COIFFURE A LA BELLE POULE
Modes de 1780 nécessitant le « corps »
de baleine.
IG
MIRABEAU
les deux muscles qui forment ce creux et font mouvoir le bras. Les bords de ces échancrures tranchantes serrent les vaisseaux et les nerfs de cette partie. »*
Puis, s’en prenant directement à Sophie :
« J’ai vu, lui dit-il, tes charmants bras, de toi qui lis ceci, rouges, livides et engourdis de cette pression. Frileuse que tu es! tu imputais ces effets au froid; ils venaient en grande partie de tes épaulettes; et la preuve de cela, c’est qu’en Hollande, je l’ai beaucoup moins observé, parce que tu mettais moins souvent, ou parce que tu serrais moins un corps qui aurait trop fréquemment contrarié et gêné l’amour. Ces épaulettes bienheureuses reculent les moignons des épaules, rendent saillantes les parties extérieures des clavicules, et gâtent la gorge, c’est-à-dire la plus grande beauté du corps des femmes. Enfin, la plus grande partie d’entre elles, je parle des mieux faites, ont l’épaule droite plus grosse et plus charnue que la gauche; et de celles que j’ai connues particulièrement, à peine y en a-t-il deux (dont une avait quitté son corps dès l’âge de quatorze ans) qui n’eussent pas évidemment ce défaut : dans ce nombre est une des tailles les plus vantées de Paris, et qui ne l’était que grâce à son industrie. Or, je me rappelle très distinctement que le célèbre Winslow a prouvé que cette difformité venait de l’usage des corps forts. Somme toute,
mon adoration bonne, je ne prétends pas t’interdire les corps : ils te sont peut-être devenus nécessaires par l’habitude; mais qu’ils soient doux et peu serrés. Pour ma fille, qu’elle n’ait absolument que de simples corsets de toile, très lâches, très aisés, et qu’on laisse cette charmante enfant venir comme voudra la nature. C’est la plus savante et presque la plus tendre des mères. »
Mais c’est assez parler des méfaits du corset à baleines, suivons Mirabeau sur un autre terrain, où il ne se meut pas moins à l’aise, ayant fait de la question qu’il va traiter ex professo une étude des plus approfondies.
Mirabeau se vantait d’avoir lu tous les ouvrages relatifs à l’inoculation et de n’avoir rien négligé d’essentiel, en ce qui touche « cette opération salutaire ». Pour fortifier la conviction de son amie sur l’excellence de cette méthode, il lui cite les diverses sources auxquelles il a puisé : le travail de M. d’Alembert, les lettres de M. de La Coste à Dodart, le recueil de pièces concernant l’inoculation, par M. de Montucla, sans oublier les dissertations de MM. Butini et Gatti; le mémoire de M. Guyot (t. III des Mémoires de l’Académie de chirurgie, a-t-il soin de spécifier) ; enfin, les ouvrages magistraux de Tissot, La Condamine et Tronchin, sans oublier les écrits étrangers, entre autres ceux, en latin, de Timoni et Pilarini et celui de l’Anglais Dimsdale, etc. On voit
MIRABEAU
qu’il était, comme nous dirions aujourd’hui, sérieusement documenté.
La question l’intéressait d’autant plus, qu’il avait eu une variole confluente, dont il était resté horriblement marqué; aussi insiste-t-il pour que son fils, celui qu’il avait eu de Mme de Mirabeau, soit inoculé. « Son âge permet cette opération bienfaisante » ; la faire, « c’est prévenir de vives inquiétudes et une maladie bien sérieuse : et certainement, il faut compter pour quelque chose la certitude de n’être pas défiguré » (1).
Plus tard, quand il s’agira de l’enfant de l’amour, il ne montrera pas moins de sollicitude à son endroit qu’à l’égard du fils légitime. Mais il se heurte à quelque résistance de la part de la mère. Celle-ci, tout en reconnaissant l’utilité de l’inoculation, à titre préservatif, réclame un délai pour y soumettre sa fille. Mirabeau veut qu’on fasse l’opération dès l’âge d’un mois; Sophie demande qu’on l’ajourne, jusqu’à ce que les dents soient venues.
Soit, consent le père, persuadé qu’il est que « la petite est très bien portante, d’une constitution très saine, de la plus belle carnation possible, et assez vigoureuse ».
Si les alvéoles sont gonflées, c’est signe d’une éruption prochaine de dents; c’est « une raison sans réplique pour suspendre l’inoculation ». Tant de