‹ Médecins amateursChapitre 59 sur 96 · Lettre LIX · texte numérisé non relu

Lettre LIX

MIRABEAU

Le sujet lui tient décidément à cœur et, après avoir persiflé, il tient à convaincre.

Bien que n’ayant plus sous les yeux aucun livre anatomique, et quoiqu’ayant perdu de vue depuis fort longtemps ces matières, qu’il n’a jamais étudiées que « dans leur rapport général avec la physique du corps humain », Mirabeau se fait fort de démontrer à son amie que « les corps (corsets), fort serrés par en bas, attaquent à la fois la taille et la santé, surtout dans les enfans ». Quant aux femmes, il apparaît clairement que « la nature qui ne leur a pas fait un corps de gaine, n’a pas voulu les amincir prodigieusement par en bas ».

« Ce qui est si contraire à ses lois doit l’enlaidir et, qui pis est, l’altérer ou la détruire. En effet, cette diabolique cuirasse, qui meurtrit et déforme le corps à l’extérieur, expose les parties intérieures à de tristes accidents, et voici comment :

« Les intestins, pressés et refoulés, de bas en haut, compriment l’estomac, le foie, la rate contre le diaphragme. Cette pression artificielle des cuirasses de baleine la force à se voûter plus que ne le demande la respiration et retarde et empêche les mouvements du poumon... (1) De là, la circulation

1. Il revient, dans une antre lettre (LXXYI), sur « les terribles inconvénients de l’usage des maillots et des corps de baleine », provenant de ce qu’« ils interceptent l’équilibre

du sang troublée dans le cœur; de là, la pression de l’artère pulmonaire, qui part du ventricule gauche du cœur, et se partage dans toutes les parties du corps et même la tête et le cerveau. Cette pression peut et doit occasionner une espèce de regorgement, qui produit les palpitations, les maladies pulmonaires, si communes surtout chez les femmes, les maux de tête, les anévrismes ou tumeurs, les polypes et même souvent les apoplexies. »

Sans nous arrêter à ce que peut avoir de discutable cette pathogénie, laissons Mirabeau poursuivre sa démonstration :

« D’un autre côté, la compression de l’estomac,

du foie et de la rate, produit des accidents nerveux, influe sur les reins, la vessie et toutes les autres parties contenues dans la capacité du bas-ventre. De là, les faiblesses, les vapeurs, auxquelles les bonnes et franches paysannes qui ne s’étouffent pas dans les corps, sont bien moins sujettes que vous autres, poupées...

« Il y a mieux : c’est que les corps de baleine, quoique évasés par le haut, sont nuisibles même dans cette partie. Leurs échancrures au-dessus du bras, qui répondent au creux de l’aisselle, brident

nécessaire entre la masse des humeurs qui se meuvent du cœur aux parties et celles qui retournent des parties au cœur ». Il renvoie, sur ce sujet, à Fourcroy et à Buffon. (Lettre LXXVII.)

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