LA DILIGENCE VERSE SUR LA PLACE DE ROLLEVILLR UNE FOULE BRUYANTE
MÉDÉRIG ET LISÉE
quelle au soleil. Les noms des communes sont peints sur une bande rouge, le nom du voiturier est écrit sur la portière : Blondel.
Il est orné d'une majuscule superbe, un B joufflu, titubant, bambocheur comme le joyeux cocher, qui tutoie tous les cabaretiers de la route.
Le dimanche, la diligence verse sur la place de RoUeville une foule bruyante, en robes de percale, chapeaux de paille, ombrelles claires et vestes de coutil, qui vient cueillir des e: porions » et manger des truites à l'ombre du pont. Le soir, les compagnies s'en vont surchargeant l'impériale, frileuses, roulées dans des châles, chantant les Cauchoises et le cidre doux.
L'hiver est saison morte pour le voiturier ; il vit des paquets et des commissions. De-ci, de-là, une fille part en condition pour la ville, ou M. le curé va visiter un confrère
sur la route ; mais les bourgeois ne voyagent plus.
Aussi c*est un étonnement dans tout le pays, lorsque, un soir de mars, la diligence s'arrête devant TAbbaye, la première ferme, à gauche en venant d'Épouville.
Une jeune femme en noir descend, suivie d'un enfant, en noir comme elle, et d'une ser* vante de campagne qui porte un panier.
— « Prends garde de tomber, Médéric. »
Maze, le fermier, attend près de la barrière blanche, sa casquette à la main, embarrassé dans le compliment de bienvenue.
— « Et la santé de madame?... Voilà donc le petit?... Tout ce pauvre monsieur à son âge ! y>
Et comme, à ce souvenir, les yeux de la veuve se remplissent de larmes, Maze s'arrête, gêné, craignant d'avoir dit une sottise :
— « Excusez, madame Ferrard, je ne voulais pas vous faire de la peine. »
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