CABANIS
(i Collection de V auteur)
MAINE DE BIRAN
Pas de vrai génie sans la vertu, et « si Ton voit quelquefois des esprits élevés avec des âmes viles, c’est qu’ils perdent leur bassesse dans le moment où ils écrivent et que le génie élève Pâme pour le moment ».
Toujours s’élever au-dessus de soi-même, tenir toujours en activité ses facultés intellectuelles, est-il moyen meilleur de se libérer de nos servitudes physiques? Et, cependant, contre les dispositions purement organiques, que peuvent la volonté ou la raison? Quand on est « organiquement triste et ennuyé, il n’y a ni divertissements, ni idées qui puissent changer cet état fondamental, quoi qu’il soit possible de le distraire jusqu’à un certain point. » Mais qui fera nettement la part de Pâme et celle de l’organisation, dans chaque état, passion ou modification totale de la vie humaine?
Sans doute, Maine de Biran dit encore avec Fénelon : « Nous n’avons rien à nous que notre volonté, tout le reste n’est point à nous. La maladie enlève la santé et la vie; les richesses nous sont arrachées par la violence, les talents de l’esprit dépendent de la disposition du corps; Punique chose qui est véritablement à nous, c’est notre volonté (1). » Mais cette volonté, il lui est attribué un rôle si différent par tel ou tel système philoso-
1, Naville, 1X0,
phique! Alors que « les stoïciens attribuent à la volonté de l’homme un empire universel et jusqu’au pouvoir de nous rendre heureux ou malheureux », les chrétiens « ôtent presque tout pouvoir à la volonté humaine, toute perfection, toute bonne disposition venant de Dieu, sans la grâce de qui nous sommes livrés à toutes les passions, à tous les vices, n’ayant en nous-mêmes aucun moyen de résister » (1). Les deux systèmes ont donc leur part d’exagération, le catholicisme étant « aussi contraire au développement de notre libre activité que le stoïcisme lui est favorable » ; mais le stoïcisme a tort, d’autre part, de faire « abstraction complète de la sensibilité, dont l’exercice n’est pas en notre pouvoir ».
Cette sensibilité, nul n’était mieux en état d’en connaître l’influence que Maine de Biran. Quelle humiliation de penser à combien peu de chose tient cette intelligence dont notre humanité se montre si vaine!
« Cette portion de notre être, si grande, quelquefois si sublime lorsque l’on considère jusqu’à quel degré elle s’est élevée, à combien peu de chose tient-elle! Un rien va la détruire : qu’un certain vent souffle, que l’atmosphère soit un peu plus pesante, ou qu’une digestion soit laborieuse, ou bien qu’une cause quelconque retarde la fdtration du