‹ Médecins et empoisonneurs au XVIIe siècleChapitre 11 sur 22 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Origine du quartier Bonne-Nouvelle, — Sa physionomie suspecte au temps de Louis XIV. — La Voisin s'y achète une maison. — Son ambition et ses moyens d'action. — Ses clients et clientes dans toutes les classes de la Société. — Tableau de la rue Beauregard. — Effets de la superstition. — Le roi recule devant le scandale de la corruption générale. — Les auxiliaires de La Voisin : les prêtres, le bourreau. — Prévision d'une révolution

Le Paris de Philippe-Augusle ne s'était pas tellement transformé qu'il ne laissât aux Valois-Angoulême et aux Bourbons un immense travail à accomplir pour l'assainissement de la ville et le bien-être moral des masses auxquels ne contribuaient pas précisément les propriétaires des construc-

liO MÉDECINS ET EMPOISONNEURS

lions locales, même ceux dés maisons ayanl pignons sur rue. Les architectes de la monarchie n'élaient guère appelés qu'à l'édification et à la restauration des palais, des demeures seigneuriales et des fastueux hôtels des Partisans.

Au commencement du xvii* siècle, il existait dans cette partie de la ville, entre Tenceinte de Paris et le quartier Saint- Denis, une portion de terrains vagues,^ déserts, relevés en contre-bas des remparts, remplis de pierres et de gravois. Aucun point de vue pittoresque n'en relevait l'aridité. Nul rentier n'eût été tenté d'y construire une maison quelconque, même pour y abriter des amours défendues. L'on songea à tirer parti de ce terrain en permettant aux petites gens de s'y établir, aux diflérents corps de métier de s'y installer, en les exonérant de tailles, d'impôls, en donnant à tous une sorte de liberté illimitée du travail, puisqu'on les dispensait de redevances vexatoires envers les jurandes.

C'était faire la part belle à la majeure

partie de la population, et le procédé pour l'attirer uans ces parages déserts était certes d'une habileté où Ton pouvait deviner toute la rouerie, toute la finesse pratique de Tadministration, si Ton songe surtout que les finances devaient se trouver, à un moment donné, obérées de près d'un milliard. Il ne fallait rien moins que de pareils avantages pour créer cette Ville Neuve sur gravais qui donna son nom au quartier.

Des rues y furent percées qui s'appelèrent :

rue de Bourbon-Villeneuve, de Cléry^ de Beauregard. Et la petite chapelle où Anne d'Autriche, dans un jour de désespérance, était venue formuler un vœu, devint l'église paroissiale, et, en souvenir des dévotions royales, on l'appela Notre-Dame-des-Bonnes-Nouvelles (1)

En même temps que l'église, de spacieu-

(1 ) D'après l'abbé Lebeuf , Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris^ « la sainte Vierge est patronne de cette église en tant que recevant de l'Ange la bonne nouvelle de l'incarnation du Verbe. »

Cette chapelle fut érigée en cure en 1614. La première pierre a été posée par Bernard, duc de la Valette, en 1624

ses maisons entourées de larges plantées d'arbres donnèrent au quartier une allure, une couleur, qui lui étaient bien person-

' nelles, si toutefois un pareil terme estapplicable à une fraction du vieux Paris. Mais, au point de vue philosophique, l'expression me semble d'une réelle justesse; car, s'il est vrai que les monuments soient l'enveloppe marmoréenne d'une civilisation et, en quelque sorte, son revêtement extérieur, «a forme palpable; s'il est vrai que le marbre ait rendu l'impérieuse puissance du dogme grec, pourquoi l'œuvre architecturale ne traduirait-elle pas aussi les mœurs,

.la grandeur ou la criminalité de certaines phases sociales? Les « plombs » de Venise sont l'œuvre de la tyrannie, comme nos cathédrales sont le symbole des siècles de foi, comme l'Arc de Triomphe de l'Étoile est l'expression de notre splendeur militaire.

Et, de même que le noble faubourg Saint- Germain, avec ses hôtels rigidement clos, révélait tous les préjugés d'une caste hos-

tile à tout ce qui vivait et pensait en dehors d'elle; de même que le Marais interprétait la morgue et le bourgeoisisme de la Magistrature en train de grandir, de même le quartier de la Ville Neuve avait xme physionomie à part, une couleur tranchée. Il présentait Taspect d'une population dont Tesprit reflétait les aspirations de la classe moyenne côtoyant timidement la noblesse parlementaire.

Le faubourg Saint-Germain commençait alors à devenir le séjour des courtisans, qui trouvaient plus commode d'habiter sur une des lignes directes servant aux grandes carrossées allant quotidiennement de Paris à Versailles. Ce qui n'empêchait pas que le quartier situé sur la rive droite de la Seine ne devînt assez brillant par la suite, puisque Corneille le célébrait hautement :

Et Funivers entier ne peut rien voir d'égal A.UX superbes dehors du Palais Cardinal (1).

