‹ Médéric et LiséeChapitre 5 sur 18 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Un réveil aux champs, quelle joie pour le marmot pâle, qui, depuis six mois, prisonnier des bombes et du deuil, vivait dansjle tremblement, entre lesjsanglots.de sa mère et les hurlements de la rue !

Médéric courut à la fenêtre et poussa les Persiennes.

Au pied de la maison, il y avait un espace

libre, encombré d'herbes et de plantains. Le passage régulier des servants allant au puits, traçait un sentier poudreux en diagonale. Derrière l'abreuvoir, le fumier couvert de poules bordait la bergerie, longue comme une arche. Plus loin, la mare, d'un noir d'encre, miroitait au travers des sureaux.

Sur la droite, les pommiers fleuris escaladaient la colline jusqu'au rempart sombre de la chènée; de la houle des arbres sortaient le colombier pie et les chaumes couronnés d'iris. Une jument suitée broutait sous les arbres, et le galop du poulain effarouchait la fuite des canards.

A l'angle de l'abreuvoir, Médéric aperçut une petite tête sournoise épiant l'ouverture des volets.

Il lui fit signe de la main; mais le minois curieux disparut bien vite, et il eut beau crier :

— « Bonjour, petite! :»

AlÉDÉRIG ET LISKE 2:J

Personne ne se montra.

Il déjeuna en tête-à-tête avec sa mère, l(»s fenêtres ouvertes, les auvents clos, à cause du soleil de mars et des premières mouches.

On allait se lever de table, quand ou entendit sous les fenêtres la voix rude du fermier, adoucie pourtant, comme pour parler à une fillette.

— « Voyons, petiote, on ne veut pas te manger ! »

Un pas lourd, écrasant le sable du corridor, trois coups fortement heurtés à la porte, et Maze entra présenter son hommage.

Il tenait par le bras sa petite Lisée. Médéric, qui les avait mal vus l'un et l'autre, l'homme à la nuit, l'enfant au coin du puits, les regarda curieusement.

Maze semblait déjà sur l'âge, bien qu'il n'eut guère plus de cinquante ans. C'est que la terre use vite, et il y avait un chagrin dans cette vie simple : la mort de la femme nprès

les couches, laissant le veuf, tout seul dans la grande cuisine, la nouveau-née sur les genoux.

A la campagne, on ne s'attarde pas aux oisifs regrets, et ceux qui ont creusé la fosse retournent le jour même au sillon. Maze avait du bon sens, un grand amour pour la terre, un étonnement d'homme robuste en face de son orpheline; il ne se remaria pas, vécut à la charrue, mettant son honneur à payer exactement les fermages et à amasser « du bien » pour établir Lisée.

— « Allons donc, Lisée ! »

Et voyant que la petite s'obstinait à baisser le front, le bonhomme dit, par manière d'excuse :

— « Pardonnez-lui, madame Ferrard, elle a honte. »

Et de quoi donc avait-elle honte, la petite normande ? De sa peau brune, de ses pieds légers, de ses mains rondes comme des pom-

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mes, de ses cheveux en broussailles, de ses prunelles profondes ?

Mme Ferrard la contemplait d'un air d'envie, et, malgré elle, ses yeux allaient de cette fraîcheur campagnarde à l'élégance frêle de son cher pâlot.

— <c Embrasse-la, Médéric; et nous, Maze, causons. »

Médéric n'était pas si timide que Lisée. Il avait cette aisance de l'enfant des villes qui a poursuivi des cerceaux dans les jardins publics, et joué aux quatre-coins avec des inconnus.

Il entreprit la conquête de sa future compagne.

Était-elle si sérieuse que cela, la Lisée malgré ses neuf ans et son importance de ménagère qui sert la soupe aux « aoùteux »?

Gomme elle baissait toujours le nez sous sa capote de toile, qui jetait une ombre sur ses cheveuxpâles,Médériclasaîsitparleshanches

MÉDÉKÎG ET LISÉE

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et se mit à genoux

pour voir

ses yeux.

— fl Elle rit, maman, elle rit.»

11 Venait d'écarter la main peureuse, et, toutàcoup, comme un lever de soleil, d'apercevoir les deux yeux, clairs, étranges, enveloppés d'ombre, qui brillaient.

La connaissance était faite. Ils s'envolèrent parla porte ou verte, laissant le silence derrière eux.

— « Oui, mon ami, la rente de cette ferme et ma pension de veuve, c'est tout ce qui nous reste à mon enfant et à moi. Vous le savez, je n'entends rien aux choses de la terre. Vous serez le maître comme autrefois.

Je me confie entièrement à vous. »

Bien sûr on pouvait compter sur lui ! Il

^tait conquis, lui, le normand de vieille roche, qui finassait dans les marchés, par cette ignorance naïve, cet abandon les yeux fermés, cette faiblesse de petite main tendue, qui disparaissait dans les siennes.

— « Bien sûr on pouvait compter. 3> Et, comme il ne trouvait pas autre chose ^ dire, il s'en alla.

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