‹ MédéricChapitre 5 sur 9 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

Un soir Médéric et Marie se trouvèrent encore seuls ; — mais sur la lisière même du bois qui terminait le parc du château.

—0 Médéric, disait-elle, nousseronsheureux dans l'avenir. Mon père, fatigué de ma longue résistance à en épouser un autre, me donnera à vous.

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— Marie, reprit Médéric, nous vivrons seuls et ignorés du inonde, seuls et heureux. En attendant ce bonheur vivons par le cœur, aimons-nous par la pensée.

Mais de gros nuages couraient dans l'air et sur le ciel, un coup de tonnerre brisa la nue et tomba au loin. — Il pleuvait.

Marie se blottit près de son amant. Il la reut dans ses bras, et ses lèvres se collèrent avec amour sur les cheveux noirs de la jeune fille;

Et l'éclair sillonnait toujours la nue.

Marie avait peur.

. Médéric soutint Marie, et tous deux ils revinrent à la maison, transportés, ravis, pleins d'espérances et très mouillés.

Médéric entendait le cœur de son amante battre près du sien, il humait sa douce haleine, il suivait les soupirs qui gonflaient sa poitrine, il imprimait ses lèvres sur son col blanc et parfumé.

Quand ils rentrèrent, M. de Savinian leur dit :

— Eh bien, mes enfants, vous avez été mouillés, le mauvais temps vous a surpris

Toi Marie, va chez ta mère; et vous, mon cher ami, allez vous changer tout de suite pour ne pas être malade.

Quand Médéric revint, M. de Savinian entama une longue discussion sur le danger d'attraper «les rhumes en s' exposant à la pluie, et sur la nécessité, dans ce dernier cas, de changer immédiatement de vêtements.

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Médéric l'écouta avec une patience extrême, et dont Marie lui sut gré.

Le lendemain lorsque Marie descendit pour déjeûner, elle était pale et émue, ses traits étaient légèrement altérés, et son regard vif et brûlant. Elle avait fait le même rêve que son amant.

Médéric aussi avait passé une nuit fort agitée , car il sentait le poids de sa vie future et l'incertitude de son présent.

Il avait composé les vers suivants pour Marie :

De loin gronde l'orage, L'éclair dans le nuage Vient te glacer d'effroi ; Pour braver la tempête, Sur moi pose ta tête , Je suis à toi.

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Ah ! sèche enfin tes larmes, Pour calmer tes alarmes Tourne les yeux vers moi ; Un ami de voyage De fleurs sème ton passage, Je suis à toi.

Plus de pleurs, de souffrance, Renais à l'espérance , Ton bonheur fait ma loi; 0 ma noble maîtresse, Je tiendrai ma promesse , Je suis à toi .

Il donna ces vers à Marie ; — elle les mit en musique, — dès-lors, ces vers prirent le nom romance.

Cette romance, Marie la chanta sur le piano.

— Julia vint, elle vit la romance, la trouva belle, dit à Marie qu'elle était heureuse , — et la chanta avec elle.

Médéric les surprit lorsqu'elles finissaient;

— elles rougirent.

Lui était tremblant et ému. — Julia partit. Alors, Médéric se jeta aux pieds de Marie et lui baisa les mains.

Elle ne les retira pas, — car leurs âmes s'étaient épousées respectueusement.

Quand il s'en alla , il était ivre de joie de se voir tant aimé et avec une candeur qui le sanctifiait.

Il passa encore une nuit à respirer les parfums de l'air, à rêver en voyant les nobles clartés de la lune , et à penser à Marie, à son avenir et à son amour.

Médéric employait ainsi splendidement son temps; — et il n'avait pas tort d'être possédé de cette sublime folie.

Combien de nobles folies , — mes amis , — ny a-t-i! pas encore?

Ce sont de respectables folies, celles-là :

D'aimer avec l'àme;

De profiter de ses belles années ;

De remercier Dieu du pain qu'il envoie;

De vivre dans une oisiveté laborieuse ;

Mais un homme fou d'une manière déplorable, c'est celui dont le cœur se ferme aux bonnes pensées.