La solitude du quartier Bonne- Nou-

(1) L« Menteur f acte II, scène v^

velle devait attirer, au commencement du xvif siècle, certaines catégories de gens de professions interlopes : marchandes d'amour , fripiers , usuriers . Sa position cachée, propice aux rendez-vous clandestins défiait Tespionnage des maris de certaines femmes de condition; un facile accès à la débauche y entraînait toutes les classes de la société en rupture de bans conjugaux.

C'est, sans aucun doute, ce qui tenta la fameuse Catherine Deshayes, femme d'Antoine Montvoisin, dont la popularité ne devait pas tarder à exciter la curiosité des vicieuses et des détraquées de son temps.

La Voisin, ainsi qu'on allait la nommer, acheta donc, rue Beauregard, au prix de 30,000 livres une vaste maison enclose d'un jardin, que sa disposition mettait à l'abri de toutes tentatives inquisitoriales du voisinage, des investigations de la police et de celles des époux trop soupçonneux.

Or, c'est du jour où elle fut établie dans ce quartier qu'une des plus curieuses phases psychologiques traversées par cette société

du xvii* siècle, s'est trouvée réalisée dans l'histoire. La Voisin, en effet, joua un rôle capital dans T existence des hommes et des femmes de son temps ; et son influence sur l'imagination des grandes romanesques dont l'ambition ne visait à rien moins qu'à changer les destinées du monde est certes l'une des plus tragiques qui puissent tenter . l'analyse des écrivains féministes.

D'oîi venait-elle? d'où sortait-elle cette aventurière qui n'a d'autres précédents historiques que ceux de Canidie (1), de Locuste, de la Sparra, de la Toffana? Sa physionomie paraît rappeler celle des monstrueuses criminelles antiques. Chez elle le meurtre finissait par revêtir une sorte de

(l) C'est à la Voisin que fait allusion La Bruyère lorsqu'il parle « d'une Canidie qui a de si beaux secrets, qui promet aux jeunes femmes de secondes nooes, qui en dit le temps et les circonstances ». {Les Caractères et les Mœurs, chap. Les Femmes^ p. 67, 10* édit.)

.146 MÉ^DECiNS ET EMPOISONNEURS

falq-lisme étrange qui faisait que tout. ce qu'elle touchait de .sa main terrible était à jamais marqué pour la mort, et la morjl désespérée , la mort hideuse qui ravale rhomme au niveau de la bête. . • . Ce n'était pas une inspirée comme les sorcières lhes$aliennes, une initiée aux dogmes cruels de l'Inde^ upe inconsciente, une dépravée comme lesfamosœ et les sagœ de la décadence romaine. Non, elle.était un de ces produits bizarres, incompréhensibles qiiê lés mœurs des M.ftdicjs' avaient importés en France, à Tavènement de Catherine, cette terrible jouteuse qui jonglait avec les poisons, et qui était plus ou -moins pélrie; dans l'argile des Borgia. Dépassant ses contemporains de. toute la force de conception d'un ce.rvëau solidement organisé,la Vpisin avait vu plus haut et plus loin

que l'entourage dont elle avait gagné la confiàncQ. Elle avait franchi de toute la Jouissance de son vol salanique l'horizon où évoluaient ces ambitieux, ces chercheuses de trônes, ces capteuses de cœur.

* LA MEfSSE NOIRE '11?

Plfe avait, c^ompris qu'au fond de Tâpae humaine, il y a <;ette insatiable soif de bonheur qui Yie se satisfecit que daps le rêve de TinconnUi la curiosité de Tirréel, le besoin (ï'élreindre des biens sans cesse fuyants.

Elle avait vu enfin qu'en entretenant Tesprit dans le mirage de toutes ces formes merveilleuses de la destinée, elle s'en rendrait plus maîtresse que le monarque le plus

absolu, aUendu que sa souveraineté, à elle,

visait non seulement la possession de Timaginalion, mais encore celle du corps et de Ta fortune de ses clients.

Reine du domaine de l'occultisme dont elle semblait, aux yeux d'un certain monde, partager la domination fabuleuse, âvecl'esprit des ténèbres,' son prestige touchait à l'iUlmité. La Voisin est, une fois de plus, la résultante de ce grand problème humaiii qui veut que, dan^ les âges de crise psychologique, le misérable comme le grand seigneur aille chercher dajis un « au delà »

quelconque, dans un infini dont il demande la clef aux devins et aux sorcières la satis-

faction de ses aspirations idéales vers une somme de joie que la réalité est incapable de lui procurer.

