‹ Médecins amateursChapitre 5 sur 96 · LE PAPE LÉON X · texte numérisé non relu

LE PAPE LÉON X

Gravé par Morel d’après la peinture de Raphaël (Collection de l’auteur)

LEONARD DE VINCI

vait-il à un débutant, ou marquait-il sur ses tablettes, en manière de réflexion personnelle, peut-être seras-tu empêché par la peur d’habiter, pendant les heures de la nuit, en compagnie de ces morts écartelés, écorchés et épouvantables à voir; si tu surmontes cette crainte, peut-être te manquera-t-il le dessin précis que suppose une telle description. Si tu as le dessin, auras-tu la perspective et si tu l’as, auras-tu la méthode de démonstration géométrique et celle du calcul des forces et de la vigueur des muscles; et peut-être, enfin, te manquera-t-il la patience, condition de l’exactitude. Si toutes ces choses se sont trouvées en moi ou non, c’est ce dont rendront témoignage les 120 livres que j’ai composés, sans être arrêté ni par la cupidité ni par la négligence, mais. seulement par le temps ».

On reste stupéfait devant la masse énorme d’observations, sur toutes sortes de sujets, que Léonard a recueillies. On n’a retrouvé qu’une partie de ses manuscrits, qui déjà représentent un travail considérable. Il a abordé, simultanément, l’anatomie humaine et comparée, la physiologie, l’embryologie et, dans presque toutes ces branches de la science, il s’est révélé novateur.

Le grand chirurgien anglais, William Hunter, qui vit les originaux de ses dessins et de ses écrits anatomiques, dans la bibliothèque du roi George III, ne cherche pas à dissimuler son admiration.

« Je m’attendais; dit-il, à trouver des dessins anatomiques faits par un peintre, pour les besoins de son art; mais je vis, et cela avec un grand étonnement, que Léonard en a fait une étude générale et approfondie. Quand jé considère quelles peines il a prises pour chaque partie du corps, la supériorité de son universel génie, sa singulière excellence dans l’hydraulique et la mécanique, l’attention avec laquelle un tel homme observait et étudiait les objets qu’il avait à dessiner, je suis entièrement persuadé qu’il fut le meilleur anatomiste qu’il y eût au monde dans son temps. Sans aucun doute, il est le premier qui, à notre connaissance, ait introduit la pratique des dessins anatomiques. >>

Les descriptions écrites lui paraissent insuffisantes et confuses, c’est principalement par le dessin qu’il entendait que se fissent les démonstrations anatomiques. « Toi, écrivait-il, qui prétends par des mots démontrer la figure de l’homme, écarte de toi cette opinion; car plus tu décriras, plus tu confondras l’esprit du lecteur et plus tu l’éloigneras de la notion de la chose décrite* Il est donc nécessaire de figurer et de décrire. » Et, prenant un cas particulier : « Dessine, dit-il, les vertèbres cervicales par trois aspects, réunies et séparées; puis tu les feras encore vues par-dessous et par-deSsus, et tu donneras ainsi la véritable notioil de leur figure, notion que ni les écrivains anciens ni les modernes, D’au-

DESSINS ANATOMIQUES DE LÉONARD DE VINCI Musées de Windsor et de Venise (< d’après V Anatomie des Maîtres de Mathias Durai)

LEONARD DE VINCI

raient jamais pu donner véritable, sans une immense et fastidieuse longueur d’écriture. »

Le dessin est la base de la méthode; le texte n’est qu’accessoire. A côté d’une figure des muscles de l’épaule, il écrit : « Démonstration des emplacements et des attaches des muscles de l’épaule; mais dessine d’abord les os et puis ces muscles. » Et plus loin : « Dessine d’abord cette épaule simplement avec ses os, puis dessine-la vis-à-vis avec ses muscles. »

Il veut, en outre, que l’étude du squelette soit faite avec le plus grand soin, et que l’on représente chaque pièce osseuse isolée, vue par chacune de ses faces, puis dans ses rapports avec les autres pièces auxquelles elle est unie par articulation; et cela, non seulement pour les gros os, comme l’omoplate et le fémur, mais aussi pour les petits os du carpe ou de la colonne vertébrale.

Il a fait, de celle-ci, une étude presque complète et ses figures, au dire d’un juge particulièrement compétent (1), pourraient trouver place, aujourd’hui encore, dans le traité d’anatomie le plus rigoureux.

Mais Léonard a poussé plus loin ses investigations : il a voulu analyser la mécanique animale, se rendre compte de la résistance des leviers du sque-

1. Mathias Duval, Etude sur les feuillets A de V anatomie ( op . cit., supra).

lette; il a tenu à connaître la constitution même de chaque os, ses parties compactes, ses cavités; il a étudié les proportions des pièces osseuses, par rapport les unes aux autres; consigné des remarques d’une finesse extrême sur l’avant-bras en pronation ou en supination, etc.

On lui doit des notions d’anatomie comparée, qui le révèlent un véritable précurseur. Il ne se contente pas de la comparaison d’êtres semblables, étudiés dans l’ensemble de leur organisme : il prend un organe* l’étudie dans les diverses espèces, le suit dans ses métamorphoses* Il en arrive à reconnaître que tous les animaux terrestres sont construits sür un même plan, qu’en tous on retrouve les mêmes organes.

Mais le corps est une machine vivante; après l’avoir décomposée, dans ses rouages, il la montrera dans la diversité des attitudes et des mouvements qui en varient la forme.

Après l’ostéologie, il aborde la myologie. Il ne lui

suffit pas de savoir que tel ou tel muscle s’attache

à tel ou tel os ou le recouvre, il s’agit de préciser les fonctions différentes de chacun des faisceaux musculaires : ce qui est, proprement, de la physiologie.

Il ne s’en est pas tenu à la physiologie des muscles, il a formulé avec une parfaite exactitude, le mécanisme de l’inspiration, analysé de très près

LÉONARD DE VINCI

lé phénomène de la phonation : il se préoccupe d’expliquer non seulement la voix ordinaire (ou laryngienne), mais le chuchotement, d’origine purement buccale.

Les mouvements d’ensemble, la physiologie de la marche, de la course, du saut oiit également retenu son attention.

L’embryologie ne lui est pas restée inconnue : il a décrit l’utérus, étudié le fœtus, « son développé* ment et quel intervalle s’écoule d’uli dëgfé dé développement à l’autre ».

Il avait le projet d’examiner la matrice des femelles en gestation, les connexions utérines dé la mère au fœtus; mais il n’a su se garder de certaines erreurs, restant en cela l’écho fidèle des anciennes doctrines; ainsi sur un dessin reproduit par le docteur G. Peillon (1), voit-on la moelle et le cerveau envoyer aux organes mâles de reproduction des canaux chargés de sperme. D’autres canaux, partant des poumons, vont porter le souffle qui, d’après Galien* produisait l’érection.

Chez une femme dont la paroi abdominale antérieure a été enlevée* on voit un utérus assez bizarre, où prennent naissance des conduits qui Vont se terminer aitx mamelles : ainsi se trouvait réalisée par le dessin, la théorie hippocratique, suivant

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