Journal intime inédit, juin
MJïpECINS AMATEURS 23
si bien avec l’auteur dont il voulait rendre l’idée, qu’il en oubliait tout ce qui se passait autour de lui et semblait plongé dans le ravissement; mais, ses nerfs, trop vivement montés, le contraignaient bientôt à cesser un jeu qui les exacerbait (1).
Son défaut capital, dont il convient du reste, « c’est la mobilité en tout ». Il entreprend une foule de travaux qu’il n’achève pas; il a un penchant à la distraction, dont son père, ses frères et plusieurs personnes de sa famille ont été atteints comme lui. Il aime voyager, précisément à cause du changement continuel de décor, de « ce mouvement de tous les instants, cette diversité d’objets, qui passent tour à tour et rapidement sous ses yeux, excitent légèrement l’imagination et les sens, sans trop occuper la pensée. »
Cette mobilité, Maine de Biran devait l’étendre à la politique : successivement, il servit tous les gouvernements qui se sont succédé en France de 1789 à 1824, mais en montrant cependant ses préférences pour la dynastie bourbonienne, seule capable, selon lui, d’assurer la paix.
Le repos, l’ordre, telle fut son invariable devise, et s’il s’écarta autant des ultramontains que des doctrinaires, c’est que son tempérament s’accommodait mieux d’un gouvernement éloigné de toute violence.