Aujourd'hui, Tamer réalisme tout desservi qu'il soit, au dire des métaphysiciens, par la connaissance des faits et des choses, a du moins le privilège de mettre l'homme en possession d'une force, la science, qui lui aide à maîtriser la matière. Le savant éprouve une jouissance noble, presque sublime à arracher à la nature ses secrets enfouis jusque-là dans le champ du surnaturel. La foi se trouve forcée de transiger avec la science. Mais, au xvii^ siècle, la vieille théologie, tout en acceptant déjà l'incursion des libres esprils dans le domaine religieux — puisque Fénelon correspondait ouvertement avec Bayle — ne plaisantait pas lorsqu'un écrivain frisait légèrement l'hérésie. Pascal en sut quelque chose.

A côté des démonstrations officielles de foi, le XVII*' siècle eut son petit peuple de libres-penseurs ou plutôt de libertins

pour nous servir de Texpression en usage alors. Ils vivaient dans l'ombre. Ils se réunissaient dans des banquets clandestins. Ils rédigeaient des libelles anonymes par crainte du bourreau. Une femme comme la Voisin pouvait êlre alfiliée à ces sociétés.

Elle y rencontrait des gens de bonne noblesse tels que ce Don Juan de Molière qui méprise le loup-garou, qui donne au pauvre « pour l'amour de l'humanité » et dont la foi positive se borne à croire « que deux et deux font quatre et quatre et quatre font huit ». Ou bien encore des abbés du genre de ce fameux Guillaume Anfrye de Chaulieu, l'âme damnée des princes de Vendôme, qui vint souvent rue Beauregard, vécut en véritable disciple d'Epicure, et savait encore, à quatre-vingts ans, courtiser les femmes et leur adresser des vers aussi anacréontiques qu'irréligieux.

La présence de la Voisin, dans leurs réunions s'explique par Tombre où on les obligeait à vivre. C'est le sort des initiais.

leurs' de rallier .tout d'abord à leur cause .

dès scëlérals et des fous.

La Voisin, en somme, pouvait suivre ce vaste . mouvement des esprits.- Elle s'emparait par d'autres «loyens de tout ce qui pense, souffre, attend, meurt dans le cœur de riiomme, si misérable et si grand tout à la fois, si chéïif et cependant si royale-'

ment fort, qu'on n^a paâ à s'étonner, après

l'avoir vu susceptible de tous les abaissements, de le retrouver soudainement capable de tous les.héroïsmes. •

Il ne faudrait. point' pouMant s'imaginer rencontrer dans Catherine Deshayes ce type d'alchimiste ou de sorcier que la légende npus montre cherchant, dans son • creuset,, la solution du problème de la vie humaine. Pour l'élève des empoisonneurs florentins , la formule rêvée consistait à faire tomber, au moyen d'une infernale combinaison, beaucoup d'or, monnayé et d'écus dans les coffres de la maison mystériejise^de la rue Beauregard. L'ambition de la Voisin était la fortune. Peut-être, si le

LA mëssb noirh:

" sort ne Tavait pas trahie, l'auraitf-on vue-, àun moment donné, "disparaîtrecomme cer-^ tainà grands aventuriers, et "s'en aller vivre . dang quelque palais à Roime ou à Venise (1).

, Que de^secrets abritèrent ces tentures dé hjaute lisse, ces inbrailles entre lesquelles s'étouffaient les .cris des victimes, cette pièce où Ton égorgeait de jeunes enfants achetés pour les pratiqqes,de la magie par des prêtres, des gentilshommes et des femmes, à des filIes-mères qui ne#craignaient pas de livrer au meurtre ces petits êtres. Le crime servait d'auxiliaire au vol ou à Tescroquerie, Thomicide quotidien était- appelé au secours des amours illustres des femmes de la cour^ Epoque, de démorali-

' sation profoade», que la pensée se •refuse à imaginer! EL lorsqu'on voit les plus hauts dignitaires venir faire antichambre

(1) Dans UD de s^s interrogatoires, la Voisin (^clara qu'une fojs sa fortune faite, son intention était de quitter • la France et d'aller vivre princièrement en Italie. Au moment de son arrestation, il lui manquait encore 100,000 livres pojur exécuter son dessein. ISote autographe de M. de la Reynie. Biblioth. nationale f. Fr. 7608.

chez une fabricante de philtres, Ton se demande jusqu'où Taberralion peut aller.

La rue Beauregard fut donc le lieu de rendez-vous, pendant de longues années, de tout ce que Tarislocratie, Tarmée , la magistrature, la bourgeoisie comptaient d'éminent parmi leurs membres. Et l'aspect de cette rue aurait eu de quoi tenter le crayon d'un Callot, si ce n'est que la mise en scène aurait présenté autre chose que la misère sordide des gueux.

Revivons un instant cet étrange tableau :

Où vont ces chaises à porteurs qui transportent à une certaine heure de la matinée des femmes aux costumes assombris, mais dont l'élégance d'allure trahit cependant le rang et au fond desquelles se dissimulent les présidentes Le Féron (1) et Lescalopier (2)?