C'est moi qui, — au lieu de me reposer, — passe mes veillées à faire ce livre, pour que mon cerveau ne tombe pas en moisissure.

Et c'est aussi vous, qui avez la patience de le lire, au lieu de vous occuper sérieusement, c'est-à-dire au lieu de dormir.

Ah! pourquoi faut-il qu'il y ait des gens de lettres, des éditeurs, des vaudevillistes, des

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lectrices, des dramaturges? Ne ferions-nous pas mieux tous d'avoir de quoi vivre raisonnablement.

En vérité, — il y a une Coule de fléaux bien insupportables dont nous sommes sottement ailligés.

Cependant, le portrait était fini : — il était d'une ressemblance frappante; il avait une âme.

C'était la dernière séance ; Médéric et Marie se trouvèrent seuls pendant quelque temps.

Marie promena son long regard sur celui de Médéric.

Le jeune peintre était pale et sombre, — car il pensait au départ.

Cependant, une vive émotion s'empara de lui ; alors la jeune fille dont l'émotion grandissait avec celle du jeune homme , lui dit d'une voix douce et caressante :

— Médéric, le temps est bien pur.

Ce qui signifiait : — Médéric , je t'aime de toute mon âme !

Le jeune homme leva la tète, rencontra encore le regard de sa bien-aimée.

Alors il se jeta à ses genoux en lui disant :

— Marie ! Marie ! au nom du ciel, grâce ! grâce -, ne me parlez pas ainsi avec votre voix si

douce, car alors, je n'aurais plus le courage de m'éloigner. Car je vous aime follement, voyezvous; je ne me connais plus, je suis tantôt brisé, tantôt plein d'espoir

— Relevez-vous , Médéric, vous savez bien

que moi aussi je vous aime Et puis,

n'est-ce pas moi qui suis le plus à plaindre?...

Le portrait fut terminé; — et M. et madame de Savinian le trouvèrent charmant.

Leur enthousiasme pour l'artiste n'avait plus de bornes.

Le peintre fut fêté, prôné et remercié ; —et lui-même rendit en secret grâce à l'inventeur de la peinture,— Jean de Bruges, — parce que cela lui avait procuré l'extrême jouissance de copier la physionomie angélique de son amante.

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D'ordinaire, les portraits ont soin de ne jamais ressembler aux gens qu'ils représentent.

C'est pourquoi, lecteur, si un monsieur demande à faire votre portrait, méfiez-vous de ses intentions.

Pardon, — à vous, — mes amis, — les peintres, — artistes pleins d'énergie et d'amour; — vous savez que ce n'est pas pour vous que ces deux lignes sont écrites ; — puisque vous avez du talent et une gloire méritée.

Médéric souffrait ainsi aux prises avec la misère, — d'une souffrance aiguë, poignante. Il souffrait de trop de puissance intellectuelle. 11 était trop grand, — pas assez bourgeois et vulgaire, pas assez indifférent. Il était accablé par les trop vastes pensées qui l'étrei-

gnaîent. — Son énergie, qu'il ne trouvait pas i. 15

à dépenser clignement, V énervait et l'étouffait. Car ses rêves ne se réalisaient pas et sa jeunesse n'était pas patiente. Elle ne savait pas que le temps peut tout réparer, et apporte avec soi l'oubli des plus exquises émotions comme des plus déchirants malheurs. — L'amour et la nécessité lui donnèrent du courage et le tirèrent de cette situation critique.

Le sentiment de jeunesse, — qu'il conserva long-temps encore au fond de son cœur , — lui rendit les fraîches pensées qui lui servirent de palliatifs contre son épouvantable position. — Il se contraignait et se forçait à sourire, en essayant de se persuader que son mal n'était pas sans remède. — Mais il avait la voix grave, les yeux tristes , les lèvres frémissantes. — Le sommeil fuyait ses paupières, — il se levait chaque matin en s'écriant :

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— Encore une journée à franchir! encore vingt-quatre heures de cloute à traverser !

Il était plein de force pour les événements actifs , — mais morne et languissant devant les souffrances de son amour.

