LISEE JETAIT DU GRAIN AUX POULES
MÉDÉRIG ET LISÉE 93
rore. Sur le seuil de la cuisine, Lîsée jetait du grain aux poules. Elle lui disait adieu de la main, car ils n'osaient plus s'embrasser sous les yeux des servantes et des garçons de ferme.
Quand Médéric revenait le soir, droit comme un baliveau, la brise bouffant dans sa chemise, il s'arrêtait en haut de la sente, la main sur les yeux.
D'ordinaire il apercevait Lisée dans le potager. Elle cueillait le bouquet que l'on mettait tous les soirs sur la table.
Il l'appelait de loin :
— « Lisée ! »
Elle venait au-devant de lui à la barrière, et, s'il n'y avait personne pour les voir, elle l'embrassait.
Médéric dînait seul avec sa mère. Ensuite, Maze et sa fille les rejoignaient, et l'on passait la soirée dans la salle à manger, fenêtres ouvertes.
d^ MKDÉRIC ET LISÉE
En hiver, on roulait la table près du feu»
Les deux femmes prenaient un ouvrage^ Médéric restait accoudé devant elles, ou préparait, avec du crin et du fil, des lacets pour le passage des oiseaux.
Quelquefois, M. Camus venait faire une partie « d'Oie » avec Maze. Il parlait politique, annonçait les mariages, contait les cancans de Tarrondissement.
Il y avait de longs silences coupés par le choc des ciseaux sur la table, la chute des dés, le bruit strident des aiguilles dans la toile neuve.
D'ordinaire Maze et Camus se querellaient.
— « Trois et deux cinq. — Un, deux, trois, quatre, cinq. — La tête de mort ! Vous y êtes ! »
— « Vous trichez ! »
— « Lisez la règle ! »
Et l'instituteur déclamait avec emphase :