(1) Marguerite Gallard, fille d'un conseiller au Parlement, mariée à Jérôme Le Féron, président de la première des enquêtes. Impliquée dans Taffaire des poisons, elle fut arrêtée le 9 avril 1679 et condamnée, le 7 avril 1680, au bannissement de la vicomte de Paris pour neuf ans et à 1,500 livres d'amende. Elle mourut en 1702'.

(2) Charlotte Germain, fille d'un trésorier des ponts et chaussées. Mariée à Balthazar Lescalopier, président à

Et ce lourd équipage blasonné d'où descend une personne que Ton se désigne tout bas comme alliée aux plus grandes familles de France et qui n'est autre que la duchesse de Vivonne (1)? Et ce carrosse, al télé de six chevaux, ayant sur ses panneaux des armoiries ducales qui vient de conduire la duchesse de Bouillon (2) et son amant, le duc de Vendôme, que salue d'un geste dismortier. Elle se rendit célèbre par ses aventures scandaleuses et finit par aller chez la Voisin demander du poison pour son mari qui, pourtant, ne la gênait guère. L*abbé de Laffemas a contribué à la tri4e renommée de la présidente par une chanson intitulée : Les Feuillantines. C*est un petit chef-d'œuvre d'esprit et de méchanceté qui a fait les délices de la société du xvii® siècle.

(1) Antoinette de Mesmes, fille unique d'Henri, seigneur de Roi?sy, président au Parlement de Paris, et de Alarie de la Vallée-^ossey d'Everly, mariée en J655 à Louis- Victor de Rochechouart, duc de Mortemart et de Vivonne, frère de M^^ Moutespan. Elle mourut en 1709, presque dans la misère, âgée de soixante-huit ans.

(2) Marie-Âune Mancini, mariée à Godefroid-Maurice de la Tour, duc de Bouillon, pair et grand chambellan de France. Le but de la visite de la duchesse, rue Beauregard, était de demander les moyens de faire mourir son mari, pour épouser le duc de Vendôme, « lequel était présent chez la Voisin ». La duchesse de Bouillon mourut subitement, en 1688, d'une attaque d'apoplexie, aux pieds de son mari, qu'elle exécrait. Au dire de Saint-Simon, « c'était une créature très audacieuse et dangereuse ».

cret, le maréchal duc*de Luxembourg (1;)?

' ,Le sair. descend sur le quartier sinistre : voici les comtesses de'Poligiiac (2) et du Roure (3), la maréchale de La Ferlé (4), \

(1) Le maréchal «de Luxembourg était un des ^ familiers d*e \^ Voisin. Lorsqu'il apprjt qu'un décret de pris.e'de

.corps avait été lancé contre lui, il alla voir lé roi. Mais 11^ fut. mal reçu et dut se résigner à entrer à la Bastille^ le« 24 janvier* 1680. Il n'en sortit que le 15 mai de la même année. Louis XIV, le 'lendemain du jugement qui déchargeait .le maréchal de l'accusation portée contre lui, donna ' l'ordre de l'^iler dans ses terres, « avçc défense d'appro-

'cher ^e Paris plus près de vingt lieues ».

Luxembourg avait épousé Madeleine-Charlotte-Bonne- Thérèse de Clermont-Tonuerre. Elle avait apporté en dot à son mari le duché de Luxembourg et ifne fortune considérable, mais elle était laide et infirme. Le maréchal ne pouvait la souffrir et il n'est pas surprenant qu'il soit allé ' chez, la Voisin chercher le moyen de s'en débarrasser.

(2) Jacqueline de Beauvoir de Grimoard dujlour'e, mariée à Louib-Armand de Polignac. C'était la mère du cardinal de Polignac. 'Morte le 7 novembre 1721. Au 'dire de Dan- ' geau, « c'était. une maîtresse femme, de grande intrigue 'et de fâcheuses affaires, Elle é^ait aussi très galante. >t

(3) Claude-Marie du Guast d'Artip;ny, mariée au comte du Roùre, lieutenant' général en Languedoc. Elle avait été fille d'honneur d'Henriette d'Angletert'e, amie intime de La Vallière et la confidente de ses amours.

(4) Madeleine d'Angennes, née en 1629, mariée ,1e 25 avril 1655 à Henri de Saint-Nectaire, duc de la Fer té, maréchal de France. Morte le 16 mars ni 4. Saint-Simon et Bussy ne l'épargnent guè^'e et ils n'ont pas tort. Jamais femme ne se tint moins à son rang et ne fit plus parler d'elle.

