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Lettre LXXXVII

MIRABEAU

Après le Mirabeau médecin consultant, nous allons vous faire connaître un Mirabeau pédiatre ou, pour dire mieux, puériculteur.

Un de nos confrères, qui l’a étudié le premier sous cet angle spécial, n’a pas craint de déclarer que « les principes proclamés par Mirabeau, en matière d’éducation physique des enfants, sont ceux de la véritable hygiène, ceux que nous nous efforçons, encore aujourd’hui, de faire pénétrer dans les masses» (1).

Les conseils prodigués par Mirabeau sont en

général judicieux et révèlent une connaissance approfondie d’un sujet qu’il avait su, comme nous* allons le voir se rendre familier, avec la même aisance qu’il s’est toujours assimilé tout ce qui a tenté sa curiosité inquiète, son désir ardent de savoir.

C’est encore dans cette correspondance précieuse de Mirabeau à son amie, que nous puiserons largâ manu. « Ces lettres qui, selon l’expression de La Harpe, présentent au jugement de la postérité, des titres d’autant plus sûrs, qu’ils n’étaient pas des-

1. Docteur Th. Caradec, Les idées du grand Mirabeau en matière d’hygiène infantile.

tinés pour elle », jettent le plus grand jour sur le caractère de leur auteur.

Amant et malheureux, quel plaisir, quelle volupté devait-il éprouver à pouvoir s’épancher sans contrainte dans le sein de la femme qui occupait toutes ses pensées!

On a comparé, au point de vue du sentiment, quelques-unes de ces épîtres au verbe enflammé, aux plus belles lettres de la Julie de Rousseau. Mirabeau a, en effet, l’éloquence tumultueuse, la lave bouillonnante de l’auteur de la Nouvelle Héloïse, mais il rappelle, en outre, celui de YEmile, « ce cahier des doléances de l’enfant », comme l’a bien caractérisé le docteur Monin, où Rousseau revendique, pour le petit être, le droit au sein maternel, et bannit sans retour les maillots, les lisières, les « corps » meurtriers, qui comptent tant de méfaits à leur actif.

Voltaire que sa haine pour Rousseau égarait jusqu’à l’injustice, définissait YEmile « le fatras d’une sotte nourrice en quatre tomes » ; soyons plus équitable, et rendons grâces à Jean-Jacques d’avoir entrepris une croisade qui a porté ses fruits, sinon à l’époque où elle fut commencée, du moins, quelque temps plus tard. On a pu dire, avec vérité, que « Rousseau a posé, dans YEmile, toutes les bases de l’éducation hygiénique » (1). Notre siècle et celui

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