‹ Médecins amateursChapitre 46 sur 96 · Lettre CXYL · texte numérisé non relu

Lettre CXYL

anodines, où l’hygiène tient la plus large place; pour peu que le cas lui paraisse grave, il engage celle dont il s’est institué le directeur de santé, à recourir au médecin, sauf, comme nous l’avons dit, à discuter son ordonnance.

A maintes reprises, il confesse humblement qu’il ne sait pas assez de physiologie « pour expliquer ni décider », mais il en sait assez pour s’inquiéter cruellement. Son amie s’étant plainte à lui de palpitations cardiaques, il lui donne les conseils les plus raisonnables, les avis les plus sensés.

« Consulte, je t’en conjure, je te l’ordonne au nom de l’amour, consulte un habile homme, grand théoricien : ne cache rien; les réticences sont une pudeur fort mal entendue, quand il s’agit de santé. Dis donc à ton médecin que la contraction naturelle de ton cœur est prodigieusement forte dans les paroxysmes de la douleur et les convulsions du plaisir de l’amour. Tu m’as quelquefois soulevé par un seul effort de ce muscle extraordinaire. Ajoute que la jouissance fréquente a diminué chez toi les palpitations. »

Ces palpitations ne seraient-elles pas produites par un excès de sang, s’interroge Mirabeau? Car, bien que « d’une froideur très marquée », Sophie n’en est pas moins très sanguine. La saignée ne serait-elle pas indiquée?

Les saignées « ne sont nécessaires que dans les

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très fortes syncopes », prononce le docteur Mirabeau, qui prescrit :

« Point de mouvernens violens, mais de l’exercice doux; le cheval ou le carrosse, si cela se pouvait; l’usage du lait, des aliments doux et faciles à digérer; des laxatifs, tels que des lavemens; peutêtre des eaux minérales ferrugineuses ou l’esprit anodin minéral de Hoffmann, la poudre tempérante de Stahl, l’eau de fleur d’orange, de tilleul, etc., voilà les palliatifs connus (1).»

C’est, à n’en pas douter, une « irritabilité du genre nerveux et nullement maladie de cœur » ; donc, « un régime uniforme et sain, et de l’exercice, beaucoup d’exercice doux », voilà ce qui convient.

Le malaise persistant, notre confrère improvisé pousse plus à fond son interrogatoire.

« Tu ne me dis ni ce que tu as, ni ce que prétend le médecin, ni ce qu’il propose, ni à quoi il attribue ton dérangement. Est-ce une suite de tes palpitations? Sont-elles ou moindres ou plus fortes? Tes règles ont-elles reparu?... (2) »

Quand il est mieux renseigné, Mirabeau formule une nouvelle prescription :

« Point, absolument point de pavot; du camphre et des bains, s’il te fallait sérieusement des caïmans... Non, très décidément non, je ne veux pas

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