• , . LA ilESSE N01R*E . 155

la» princesse de Tingry (1) et la çQarquise d'Alliiye (2). Lorsqu'elles sortiront de la maison de la rue Beaiiregard , les duchesses de Duras (3) etde yilry (4) arriveront à leur tônr, et peut-être auront-elles été précédées parla fièré co^ntesse de Soissous (5),

(1) Marie-Looise de Luxembourg, princesse dqTingry, née en- 1640. Comme toutes les grandes dames de la Cour, elle vint demander à la Voisin des poudres pour se .faire aimer. Elle en avait d'ailleurs besoin, car elle était aussi, laidç que galante. ^

(2)* Bépigne de Meaux du Fouilloux, fille d'honneur d'Anne d'Autriche. Dotée p^r lé roi à'une «somme de 150,000 livres, elle épousa, en 1667, le marquis d'Alluye-. Amie intime de la comtesse de Soissons, elle fu( exilée en Languedoc, à la suite de l'affaire des poisons.

(3) Marguerite-Félicie de f^vis, fiUe du duc de Ventadour, mariée au duc de Duras, gouverneur géjaéral de Franche-Comté., * , . ,

(4} Marie-Lowise Pot de' Rljode?, mariée au duc de Vitry en 1646, morte en^l684. Le duc de Vitry mourut précisément dans le courant de l'année 1679. Cette date coïncide avee les visites de la duchesse chez la Vo^s^in, et'ilest certain que la Reynie fut très frappé de la coïncidence.

(&} Olympe Mancini (1640-1708), mariée le 20 février 1657 au prince Eugène de Carignan, qui prit le ti^re de comte de Soissons. Elle fut accusée, non sans raison, d'avoir emj)oisonné son mari» LouisXlV neput se résou<lre à livrer à la justice une femme qu'il *<ivait aimre. 11 la fit donc prévenir par le duc de Bouillon, son beau-frère, du décret rendu contre elle. EJIe s'enfuit à trois heur«s du matin, en plein hiver, accompagnée de la marquise d'Alfuye. La mère'du comte de Soissons, qui avait toujours

à qui le roi octroiera la faveur d'un exil dans les Pays-Bas, lorsque le procès de Teinpoisonneuse aura jelé sur son nom un éclat déshonorant. Demain, ce sera le tour de M"*" de Dreux (1), de Poulaillon (2),

détesté sa belle-fille et qui la soupçonnait d'avoir fait mourir son fils, voulut sauvegarder Fhonneur de la famille et vint solliciter Tinilulgence du rot : « Madame, lui répondit-il, j'.ii bien voulu que M"»» la comtesse se soit sauvée ; peut-être en rendrai-je compte à Dieu et à mes peuples! »

(1) Françoise Sfûntot, mariée à Philippe Dreux, maître des requêtes, puis intendant à Caen et révoqué en 1675. Compromise par s^s assiduités chez la Voisin, qui lui avait procuré le=^ mnyens de se faire avorter, elle fut arrêtée et conduite au château <le Viucennes. Jugée par la Cbambre ardente, qui la condamna « au bannissement à perpétuité hors du royaume», elle vit sa peine commuée par le roi et se retira à Vaugordy, pr^8 Chinon.

Les chan>unniers Tunt duremmt traitée ainsi que son mari et son auiaut. Charron de Menars, oFûcier aux gardes. On peut en juger par le couplet suivant :

Qu'avez-vous, Monsieur Dreux?

Vous êtes langoureux.

Hélas! c'est que Charron

Do ma femme (bis) Hélas ! c'est que Charron

Prend le

(2) Marguerite de Jehan, mariée à Denis-Alexandre de Poulaillon, aei;,'nenr de Montréal, maître des eaux et forôta de Cha'iipajii»s pui:^ correcteur à la cour des Comptes. Sa liaison aveo le maniuis d*. U Rivière e-t demeurée célèbre. M™ ^ de Poulaillon fut accusée d'avoir été demander

Le Camus (1) et Brissart (2). Mais quelle est celle femme masquée, au porl de déesse, devant le carrosse de laquelle les laquais font écarter la canaille, qui descend avec la précipitalion d'une affolée et la hauleur d'une vérilable marquise habituée depuis Tenfance à voir toutes les échines se courber? A son geste hardi et noble, à sa taille altière, qui n'a reconnu Théroïne

du poison à la Voisin. Sur l'ordre du roi de la traiter très sévèrement,- elle fut enfermée aux Pénitentes d'Angers. Elle mourut en 1126.

(1) Marie-Calherine Diijardin, fille d'un conseiller à la cour des Aides de Rouen. Mariée à Jehan Le Camus, intendant d'Auvergne, puis lieuteuant civil. Elle vivait en assez mauvaise mtelligence avec son mari, dont elle eut cependant trois enfants.

Le lieutenant civil ne pardonna jamais à la Reynie d'avoir laissé écrire les déclarations concernant M°^« Le Camus et il devint, par la suite, Tadversaire le plus acharné du lieutenant de police.

M™*' Le Camus mourut à. Paris, le 14 juin 1719, neuf ans après Bon mHri.

