et friable, ce qui est un très grand bonheur, car la pierre serait formée en trois mois, s’il ne s’échappait pas; et ces jours-ci, où mes urines ont été limpides, j’ai fort souffert, entre autres hier, de néphrétisme; ce matin, elles ont recommencé à charrier... (1) »

Entre temps, il déplore que son estomac lui refuse tout service, qu’une « suffocation diabolique » l’oblige à prendre un vomitif (2).

Ces suffocations vont quelquefois jusqu’à la syncope et s’accompagnent de « battements de cœur inconcevables ». Il se bourre alors de fleur d’orange et de gouttes d’Hoffmann et ne se décide à l’ipécacuanlia qu’à l’extrémité. Il se rend parfaitement compte que, si ses digestions sont mauvaises, c’est qu’il mange seul, qu’il expédie trop rapidement ses repas et qu’il a la fâcheuse coutume de lire en mangeant, toutes conditions évidemment contraires à l’hygiène.

Grâce à l’usage du vin d’absinthe, l’appétit revient et il digère un peu mieux; mais ses maudits

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