Pensées de M. de B
1. Cf. la thèse de doctorat de M. A. de La Valette- Monbrun, p. 304. En 1824, une quinzaine de jours avant
LES BAINS DE BAREGES D’après une gravure de Née
(' Collection de l’auteur)
Nous avons dit combien fut fragile la santé du philosophe; avec les progrès de l’âge, son état maladif ne lit qu’empirer. Il était sujet à de fréquents accès de fièvre; une petite toux sèche l’incommodait; à cinquante ans, il déclare qu’« il entre dans la vieillesse », tout en conservant « beaucoup de goûts et de dispositions du jeune âge»; mais il se morigène aussitôt, pour s’être laissé aller à cet accès de coquetterie :
« Pourquoi, s’écrie-t-il, veux-je paraître extérieurement plus jeune, plus sain, mieux fait d’esprit et de corps que je ne suis? Pourquoi, sachant bien que j’ai cinquante ans, que je suis chétif et ridé, veux-je qu’on ne me donne que quarante ans, qu’on me dise que je suis frais de visage, que j’ai l’air de me bien porter, et prends-je soigneusement les moyens de paraître ainsi?... »
De plus en plus, il éprouvait un mécontentement de lui-même et, par suite, du monde entier, et comme il avait de plus en plus, perfectionné sa faculté d’auto-analyse, il souffrait davantage à constater sa propre déchéance :
« Il y a en moi, écrivait-il, une faculté de réflexion et de raison qui juge et contrôle toutes les autres.
sa mort, le 7 juillet, il demandait et obtenait un passeport pour circuler librement dans le royaume; il avait alors l’intention de se rendre aux eaux pour restaurer sa santé; mais son état s’aggravant, il ne put donner suite à son projet (Th. cit.j 352-4).
MAINE DE BIHAN
L’exercice constant que j’ai donné à cette faculté, dans l’âge d’une plus grande force et d’un état intellectuel meilleur, est aujourd’hui un désavantage. J’assiste comme témoin à la dégradation, à la perte successive des facultés par lesquelles je valais quelque chose à mes propres yeux. Il vaudrait mieux peut-être ne pas s’en rendre compte et se faire illusion sur son prix. Mais si je suis amené, par ce sentiment même de ma décadence intellectuelle et morale, à chercher plus haut que moi une consolation et un appui, la réflexion et la raison m’auront rendu sans doute, après avoir été cause de souffrance, le plus grand service qu’il soit possible d’en retirer (1).»
La faiblesse croissante de l’organisme, l’intensité de plus en plus grande des douleurs qu’il éprouvait, devaient incliner le philosophe vers une religion « seule capable de transformer la souffrance du corps en une inaltérable joie de l’esprit ». Mais cette conversion fut-elle complète? Il est des passages de son Journal intime, extraits des dernières pages qu’aient tracées sa plume défaillante, qui en feraient quelque peu douter :
« On ne peut savoir, écrivait-il, deux mois à peine avant sa mort, à quel degré de nullité morale et de dégoût de soi-même la maladie peut nous réduire. J’en suis une preuve vivante. L’homme hait son