UN SOIR DE MARS LA DILIGENCE ARRIVAIT
MÉDÉRIG ET LISÉE 11
Debout sur la bâche, Blondel passe les malles à un garçon de ferme, en jurant après ses chevaux, qui sentent l'écurie et s'impatientent.
Il est bientôt descendu, le petit bagage, et, précédés du fermier, on entre dans la salle du pavillon.
Une flambée de sarments éclaire la pièce, humide de cinq années d'ombre et de volets fermés.
Elle s'asseoit devant le feu, en frissonnant, l'enfant sur les genoux. Maze voit son chagrin et se tait, touché par ce blond deuil de jeunesse et la langueur de ces yeux battus.
— « Merci, mon brave Maze, et à demain.
Mélina fera le reste seule. y>
Le fermier se retire, et ils dînent tous les trois, la servante à la table des maîtres, rapprochés par la douleur. Les papillons brûlent leurs ailes aux chandelles, l'enfant lassé s'endort sur sa chaise, et, tandis que
MÉDÉRIG ET LISÊE
Mélina monte préparer les chambres, elle reste seule à rêver, en face du feu qui s'éteint.
C'est la guerre qui vient de la faire veuve.
Il y a dix ans, — dix ans déjà ! — le lieutenant Ferrard, touché de sa grâce de Lorraine et de sa solitude d'orpheline, a demandé sa main. Pendant dix ans elle l'a suivi de garnison en citadelle, fière du mari, fière de l'enfant qui lui ressemblait.
Puis la guerre a éclaté au milieu de son bonheur. Elle est restée dans Paris avec le petit; lui a couru à la frontière, sur la brèche. Oh! les angoisses, les rares messages, jusqu'au jour où, prisonnière dans la capitale bloquée, elle a vécu six mois sans rien apprendre, priant encore la Vierge de sauver cette chère vie, quand il était tombé depuis des semaines !
Lorsqu'elle a su la nouvelle, elle a attendu longtemps avant de croire, imaginant une captivité impossible, une blessure, là-
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