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CHAPITRE IV

Pendant toute une année ce fut une bonne vie d'enfants, joyeuse comme un printemps coupé de rares averses.

Les leçons de M. Camus ne les embarrassaient guère; et, quand l'heure finie, le maître s'en allait gravement, ses bouquins sous le bras, ils reprenaient leur volée vers la liberté et les jeux.

Ils s'aimaient pour le plaisir qu'ils avaient

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ensemble, pour leurs grosses querelles, leurs réconciliations, leurs malices et leurs bouderies.

Le matin, quand la ferme tôt levée s'animait au départ du travail, ils couraient aux écuries voir « garnir » les bêtes.

Une forte odeur, « qui prenait à la gorge », s'exhalait des étables ouvertes.

Sous la remise, les « goujars » attelaient les gros chevaux ardoisés, la queue nouée, secouant leurs tapis de laine bleue et les chaînettes des harnais lourds.

Médéric se hissait sur leur dos, cramponné à la danse du collier, et Lisée montait dans les voitures, pour faire un bout de conduite aux charrois.

Quelquefois on se laissait emmener trop loin, et il fallait revenir, en se tenant par la main, au galop, à travers les fossés et les haies, pour ne pas manquer l'heure du catéchisme.

MÉDÉRIG ET LISÉE

Le fossoyeur Placide le sonnait régulièrement à midi.

Le ciel étaitlourd, ^^ la campagne silencieuse.

En chemin par les colzas fleuris, ils repassaient la leçon mal sue. Des bandes d'enfants arrivaient des hameaux et des fermes. Il en

venait de la Manéglise, de la

Sente et de THormerie; des

marmots blonds comme de

Tétoupe, avec des yeux clairs,

des teints d'argile, des pieds

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nus, des chemises ouvertes, sans gilet, sans chapeau, vêtus d'un pantalon tiré par des bretelles.

Et ils ânonnaîent !

L'abbé Brentôt donnait le ton des cantiques. Médérîc et Lisée suivaient sur le même livre attentivement inclinés. Le curé passait entre les rangs, son Psautier à la main, et mettait les rieurs à genoux sur les dalles.

Enfin, toute la troupe s'échappait de l'église avec un grand fracas de sabots, d'abord alignée sur deux files, marquant le pas, puis débandée avant d'arriver à la chaire, escamotant la génuflexion de la porte et barbotant dans les bénitiers. Ils couraient autour du clocher comme un vol de martinets et agrandissaient tous les jours le trou de la haie.

On revenait par la grande route.

Chemin faisant, on rencontrait le can-

MÉDKRIC ET LISÉE

tonnier Soudrî, qui cassait son caillou.

C'était une douce créature, malgré Tair rébarbatif que lui donnait son masque de grillage, et la torture du chapeau de toile cirée, trop étroit pour son crâne dénudé. Il

s*obstinait à le porter par fierté de vieux soldat, en souvenir de l'uniforme, et à cause de la plaque de cuivre.

Depuis quinze ans, on voyait son bourgeron sur la route, entre Rolleville et Montvil-

liers. Il allait, poussant sa maison roulante, travaillant seul et muet, avec la rare distraction d*une prise oflerte par le facteur rural, d'un bonjour de passant, et du « Ohé » de Blondel, lancé du haut du siège, entre deux claquements de fouet.

Les enfants l'aimaient pour ses histoires et pour ses cadeaux.

C'était toutes ces choses merveilleuses que Ton trouve sur les tas de cailloux : des cristaux de mica, le fer à cheval qui porte chance. Une fois même, Soudri avait ramassé une vieille pièce que M. Camus avait portée lui-même au musée du Havre, où elle est encore visible, sous une vitrine, avec le nom du donateur.

Du plus loin qu'ils apercevaient le cantonnier, Médéric et Lisée accouraient à toutes jambes.

Soudri était fier de cette intimité. Quand il s'arrêtait à causer « des enfants 2> avec une

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