‹ MédéeChapitre 9 sur 90 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

LA. NOURRICE

Dieux ! Dieux ! et toi, Destin aux Dieux même fatal !

Pourquoi sur l'onde haute aux fluides descentes

Glissa-t-elle parmi les iles bleuissantes

La nef sonore vers le solaire trésor ?

Oh ! sur le Pélion que n'est-il arbre encor,

Intact de la cognée et fier de l'or des gommes,

Le pin qui fut la rame aux mains des jeunes hommes !

Elle n'aurait point fui pour l'amour de Jason

Vers lolchos avec le crime et la Toison,

Médée ! on n'eût point vu, pour que son charme opère.

Filles de Pélias ! les chairs de votre père

Se chercher par tronçons comme des vers mouvants !

Avec l'homme sauvé des monstres et des vents

Elle n'eût pas connu l'exécrable Corinthe !

Naguère, ils y vivaient sans querelle et sans crainte

Et la paix de l'hymen habita leur maison ;

Un adage ancien le dit avec raison :

Du foyer des époux toute peine est absente '

Si l'un ne peut vouloir, que l'autre ne consente.

Mais, maintenant, le sort contre elle s'est tourné ;

Jason trahit l'anneau que sa droite a donné,

Pour le trône et le lit d'une vierge adultère ;

Et, veuve d'un vivant, l'épouse solitaire

S'indigne et montre aux dieux jurés par les serments

Sa couche vide, et crie, en proie aux noirs tourments,

Et dans une équitable et funeste colère

A ses affreux bienfaits compare leur salaire !

Sans repos ni sommeil, prostrée, au front terreux.

Le temps fondant en pleurs de son œil fixe et creux,

Elle gît, sourde autant que la roche marine ;

Ou bien, tournant le pli de sa nuque ivoirine,

Elle dit son remords tendre d'avoir quitté,

Pour l'infidèle, son cher père, et sa cité,

Et la maison natale en sa Colchos chérie !

Souffrir apprend combien est douce la patrie...

Mais, étrange parmi les mères des vivants,

Elle ne sourit pas en voyant ses enfants,

Et je tremble en mon cœur, sachant quelle est jNIédce !

J'ai peur qu'un soir, d'un œstre infaillible guidée,

Dans la maison qui fut sa maison, vers le lit

Qui fut son lit, tàtant les longs murs que pâlit

La complaisante horreur d'Hécate maternelle,

Elle entre, et, le fer nu sur l'épouse nouvelle

Et l'époux, couple heureux que l'amour resserra,

Les éveille, d'un coup qui les rendormira !

Le sangr rouo-it le flot des cheveux de Creuse...

Puis (rage imniolatrice et qu'aucun crime n'use)

J'ai peur qu'en caressant ses fils, agneaux offerts,

INIédée... elle est terrible à l'égal des enfers !

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