(2) Marie Miron, mariée à Charles Brissart, conseiller au Parlement. Connue la plupart des femmes des magistrats de cette époque, elle avait un amant qu'elle entretenait. C'était Louis-Denis de Rubantel, niarér.hal de Camp. Mme Brissart, dont les relations suivies avec la Voisin n'étaient un secret pour personne, fut accusée d'avoir empoisonné sa sœur, M™® d'Hardécourt.

principale du procès intenté à Catherine Dèshayes, celle qui aurait dû, la première, s'asseoir à côlé de l'empoisonneuseï sur le banc d'infamie, si la clémence du roi n'avait respecté en elle la mère du duc du Maine e,t du comte de Toulouse, la superbe Montespan?

Toutes, oui toutes, s'en vont demander dès philtres pour la mort des époux délestés, pour'enyoulter des amants, pour prolpnger . une jeunesse que la débauche flétrit trop •vile; pour tuer dans leur$ entrailles l6 fruit d'un récent adultère, et recommencer le . lendemain des expéditions voluptueuses dans le domaine des amours illicites. Aucune n'a le cri de la maternité aux lèvres, le senlitnent de la pitié pour la victime réclfimée par leur haine implacable de femmes mariées; et les têtes pâles, les yeux cernés sous rînsomnie ardente, les. gorges charmeresses apparaissent frappées de l'éclat d'un. jour tragique dans ces boudoirs capitonnés. On y voit les plus braves et les plus audacieuses qui tressaillent d'un inyolon-

. LA MESSE NOIRE lS9

taîre effroi, SOUS le mince lumignon d'une lampe fumeuse, eii interrogeant leur ' des-, tinée dans le marc de café, dans les cartes, • dans le& entrailles fumantes des bêtes éven-

• tr^es, dans le miroir magique, sur un ta-

• bleau noir où s'étaleront des signes bizarres à l'heure où il es.t reçu qu'on verrai rou-^ géoyer l'anneau solennel de Saturne.

Et c'était à la' superstition — que. les docteurs de l'Eglise se trouvaient impuissants à dégager du dogme — qu'il fallait demander compte de ces douloiiréuses.

aberrations.

Oui, l'opinion était une puissance assez redoutable,, au sein d'une nation policée,, régulière d'apparence, pour que l'on crai-»

gn!t de porter un coup violent à ce qui constituait alars la société française.

Louis XIV eut peur, lui qui se croyait audessus de tout. Il* treppbla dans son omnipotence pour la bonne renommée de celte cour et de cette magistrature, expression morale du royaume dont il était le souverain et chez qui l'Europe était habituée à

venir chercher des leçons d'honneur et d'héroïsme el qu'elle se complaisait à envelopper de tous les prestiges. Le grand roi ne voulut pas dévoiler ces hontes et ces turpitudes à la malignité de ses ennemis.

Par les secrets qu'il avait surpris, il tenait dans ses mains toutes les iniquités de la magistrature, et plus on pénètre dans les détails terribles de ces sinistres arcanes, plus Ton comprend que celui qui voyait s'agiter devant ses yeux la duplicité et la vénalité de conscience de ces faux honnêtes gens, de ces assoiffés de jouissances, de ces dépravés, plus l'on comprend, dis-je, que celui qui était chaque jour en contact avec de pareils hommes les ait eus en profond mépris — mépris qui rejaillit sur l'espèce entière : la triste humanité que ne flagelle pas encore, à notre gré, d'un sarcasme assez sanglant, l'amer pessimisme d'un La Rochefoucauld.

Mais c'est surtout au sujet de ceux qui étaient regardés comme les parangons du devoir, les gardiens des mœurs, les délenteurs de la morale publique, que l'épou-

vante s'accroîl. L'homme chargé de faire appliquer la torture à son semblable pour lui arracher Taveu de ses crimes se rendait plus criminel lui-même que le dernier des misérables qu'il était appelé à juger : celuilà nous apparaît sans excuse devant la conscience de l'histoire. C'est parmi les femmes de magistrats qu'on recrute les plus hautes coquines et les plus perverses détraquées. Je le répète, quand on étudie les détails du procès de la Chambre Ardente, la croyance au mal universel nous est surtout inspirée par les hommes de robe; et, dans une autre acception d'idées, l'on comprend ces fiers esprits de l'école de Port-Royal, se refusant à vivre parmi les heureux de la terre, s'enfuyant d'un coup d'aile loin de leurs contemporains, — poussés par la crainte de sombrer dans le mal du siècle. Il fallait être un grand apôtre de charité, un saint Vincent de Paul pour sonder d'un regard encore miséricordieux toute l'horreur des plaies sociales.

