CHAPITRE VI
Un an passa là-dessus.
Ils grandissaient, naïfs, au
milieu des amours des bêtes.
Jamais ils n'évoquèrent ensemble le souvenir de rheure douce qui avait môle leurs vies ; mais ils conservaient toutes ces choses dans leurs cœurs. C'était comme une émotion parfumée, un frémissement déjeunes amours, essayant leurs ailes au bord du nid, avec Teffroi de Tinconnu et de l'immensité. Elle était heureuse par lui, il vivait pour
elle et ils s'enfonçaient dans leur tendresse, comme dans une onde qui les rafraîchissait.
Leur amour sans paroles, presque sans pensée, gardait le charme du mystère. Ils laissaient chanter la nature autour d'eux et mêlaient leur extase à son rêve.
Parfois, un désir fou les poussait l'un vers l'autre. Ils se cherchaient, s'appelaient dans la campagne, rougissaient en se retrouvant, et revenaient, la main dans la main, sans s'avouer leur inquiétude, vaguement honteux de cet amoureux malaise.
A présent, ils n'étaient plus deux enfants, libres d'aller et de vivre à leur guise, sans souci des yeux ouverts autour d'eux. Une peur leur était venue, qui les portait à cacher leur tendresse comme une joie défendue; et cette contrainte même leur était douce.
La vie les séparait tous les jours davantage.
Médéric partait pour les champs dès Tau-