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Un an plus tard, presque jour par jour, le 22 octobre 1815, la température ayant été « pluvieuse et relâchée », le philosophe déclare avoir été, lui-même aussi, « mou et relâché ».
12 mai 1816, le temps, qui est froid et pluvieux, trouble en lui tout équilibre physique et moral; il souffre, il a de l’humeur et de l’impatience, il ne jouit de rien. Il faudra qu’il change d’air pour retrouver ses habitudes studieuses et calmes.
La température s’adoucit-elle, il est actif et dispos, pour retomber dans un état « de malaise, de langueur et de dégoût général », si reviennent la pluie et le vent : « pluie, tempête; abattement extrême, mobilité nerveuse, intervalle de découragement, travail difficile» (1).
Le froid sec, le vent du Nord lui étaient particulièrement défavorables; tout son système nerveux s’en trouvait ébranlé; mais il est à noter également qu’avec la chaleur, les rosées fréquentes, « le malaise, le trouble, les embarras organiques continuent ».
Il reconnaît qu’il est « un être ondoyant, divers » ; cependant, le plus généralement, un temps beau l’entretient dans des dispositions sereines, tandis qu’avec les brouillards, la pluie, son esprit s’obscurcit et tourne à la mélancolie. Mais le sentiment de l’âme, qu’il appelle tristesse ou mélancolie, dif-
L Pensées de M. de B. (du 7 au 15 mars 1818).
MAINE 1)E BIRAN
fère essentiellement « de cette affection de malaise ou d’inquiétude, qui se lie à un mauvais état des nerfs ou à certaines dispositions organiques. Le sentiment est aussi désirable que l’affection est fâcheuse. A celui-là se lient tous les progrès de l’in- *
telligence et les plus nobles excursions de nos facultés; l’autre nous rend incapable d’exercer ces facultés (1 ) . »
A son lever, le philosophe se sentait ordinairement la tête lourde et l’esprit morose; il avait de la peine à se mettre au travail; le malaise surmonté, la compagnie des livres, l’exercice de ses facultés intellectuelles lui communiquaient un bien-être dont il se sentait tout pénétré; mais, à table, la vie organique reprenait son empire et, le repas terminé, il n’avait plus la force de lier, d’approfondir ses idées. •
Il était des jours où les moindres odeurs l’affectaient, mais si les mauvaises lui étaient désagréables, les bonnes le rendaient gai et dispos; en respirant une seule violette, il goûtait la jouissance de plusieurs printemps (2).
La musique avait le pouvoir de le faire passer par toute la gamme des sensations ou des sentiments qu’on peut éprouver. Quand c’est lui-même qui jouait de la harpe ou du violon, il s’identifiait