Quels étaient les intimes de Catherine Voisin, ou, pour mieux dire, quels complices s'adjoignait-elle dans Texéèution de ses manœuvres criminelles? Nous sommes bien forcé de lé reconnaître, c'est dans le clergé qu'elle avait rencontré ses amis le plus zélés. Les abbés Guibourg(i)^ Le-

(1) Le portrait suivant que trace de GaiboargLaReyaie, dans une note adressée à Louvois, peut, donner une idée de ce misérable. ''

« C'est un prêtre âgé de soixante-dix ans, né à Paris, prétend être fils naturel de feu M. de Montmorency, beaucoup voyagé, libertin, desservi' plusieurs églises à Paris et aux environs, dans une pratique conttimelle de sacrilèges, empoisoimeup artiste, a;>pliqaé à la recherche de toutes sortes de 'maléfices, ami de la Voisin, en commerce de longtemps avec elle et avec tout ce qu'il y a de plus méchant, tenu mâna'^e depuis plus de vingt années avec une concubine (la fille Ghanfrain) de laquelle il a eu plusieurs enfants, dont mâme. il en a tué quelques-uns, homme extraordinaire, qui ne peutêtre comparé à aucun autre, qui a égorgé et sacrifié plusieurs enfauts. Ce crime parait lui être familier. Les messes dites sur le ventre et autrement, les consécrations et tout ce qu'on- a désiré de plus impie et de son ministère,, ne lui Ont jamais fait de peine. >

LA 'messe noire

meignan(l), Mariette (2), Cotton(3), Tournet (4), Davot pour ne citer que les plus compromis, lui accordaient une proleclion

' activç. Plus tard, ces trois derniers payèrent leur complicité effrayante sur le' bû-* cher. Quant aux autres, attachés aiix paroisses voisines, Saint-Eustache, Saint-Sauveur, Bonne-Nouvelle, ils finirent leurs jours dans une citadelle. L'abbé Davot,

(1) Lemeignan (Barthélémy), né à Saint-Martin» prés de Cherbourg, en 160:2, vicaire de Saint-Eustache. Ce misérable, dans une messe noire, avait sacrifié deux enfants du sexe tnasculin et les avait « coupés en plusieurs pièces ». En raison de son grand âge, Lemeignan fut enfermé pour le reste de ses jours, dans là citadelle de Salées. * .

' (2) François Mariette, vicaire de l'église Sairft-Séverin, n^ à Paris en 1640. Grâce' à sa famille qu\ était puissante et alliée à la magistrature, ce misérable prêtre, plus coapable peut-être que les abbéâ Tournet et Davot, échappa a\i dernier supplice, lia Reynie, dans un de ses rapports à Louyois,. se plaint amèrement de la faiblesse dea juges à l'égard de Mariette, qu'on se contenta de faire enferui'er, d'abord à Saint- Lazare, puis dans la citadelle de Besançon.

(3) Gotlon (Jacques-Joseph), prêtre attaché à Téglise Saint-Paul, condamné à mort pour Impiétés et sacrilèges, et exécuté le i«' octobre 1680, après avoir subi la question ordinaire et extraordiuaire de l'eau. ♦

(4) L'abbé Tournet fut exécuté eu place de Grève « pour impiétés et sacrilèges, et avoir dit une messe sur le ventre d'une jeune ûUç âgée alors de quatorze à quinze ans, pendant laquelle messe il la connut charnellement. »

vicaire de Bonne-Nouvelle, bénéficiait pour une large part, avec le bourreau, des sommes importantes que touchait la Voisin.

Chose étrange, cette femme ne craignait point de s'offrir aux caresses de l'exécuteur des haules œuvres afin d'obtenir de lui tous les éléments nécessaires à la trituration de ses abominables sorcelleries. D'après la Kabbale, les cierges que l'on destinait à éclairer les effroyables sacrifices consommés dans le laboratoire de la Voisin (1) devaient être fabriqués avec de la graisse de pendu. Le bourreau se chargeait de la procurer. L'intérêt le plus vil avait donc seul déterminé cette misérable à surmonter la répugnance qui devait s'emparer d'elleau contact de son sinistre associé.

Sans qu'il soit besoin d'insister, on voit de quelle gangrène était rongé le corps social tout entier. Une chaîne infernale relie

(i) Dans le cabinet de la Voisin, derrière une lourde tapisserie, il y avait un four ; c'est dans ce four qu'on faisait « brûler les enfants avortés et ceux qui avaient été sacrifiés dans les messes noires ». La Voisin avoua en avoir brûlé de la sorte plus de deux raille cinq cents.

-toutes ces castes les unes aux autres, depuis la plus haule de toutes ces fières grandes dames, la marquise de Montespan, depuis AnloinelledeMesmes(l),sabelle-sœur, fille du président de ce nom qui se faisait avorter au moyen d'un ingénieux appareil inventé par la femme Lepère, jusqu'aux vaillants soldats, jusqu'aux membres de la bourgeoisie, jusqu'à ceux du bas clergé, jusqu'aux valets auxquels incombait l'exécution des tortures judiciaires, tous, oui tous, se tenaient dans ce branlé de la démence et du vice. Et, comme si ce n'était pas assez de cette aristocratie de robe et d'épée, les plus intelligents, les plus nobles par la

(1) La Lep6re se rendit vers minuit â Thôtel de Mesmes, ancien hôtel de Montmorency, situé rue Sainte- Avoye : e'e?t la qu'habitait la duchesse de Vivonne tandis que son mari suivait le roi dans les campagnes de Hollande (du 27 avril au 5 août 1672). M»® de Vivonne, d'après la déposition de la femme Lepère, « étoit grosse de trois mois et demi au plus ».

