ACTE I
Comme le léopard les troupeaux bien nourris,
Ou comme le torrent aime les bords fleuris,
Pour souiller leurs trésors en sa course orageuse, Et les rouler, fangeux, dans son onde fangeuse... Mais Jupiter m’envoie, et j’accours...
JASON
ORPHÉE
Toi!
J’accours
Pour arracher Créuse à tes folles amours !
Pour découvrir aux yeux de la fille et du père L’abîme où les conduit ton hymen adultère !
JASON
Va donc! mais quand près d’eux ta voix m’accusera, Par un exploit nouveau mon bras te répondra !
Ce matin est venu fondre sur cette plage Le terrible Ànlestor ! Je cours sur son passage, J’entoure le géant du cercle de mes bras,
Je l’étouffe, et, demain, lorsque tu me verras Apparaître aux regards d'Éphyre épouvantée, Chargé du corps sanglant de ce nouvel Antée,
Il faudra bien enfin qu’au silence réduit,
De mes hardis travaux tu me laisses le fruit !
ORPHÉE
Eh bien!...
On entend une musique douce, et Creuse parait sur la colline, suivie de jeunes filles qui portent des couronnes et des offrandes.
Quels sont ces chants ?
JASON
Guidant les canéphorcs, Créuse vient au bruit des cithares sonores,
De l’austère Diane implorer son pardon Et le droit de passer sous les lois de Junon !
ORPHÉE
Suis-moi près de Créon !
MÉDÉE
JASON
Antestor me réclame !
Je pars pour mériter Gréuse ! Allons, mon âme!
C’est l’instant de montrer à ces peuples tremblants Quel fils ma noble mère a porté dans ses flancs !
Ils remontent la scène.
Creuse parait suivie des Canéphores. On entend une douce musique ; Creuse, une couronne à la main, va la déposer devant la statue de Diane, et récite les strophes suivantes, pendant que la musique continue à jouer doucement. Orphée et Jason sont sortis lorsqu’elle est entrée en scène.