Il sentait qu'il allait partir ; — la fatalité lui avait jeté au visage un mot qui blesse mortellement : \Pauvreté !

Et il allait fuir. Il était obligé d'abandonner son amante, si tendre et si douce. Pour toute ressource, il se jeta à corps perdu dans l'espérance.

Il allait donc abandonner Marie , si rêveuse , si romanesque , si belle.

0 misère! 11 fallait partir!... Le jeune homme se souciait peu, lui, de fortune, — il était artiste!

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Et ensuite il l'aimait saintement, et son amour lui tenait lieu d'argent. 0 jeunes amants, il est donc au monde une chose encore plus précieuse que l'or!.... Médéric pleura. Il n'était pas faible pourtant ; mais sensible. Son cœur se remplit d'amertume en pensant qu'il n'irait plus peut-être jamais avec Marie se promener sur le gazon, — qu'il n'irait plus causerie soir, sous sa fenêtre, qu'il ne partagerait plus son amour sublime et pauvre , alimenté chaque jour par des causeries charmontes, des agaceries innocentes, des libertés timides, des caresses chastes et agréables au ciel. Il ne serait plus riche de sa voix pleine de richesses, heureux de son bonheur , heureux et tranquille près d'elle. Épouvanté de cette destinée, il commença par maudire. Il douta de la natnre, du parfum des roses, de l'azur des

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nuages, de la chaleur du soleil. Il reconnut que vivre c'est souffrir ; et il eut le vide dans Fâme. Puis un murmure religieux ébranla son système nerveux , Marie reparut en lui. Alors il crut à L'espérance et bénit Dieu.

Au morne et silencieux dégoût qui l'avait saisi , succéda une convulsion terrible. Et il pleura long-temps 5 — parce qu'il avait une âme magnifique.

L'amour qu'il avait pour Marie, était de ceux qui bouleversent la machine physique en touchant l'esprit et le cœur et qui ne meurt pas. Il peut s'affaiblir, mais c'est pour renaînaître bientôt.

Médéric se mit silencieusement à se disposer à quitter la ville où il laissait une partie de

lui-même.

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Il avait peur de réfléchir et de devenir fou. Une nuit épaisse brouillait ses yeux. — Il n'y voyait plus, il chancelait comme un homme pris de vin. Pour se calmer, il se coucha; mais le sommeil ne le visita que quelques instants. Il dormit péniblement. Il eut mille cauchemars affreux, avec des serpents, des poignards, des chats, de l'or , des oiseaux , des omelettes, — toutes choses que les Devineresses de songes considèrent comme de fort mauvais augure. Il fut agité, et son âme, marquée d'un stigmate brûlant, entra en révolte contre son devoir. Pour soulager le poids qui pesait sur sa poitrine , il se leva , s'habilla, ouvrit sa fenêtre et contempla les étoiles d'or et la belle lune d'argent qui s'avançait mélancoliquement dans l'espace.

Il essaya de se persuader qu'il resterait

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toute sa vie près de Marie. Mais la réalité était trop positive, — il ne put parvenir à s'illusionner. Alors il se promena comme un fou et répéta, avec des rires frénétiques et en serrant les poings : — Demain! demain, — un autre pourra venir impunément parler d'amour à

Marie. Demain je ne serai plus là! Et

quand reviendrai-je, mon Dieu?

Les plus suaves amours et les mieux compris, sont ceux contrariés par l'égoïsme du cœur humain et par les aberrations de la vie sociale.

Les lois de la société qui ne défendent pas à un père de vendre sa fille par ambition , — flétrissent le père qui la donne pour son bonheur à elle.

Les robustes passions ainsi contrariées , —

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comme celle de Médéric, — deviennent ensuite aveugles et cliétives ; — autant elles avaient agrandi l'âme, le cerveau et les facultés, autant elles brisent et rétrécissent.

Le lendemain matin , lorsque à peine les premières lueurs du soleil coloraient l'horizon, Médéric partit sans parler a personne , — il se définit de sn faiblesse.

