Etude historique sûr les organes génitaux de la femme
(Th. de Paris, 1891).
laquelle les menstrues se transformaient en lait après la naissance et permettaient l’allaitement de l’ enfant.
Il faut bien convenir que, malgré sa prescience géniale, Léonard s’est quelquefois trompé. Quand on veut trouver en lui un précurseur de Harvey, parce qu’il aurait, dit-on, vu, dans la circulation du sang, le principe de ce rythme vital, peut-être exagèret-on un peu? Qu’il ait reconnu que le cœur est un des grands ressorts de l’organisme, cela ne saurait se nier; qu’il ait donné de sa structure, des vaisseaux qui en partent et s’y rendent, des dessins d’une justesse surprenante, rien de plus exact; mais prétendre qu’il en a compris le mécanisme, c’est le commenter avec bien de la complaisance.
De même, s’il a présenté quelques observations justes sur le système nerveux, sur les fonctions de l’œil, — observations déjà admirables pour son temps — n’est-ce pas aller un peu loin, que lui attribuer la découverte des localisations cérébrales? (1)
Certains veulent qu’il ait devancé Galilée, Harvey, Pascal, Newton, Lavoisier, Lamarck. A les entendre, il aurait créé la méthode expérimentale, à peine entrevue par Bacon; soutenu la théorie du mouve-
1. Archives de Psychologie , t. III, n° 12 (1904) art. du Professeur Santo de Sanctis.
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LÉONARD DE VINCI
Sanguine du Palazzo Beale de Turin
Photo Alinari
IJRONARD DE VINCI
ment de rotation de la terre avant Copernic; imaginé le propulseur à hélices, dont la navigation tire de nos jours de si grands avantages; inventé le parachute.
Avant l’auteur du Traité de l’équilibre des liqueurs , il aurait constaté que, dans les récipients qui communiquent entre eux, quelle que soit leur forme, la surface du liquide est toujours d’égale hauteur. Avant Chevreul, il aurait posé la loi des couleurs complémentaires; avant Salomon de Caus et Papin, il aurait insisté sur la puissance de la vapeur d’eau.
Léonard de Vinci aurait encore été le premier à chercher autre chose qu’une légende ou une fable, pour se rendre compte de la nature des poissons pétrifiés. En avance de trois siècles sur les savants
de son temps, il aurait ose affirmer qu’il ne s’agit pas là de premiers essais d’une prétendue force créatrice, pour donner naissance aux formes vivantes, mais bien de débris organiques, représentant des formes éteintes, ayant vécu à des époques antérieures, et que leur pétrification est le fait du limon se déposant au fond des eaux et englobant peu à peu ces restes. Quand on songe qu’il y a cent ans à peine que Cuvier a créé la paléontologie, et quand on replace Léonard dans le cadre et les croyances de l’époque où il vivait, il laut reconnaître que cette seule affirmation en ferait un des
novateurs les plus hardis que la science ait connus.
Mais il y a plus : Léonard aurait ouvert la voie aux tentatives qui ont précédé l’invention du téléphone électrique. On lui devrait le principe de la chambre obscure, un quart de siècle avant Cardan, trois quarts de siècles avant Porta.
Le Vinci se serait enfin manifesté, comme philosophe naturaliste, en déclarant que le mouvement est la cause de toute vie, formule dont on fait généralement honneur à Haeckel.
Il aurait décomposé, avec netteté, les mouvements compliqués du vol des oiseaux, que la photographie instantanée permet d’analyser aujourd’hui si facilement, grâce aux ingénieux perfectionnements dus au regretté Marey. Il aurait été jusqu’à établir cette loi : que les mouvements réflexes se produisent alors que la volonté tendrait à les suspendre.
Bernard Palissy, Darwin seraient ses tributaires; de même Huyghens, de même Haller, de même Quinton !...
En réalité, et pour remettre les choses au point, « les anciens textes relatifs aux sciences sont très difficiles à lire froidement; dès qu’ils semblent effleurer une vérité connue,, notre pensée complète le balbutiement du vieil auteur» (1). Cette constatation de Remy de Gourmont est on ne peut plus exacte.