XL1V
En route, Médéric eut encore la faiblesse décomposer une pièce de vers qu'il intitula : LA FIANCÉE.
Nous la livrons à notre lectrice sans le moindre commentaire.
Quarante-Quatre vers. — lia Fiancée.
Quand un homme à son front voit fleurir ses vingt ans,
Son cœur est une grève Où se brisent d'amour les pensers frémissants ;
C'est l'âge où l'homme rêve!
Où dans son cœur il sent s'éveiller des désirs
Mystérieux et vagues , Il entend d'une mer houleuse de plaisirs
Mugir au loin les vagues ;
D'étranges visions le suivent en tout lieu ,
Il bondit sur sa couche , Car il sent dans la nuit des lèvres tout en feu
S'imprimer sur sa bouche.
Quand des étoiles d'or brillent sur le ciel noir
Comme mille cierges , Il croit voir rayonner dans les ombres du soir
De beaux yeux de vierges.
La femme aux cheveux blonds, au souffle langoureux,
De délire l'enflamme , Une prunelle noire à son cœur amoureux
Verse un ruisseau de flamme.
Il rêve la Vestale aux lèvres de corail , Et la brune Àndalouse ,
D'odalisques il voit tournoyer un sérail. Mais plus tard vient l'épouse;
C'est l'aube qui paraît sur un ciel nébuleux,
Soleil perçant la brume Et chassant devant lui les songes vaporeux,
Coupe sans amertume!
Alors c'e^t l'amour pur, la volupté du ciel.
Cet ange diaphane Épand une rosée aussi douce que miel
Sur l'âme qui se fane;
C'est la gaité dans un festin , C'est au blanc lys qui s'étiole Les peurs suaves du matin.
Oh ! c'est la rame à la gondole ; Car la fiancée, c'est la main Qui jette « amis » à l'infortune, L'espoir qu'elle attend au chemin.
La jeune épouse, c'est la lune Qui guide au soir le voyageur ; C'est un ange à l'amour de flamme, Dont l'haleine jette au cœur La douce volupté de l'âme.