‹ MédéeChapitre 44 sur 90 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Puisqu'ils t'ont profite, c'est toi qui les as faits !

Et tu vas mettre au lit d'une autre (affront suprême !)

Tout ce que tu leur dois, misérable ! et toi-même ! . . .

Ah ! je t'excuserais si les dieux incléments

Avaient nié des fils à nos embrassements ;

Car l'homme avec raison veut qu'aux jours du vieil âge

En des êtres chéris vive sa jeune image.

Mais deux enfants nous ont charmés par le doux cri

De naître, et leur premier sourire t'a souri;

Tu les as vus, plus grands, en de jolis vacarmes,

Le matin, près du lit, jouer avec tes armes ;

Et les voici, joyeux parmi de tant douleurs.

Petits héros déjà hardis et querelleurs,

Où je crois voir, à l'ancien rêve obéissante,

Ta fierté sans traîtrise et ta grâce innocente, . .

A voix basse, férocement :

Où je vois, dans leurs traits, dans leurs yeux, à leur front, Les fils de Creuse, qui leur ressembleront !

JASON

Qu'est-ce donc que tu dis entre tes dents, Médée ?

Comme rêveusement

Je ne sais pas si j'ai parlé. L'âme attardée

En un rêve cruel et charmant à la fois,

Je sais qu*un jour, un jour de notre amour, les doigts

Au front de tes enfants sous leurs boucles dorées,

Tu disais : « Puissiez-vous, chères têtes sacrées,

Longtemps vivre ! »

JASON

Oui, longtemps ! par delà nos trépas

■ \ Et j'ai peur que ce vœu ne s'accomplisse pas.

Malheureuse !

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