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de la fiancée rurale. De semblables unions infusent dans un heureux mélange le sang robuste des laboureurs avec celui, plus épuré, des milieux urbains. Ces mariages-là ont fait la grandeur des républiques ancien-
nes et ne pourraient pas manquer de fortifier la notre. »
— « Te souviens-tu, répondait Lisée, du jour de mars où tu es arrivé avec ta mère? Je vous guettais par la lucarne de la grange, et je n'avais pas voulu aller au-devant de vous. Si Ton m'avait dit, pourtant,
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que, un jour, celui qui venait là, tiendrait toute la place dans mon cœur ! »
Encouragé par le silence général qu'il croyait admiratif, Camus continua :
— « D'autre part, vous avez raison d'exiger de la future compagne de votre fils une instruction qui rapproche l'écart de leurs conditions sociales. Sans verser dans les exagérations de ceux qui voudraient associer les femmes au suflrage universel et à la perpétration de la loi, je condamne, comme un préjugé gothique, l'état d'infériorité intellectuelle, où le catholicisme, notamment, s'est complu à entretenir les personnes de votre sexe. i>
Médéric écoutait avec ravissement, un bras passé autour de la taille de Lisée.
— « Nous nous sommes aimés tout de suite. Je n'ai jamais rêvé qu'à toi, je n'ai jamais chéri que toi, je n'en aimerai jamais une autre, quand elle serait mille fois plus
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riche que Mlle de Croix-Maure, mille fois plus belle que maman. Mais toi, Lisée, tu vas t'en aller vers les gens de la ville; m'aimeras-tu encore quand tu reviendras? Ne penseras-lu pas que je suis bien simple, et qu'il n'y aura pas grand plaisir à vivre toute la vie en face d'un homme de village qui ne saura que t' aimer? »
— « Tenez! » continua Camus, « le mariage, comme l'entend l'Église, n'est qu'un esclavage déguisé! Ah! nous ne touchons pas au jour où la perfection de nos mœurs permettra de tirer l'échelle du progrès. Il faudra laïciser l'amour, l'épurer par la poésie des contrats sans maire, et surtout sans prêtre. »
Cette hérésie tira l'abbé Brentôt de sa somnolence.
— « Allons ! voilà qu'il va défendre les unions libres!»
— « Préféreriez-vous que j'exigeasse le mariage des prêtres? »
Un halo lumineux cerclait la lune à demivoilée. Médéric et Lisée écoutaient leurs cœurs se taire, et le silence était comme une chanson qui les faisait pleurer.