— Dors, mu tendre amie, disnit-il en passant sous les fenêtres de Marie, dors, et que Dieu t'accorde des jours aussi gais que tu le nié-

rites ; que ta vie devienne moins aride et moins

fatiguée ! ,

Mais son âme était brisée ; il pleurait comme un enfant, en quittant Nemours qu'il osait à peine espérer de revoir jamais.

Quelquefois, cependant , il croyait entendre la voix de Marie , pleine de caresses et de flatteries, lui dire : — Je t'aime , Médéric, et je ne serai jamais l'épouse d'un autre que toi.

Cependant il avait le sentiment de son courage, car la plus glorieuse victoire est celle qu'on remporte sur soi-même.

Le croiriez-vous et dois-je avouer sa faiblesse?— il se prit à courir , de peur que ses jambes ne le fissent retourner à Nemours, malgré sa volonté.

Il avait également peur de devenir fou.

Il partit donc tristement, sans amis et sans bruit. Il partit seul, comme il était venu, seul comme il avait toujours vécu , le pauvre orphelin ! — Ni la misère ni la fatigue ne l'inquiétèrent, — l'avenir seul le dévorait de douleur. Et il ne se plaignit pas, son âme emportait le souvenir de Marie. — Mais ses espérances ne devaient pas encore mourir à jamais. — Il est un âge où les plaies du cœur ne peuvent se guérir.

En s'éloignant, il écrivit deux lettres, l'une à M. de Savinian, l'autre à Marie.

Peut-on être benrenx partout!

Si un jeune homme pauvre (mais honnête) aime une jeune fille sensible mais riche , il arrivera que le père le repoussera en raison directe de sa misère.

Eh bien ! voyez; — voilà un amour brisé, un homme perdu, une enfant navrée de douleur, un roman de plus; — 0 père noble, vous abusez de vos droits.

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La fortune, clans ce cas, est donc nuisible au bonheur ,

Car si la jeune fille eût été pauvre, — les choses se fussent probablement arrangées pour le mieux.

II est vrai que l'on pourra m'objecler qu'il serait plus confortable que l'amoureux soit riche.

Ceci m'est inspiré par le sujet même de Médèric. — C'est l'histoire, comme vous voyez, de ces premiers amours contrariés et perdus.

Plaçons-les dans les deux extrémités, ■ — le boudoir et la mansarde.

L'un est brillant et frais, — l'autre douteuse et pâle. Le boudoir, c'est la joie, l'élé-

gance, la richesse; — la mansarde, c'est la pauvreté, — la misère qui ruine et qui tue doucement.

Pourtant, dans l'un comme dans l'autre, il y a des rires cachés et des vertus dans l'ombre.

Sous le satin comme sous la toile, ■ — il y a grandeur et bassesse, poésie et bêtise.

Etrange contraste que celui-là ! Par le ciel ! nous allons dévoiler les mystères de ces âmes qui vivent, qui pensent et qui aiment, les unes dans l'opulence, les autres dans les privations. — Ah ! cette grave question doit bouleverser un peu l'ordre des choses convenues, la philosophie, la religion, la loi ; — car c'est là que le doigtde Dieus'estposé, voilà sa justice,— même amour, même âme, même cœur, mêmes sen-

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liments chez la femme riche et chez la paysanne joyeuse de ses seize ans ; — racrae jeunesse, o mon Dieu ; — quand je vous disais que nous sommes tous égaux devant la loi de la nature!

Que de peines inutiles, direz-vous. A quoi bon s'occuper de savoir s'il y a là Égalité et Justice; — s'il y o deux organisations, l'une pour le pauvre, l'autre pour le riche, ou si c'est une seule volonté, une seule nature, une seule racine, deux existences ou une seule existence? A quoi bon se donner tant de mal? Qui est l'opprimé, qui est le méchant? Qui est l'homme enfin ?

Je serais un scélérat sans remords, si je ne m'empressais d'annoncer qu'il y a dans le monde deux sortes degens,ceux qui possèdent

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et ceux qui nom rien; — les derniers sont les cerfs des opulents.

