Lettre CY
MIRABEAU
à l’influence des climats sur nos dispositions, doctrine que Montesquieu a puisée dans Hippocrate, Mirabeau se dit convaincu, par son expérience propre et ses études, que « nos goûts et nos humeurs sont, jusqu’à un certain point, subordonnés à la disposition physique de nos organes ».
Quand il a cessé d’exposer ses vues théoriques, Mirabeau en revient aux conseils pratiques. Son arsenal thérapeutique offre un choix d’armes variées : fébrifuges, « purgatifs hydragogues », eaux minérales ferrugineuses, diurétiques, sudorifiques, « associés sagement avec les toniques»; et surtout, les martiaux, les meilleurs spécifiques des fleurs blanches. Si celles-ci sont invétérées, « il ne reste à tenter que les mercuriels, qui ont presque toujours un succès infaillible ». Mais contre pareille incommodité, bien se garder des astringents. « On ne doit jamais arrêter brusquement aucun écoulement du corps. C’est enfermer, comme on dit vulgairement, le loup dans la bergerie... (1) »
Ne pas davantage abuser de l’émétique et de la saignée; ni faire de la purgation une habitude, quand on est travaillé par les nerfs : la liqueur éthérée d’Hoffmann est un calmant excellent, mais qui trouve son indication « dans les agitations trop considérables ».
. Mirabeau, rendons-lui cette justice, est assez 1. Lettre CXI.
sobre sur le chapitre de la thérapeutique. A une dame atteinte, comme lui, de coliques néphrétiques, il se borne à prescrire, et seulement dans les paroxysmes, des bains et de l’eau nitrée.
« Le reste tourmente en pure perte et peut être funeste. Qu’elle boive habituellement de la tisane de pareira brava ou, ce qui est moins désagréable, de Vuva ursi en guise de thé. Si les apothicaires de Gien ne sont pas assez habiles pour deviner ce que veut dire uva ursi , qu’on leur demande du raisin d’ours (1) . »
Nous l’avons vu vanter les bons effets des eaux de Gontrexéville, dont il s’était bien trouvé; il ne manque pas de les recommander, le cas échéant.
« Que Mme de Vence prenne les eaux de Contrexéville; elles sont regardées comme les meilleures pour les embarras des reins et de la vessie, et même comme un fondant (2). »
Rarement il lui arriva de préconiser les remèdes dits de bonne femme; il se déclare cependant partisan de la fumée de mare de café et des bains d’urine (3), pour l’ophtalmie...