Pour payer ce service, la Voisin reçut environ 500 livres et la femme Lepère ne toucha que 50 livres, ce dont d'ailleurs elle se plaignit amèrement.

Pour ce qui est de M"« de Vivonne, voir les dépêches de Louvois à La Reynie. — Manuscrits, . dépôt du Ministère de la guerre, F. 385-644.

166 MÉDECINS JBT EMPOISONNEURS

pensée, allèrent aussi rue Beâurégard :' artistes de la plurae et. artistes dràtmatiques, des comédiennes comme la du Parc, la de* Brie (1), la Dupin (2), la Béjart(3), vinrent tour à lour solliciter de la Voisin des services particuliers que Ycta n'eût pas osé demander à des médecins honorables. Du

reste, reconnaissons-lé, respècp n'en était

: (1) Catherine Leclerc, marine à Edme WilquÎD, dit de Brie. Née en 1620, marte le Ï9 novembre 1706. M»»» de. Briê fut longtemps la paaitrësse de Molière.. Après le mariage de celui-ci, elle continua à vivre 'dans sa maison, $i ToQ en croit l'auteur du pamphlet Les intrigues de Molière et de sa femme, qui, -sur ce .poiut, nous paraît très exactement renseigné. ■ " .

(2) Louise Jacob de Montfleury, fille -d'un acteur. Mariée à Joseph du Landus, sieur du Pin, elle jou^ successivement dans les troupes du Marais et de la rue .Gnénégaud. ,

Morte le 8 avril 17Ô9. Elle vint se faire avorter chez la

Voisin, qui la mit en rapport avec la Lepèré. Prix de . Topération : 40 livres. La Dupiu passait pour très prude) témoin le mauvais et méchant quatrain suiv.ant :

Elle aime les plaisirs et veut qu'ils soient seorets. Du moindre petit bruiVson lier honneur s'offense. Elle « beau désirer des amants bien discrets, Elle en a trop pour sauver l^pparence.

(3) C'est d'Armande-Grésiodtt-Claire-Élisabeth Béjard, la femme de Molière, qu'il e«t ici question. Il n'est d'ailleurs . pas surprenant qu'en raison du nombre considérable de ses amaAts, elle soit venue rue Beau regard demander à la Voisin de la mettre, en rapport avec quelques-unes des matrones attachées à son établissement.

pas rare, car, pour l'honneur du corps médicalde Tépoqtie^ à part Rabel et Brîoude, on ne trouve que des noms obscurs pour prêter leur tîoncours à une empoisonneuse.

Nous reviendrons plus tard sur la présence des comédiennes dans la clientèle de la Voisin, autour de laquelle se groupaient quelcjues impudents médecins, de nomtreuseS'Sages-femmes, des apothicaires. Et,, dans ce noble Paris qui était Fâme de la France, — on pourrait même ajouter' de TEurope entière — l'arbre social, pourri

déjà à àa base, pouvait laisser pressentir aux penseurs les futures révolutions qui allaient achever de le déraciner tout entier: et ce serait ici le cas de'dire qu'il en est des nations conmie des'homines, Qt qu'il * des moments oîi il faut que leur cœur se brise ou- se bronze.

D'ailleurs, d'où auraient-elles surgi ces passions violentes, si fécondes en désastres; sinon dans ces luttes^ dans ces. aspirations* faites de convoitises suprêmes qui portaient les acteurs de ces drames épouvantables

aux plus criminelles extrémilés et qu'eacadre le procès de la Chambre Ardente?

Toute nation — comme tout individu — porte en elle ses germes de dissolution.

C'est en vain que des prédicateurs du haut de la chaire, allaient tonner contre le naufrage de la vertu et de la raison d'une partie des citoyens, puisque les âpres appétits et les vices terribles des grands confinaient à l'assassinat. Il devait résulter, pour Louis XiV, de celte célèbre affaire de la Chambre Ardente une de ces leçons morales faites pour ébranler jusqu'au fond de l'âme, leçon que semblerait viser dans sa parole prophélique la phrase tombée des lèvres de Bossuel, parlant de la mort d'Henriette d'Angleterre, tout à la fois si mystérieuse et sidramalique : « Le roi pleurera, le prince sera désolé et les mains tomberont au peuple de douleur et d'élonnement (1). »

1. Rex lugebit et Princeps inductur in mœrore et manus populi terrx conlurbabuntur . (Ezéchiel, 7-27.)

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