Dans ces deux oppositions, dans ces deux injustices, dans ces deux destinées, il y a des hommes hardis et forts, des êtres vils et envieux ; — on trouve aussi des enfants innocents, des coupables remplis de douleur, des femmes effrontées, d'autres pleines de candeur.

Où vont, hélas ! ces âmes moitié criminelles, moitié innocentes? doublement innocentes, doublement criminelles? Comment oserczvous condamner celui-là qui est riche, et acquitter ces pauvres gens, grands dans leur vertu ?

Oh! ces questions qui touchent au principe

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de toutes les lois morales devraient ne pas glisser sur vos aines sans les toucher.

Pour moi si j'ai été heureux dans le boudoir, j'ai souvent étudié les drames dans la mansarde.

Singulière distinction !

Mais là vous trouvez des couples étranges, dans le boudoir une femme qui trompe son mari, dans la mansarde une pauvre fille qui vit avec un pauvre homme, sans autre espérance que son amour fidèle et un morceau de pain.

Cet extrême, cette dissemblance est un des plus étranges problèmes qui puissent s'offrir à l'intelligence humaine.

L'amour est donc leur seul point de ressem-

blance, ici dans l'opulence, là dans la gêne; — l'amour est le chemin sur lequel ils vont tous deux, — le maître et l'esclave, — c'est la poétique qui leur sert pour aller à Dieu.

Ah ! riche, donnez , donnez, — soulagez votre frère par la nature et par l'amour !

II y a donc la même foi, le même amour, les mêmes mariages sous le toît du Seigneur.

Oh! Médéric! vivre ainsi, toujours à deux, n'est-ce pas le bonheur? Qu'importe la richesse, — a-t-on besoin d'or pour s'aimer?... Avoir une compagne à soi, une amie à soi et )> kg à d'autres, être sûr de son âme, être sûr de son cœur, de ses regards, de ses moindres sensations. Ah! mon Dieu, c'est plus de félicité qu'un homme ne doit en attendre ici!

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Ne pas avoir une prière à soi, un mouvement qui ne fût à elle, n'être jamais seul ! Ne pouvoir rêver sans elle ! Être mort quand elle n'est plus là !

0 mon Dieu! toi qui nous a fait si pauvres, si misérables, — quelle merveilleuse compensation ! — quel bonheur ! n'avoir pas une passion sans elle, pas un crime, pas une vertu, pas un secret sans que ce soit son crime aussi, sa vertu, son secret!

Plutôt mourir que vivre sans amour 1 El dans ces moments de divins extases, quand l'infini nous entre dans l'âme, que nous fait la maison qui nous abrite? — ne sauriez -vous pas aussi bien aimer dans la mansarde que dans le boudoir ?

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Ne peut-on pas prier Dieu partout?...

Il me semble que si la femme que j'aime habitait une mansarde, — je l'aimerais tout autant; — et bien plus! à mon amour serait mêlé un sentiment de respect pour ses souffrances, et une tendre pitié qui attache.

Alors je travaillerais jour et nuit pour elle, pour la relever de sa misère. Et je traînerais avec orgueil après moi cette seconde vie devenue ma vie, — je la porterais de mes bras et la soutiendrais de mon cœur.

Médéric pensait ainsi.

Comprenez-vous maintenant qu on peut être heureux partout?

Car le bonheur n'est pas toujours dans la fortune, — quoique la fortune ne nuise pas. —

Le bonheur, c'est de sentir jour et nuit une âme dans son âme, se sentir gouverner par une autre volonté, être lié à une chair amie, être unis d'un doux et mutuel consentement. — Voilà le plus grand bonheur de la fraternitéjdes âmes !

Croyez-moi , — Médéric. était plus malheureux en quittant Marie que je ne saurais dire.

Mais sa douleur était calme. Il ne se frappait pas la poitrine et ne s'arrachait pas les poils de la barbe, — comme les prophètes d'Israël.

Il levait un regard mouillé vers le ciel, — à l'imitation de Caton et autres suicides distingués.

Il avait un caractère de fermeté tout antique.

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