‹ Médecins amateursChapitre 58 sur 96 · Lettre LXXVII · texte numérisé non relu

Lettre LXXVII

2. Sur les talents de chimiste de Mirabeau, cf. P. Cottin, Sophie de Monnier et Mirabeau , CLXXVIII-CLXXXI.

substances végétales doivent leur constituer une alimentation suffisante.

S’il est une habitude contre laquelle ait protesté Mirabeau avec le plus d’énergie, c’est celle où l’on était alors d’emprisonner le nouveau-né dans ses langes, de lui mettre cette camisole de force qu’était le maillot au xvme siècle. Pourquoi contraindre et enserrer dans des lisières un petit être frémissant d’agitation et de vie, qui ne demande qu’à s’ébattre en liberté? Pour empêcher les chutes? singulière illusion! Il faut entendre, à ce sujet, Mirabeau s’écrier sur un ton semi-badin, semi-railleur :

« Ainsi donc, ô très puissante raisonneuse, vous avez cru qu’il fallait un corps à votre fille, âgée de cinq mois, de peur qu’en se renversant, elle ne se cassât les reins ! Et ce corps est sans doute de fer, ou de bronze, ou de platine; car j’avoue que le moyen par lequel un corps de baleine ou de corde sauverait les reins d’un enfant qui tomberait dçs bras de sa nourrice, passe ma courte intelligence. J’aurais cru aussi tout bonnement que l’enfant trop faible pour se contenir tendrait plutôt à tomber sur l’épaule de sa nourrice qu’à se renverser, ce qui suppose un élan vigoureux; j’aurais cru surtout qu’un enfant ne pouvait se remuer qu’en raison de sa force; qu’il était faible en proportion de sa lourdeur et qu’ainsi il n’avait aucunement le pouvoir de s’estropier de lui-même pourvu qu’on l’éloignât des

MIRABEAU

lieux dangereux, et qu’il pouvait si peu se donner un tour de reins que si, dans les premiers mois, on l’étendait sur le dos, il mourrait dans cette situation sans pouvoir s’en tirer... Mais non, vous changez toutes mes idées, ô incomparable philosophe ! »

Un autre jour, passant en revue ce qui se pratique chez les étrangers, il montre combien ceux-ci nous sont supérieurs, sous le rapport de l’éducation de l’enfance.

« Qu’on voie en Suède, au Danemark, en Pologne, dans tout le Nord, en Angleterre, dans tout le reste du monde enfin, où l’on n’élève pas les enfants comme dans une pet i te moitié de notre Europe, où l’on est parvenu à dégrader l’espèce humaine, en la garrottant au physique et au moral; qu’on voie, dis-je, si les enfants y sont emmaillottés et craignent l’eau. Eh bien : il n’est pas un de ces hommes, agrestement éduqués, qui n’assommât, en se jouant, huit ou dix douzaines de nos talons rouges, ou autres valets de cour ou badauds de ville. »

On n’a qu’à voir les animaux, du reste. Sont-ils soutenus « par des corps de corde ou de baleine »? En est-il de bossus pour cela?

« Et nos belles dames qui, en vérité, aiment ordinairement beaucoup mieux leurs petits chiens que leurs enfants, ne manqueraient pas d’emmaillotter ceux-là, comme on fait de ceux-ci, si l’expérience

n’avait prouvé qu’ils se trouvent mieux de la liberté (1 ) . »

N’avons-nous pas, en outre, l’exemple des petits nègres, qui, pour téter, « embrassent les hanches de leur mère avec leurs genoux et leurs pieds et s’y soutiennent sans le secours des bras de cette mère qui travaille»? C’est, du moins, ce qu’on peut lire « dans M. de Bufïon et dans cent autres ouvrages ». On se garde bien de mettre des corps et des maillots à ces « enfants de la nature », et cependant, s’en portent-ils plus mal? Dès le second mois, ils se trament « à quatre pattes, il est vrai, mais qu’importe? » Ils n’ont pas les reins cassés; tandis que « nos enfants emmaillotés ont le privilège, à peu près exclusif, d’être bossus, boiteux, cagneux, noués, contrefaits, rachitiques, etc»oa

« Sur dix mille de nos femmes si bien emboîtées dans leurs corps, il n’y en a pas dix à la taille desquelles le tailleur ne raccommode quelque chose... Cette belle invention des corps a si bien redressé la nature, que vos busqués (sic), mesdames, compriment les seules de vos côtes que cette bête de nature ait rendues mobiles, et relâchent celles qu’elle a rendues fixes; ce qui, joint à la vie sage et chaste de tant de vous autres, rend si fréquens les maux de poitrine, etc., etc. »

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