Docteur E. Monin, Mousseau hygiéniste
MIRABEAU
qui l’a précédé n’ont pu que perfectionner une tâche si heureusement commencée.
Mais, si l’on a coutume de citer Rousseau parmi les apôtres de l’hygiène de la première enfance, on oublie trop ses disciples immédiats et, entre tous, celui qui nous occupe aujourd’hui, et qui aurait contribué à vulgariser les préceptes de l’écrivain dont, à maintes reprises, d’ailleurs, il se réclame, si ses écrits, au lieu d’être destinés à une personne unique, avaient vu plus tôt le grand jour de la publicité.
Ce que nous nommons aujourd’hui la puériculture — la chose était connue et pratiquée bien avant la création du terme qui la désigne — commence à la naissance de l’enfant et même auparavant, dès la grossesse de la mère qui le porte dans son sein.
Un préjugé, qui avait cours au moment où vivait Mirabeau, voulait que toute femme grosse fût saignée. Conduite systématique, contre laquelle s’élève, et en termes très heureusement choisis, notre consultant : « Il n’y a pas plus de raison, écrit-il à Sophie, de saigner une femme grosse qu’une autre, à moins que la nature n’en indique le besoin; ce qu’elle fait souvent par de grands maux de tête, des éblouissements et, en un mot, des symptômes qu’il ne faut pas être médecin ou chirurgien pour reconnaître. Alors il faut une saignée. Les femmes très
sanguines sont plus sujettes que d’autres aux accidents qui la nécessitent. Je ne crois pas que tu le sois beaucoup : tes maladies périodiques n’ont jamais été bien considérables. Quoi qu’il en soit, consulte un bon chirurgien, et laisse les contes de bonnes femmes pour ce qu’ils sont (1). »
Toutes les recettes de bonnes femmes, lui mandet-il dans une autre lettre, sont « fausses, pernicieuses et importunes ». Ainsi l’engage-t-il à ne pas croire aqx « envies » ; à ne pas faire allumer de trop grands feux dans sa chambre, l’excessive chaleur ayant « causé plus d’accidents aux femmes en couches que les imprudences contraires » ; à ne pas manger trop de fruits et à veiller surtout à ce qu’ils soient très mûrs; à ne pas s’imaginer qu’elle porte un faux germe, parce qu’elle ne sent pas, par instants, remuer son enfant; à s’habiller bien large, pour que l’enfant se place à son aise; à marcher beaucoup, mais sans aller jusqu’à la fatigue extrême, afin de faciliter les couches, « car la santé des femmes dépend de leurs couches» (2).
A la veille de l’accouchement, il redouble de
recommandations, où se trahissent sa sensibilité et
son émotion :
« Ne va pas t’inquiéter... de cette crise si naturelle et si facile à supporter à ton âge... ne fais aucune