‹ Médéric et LiséeChapitre 16 sur 18 · PUIS VINRENT LES NEIGES DE TOUSSAINT · texte numérisé non relu

PUIS VINRENT LES NEIGES DE TOUSSAINT

LES PASSAGES D*£T0URNEAUX

MÉDÉRIG KT LISÉE 135

d'acier contre Tanneau des mangeoires. On récolta pour elles les carottes et les bettes à e: tourteaux y>. Toutes les deux heures il fallait faire couler l'eau, rafraîchir les litières, laver les pis.

Une à une les dernières feuilles étaient tombées. Les arbres noirs montaient dans le ciel sans oiseaux. On grêla les pommes hâtives et l'on dressa les pressoirs à cidre.

Puis vinrent les neiges de Toussaint et les passages d'étourneaux. Ils s'abattaient par troupes dans les filets, et mouraient l'aile pendante, les pattes roidies, avec un mouvement gracieux de leur cou hérissé. Les bergers en conclurent que l'hiver serait rigoureux. La terre se bombait sous la gelée.

Médéric ne restait plus le soir au coin du feu. Il ne pouvait supporter la vue de la chaise de Lisée, vide en face de lui. Il allait surveiller les valets, qui, réunis dans la grange, passaient les blés à la vaneresse et

MÉDÉIUC ET LISÉE

chaulaient le grain, remué par grands tas, à la pelle. A terre, des chandelles fumeuses éclairaient la besogne, et, las de leur journée, ils travaillaient avec des mouvements endormis.

Quand les gens étaient couchés, Médéric errait, comme une âme en peine, à travers la chénée et le petit bois.

Il allait seul, par les claires nuits de gelée, revoir les endroits où ils avaient été heureux.

C'était une douleur intérieure, sans révoltes, pleine de voix éloi-

gnées, pleurant sur les souvenirs comme sur un tombeau; puis, des apaisements mélodieux qui endormaient le souci dans le silence de la pensée.

Un soir qu'il rentrait du marché, il entendit derrière lui le' pas égal et lourd d'un laboureur. C'était Maze qui s'en revenait, tenant une génisse par la corne.

138 MÉDÊRIG ET LTSÉE

Ils firent route ensemble, jusqu'à la ferme^ et le bonhomme, qui le voyait dépérir, se mit en frais de consolation.

— « Tu as de la peine, tu t'ennuies de la petite? Je comprends ça. Moi aussi j'ai connu ces chagrins-là, autrefois, quand je suis parti pour le service. Je pensais à mon bourg, je pensais à ma promise, et je me disais : Ils font la moisson, ils brassent le cidre, ils danseront sans moi. Mais je n'avais pas peur qu'un gars vint prendre mon accordée par la taille et lui conter la bagatelle. Tu n'as pas besoin non plus de te tourmenter. Lisée ne t'oubliera pas. C'est du sang de brave homme. »

Aux approches du jour de l'an, Médéric parla d'aller voir la pensionnaire à son couvent; mais il fallait préparer la saison d'avoine, et Maze lui conseilla de reculer sa visite jusqu'aux fêtes des Rois.

Lo 5 janvier, au soir, les domestiques s'ea

làf

Page 1