V>E VIEILLE GLOIRE E
qu'elles-nièincs peut-èlre avaient lancées , cl les portes du ihéàlre furent fermées pour moi.
Les libraires aussi s'effrayèrent de se jeter dans lies publications condamnées à l'avance. J'étais peu riche; j'avais seulement cette modeste aisance qui permet de ne pas prostituer son talent au besoin de vivre. Je m'imposai des privations pour publier quelques livres à mes frais; mais les grands journaux restèrent muets sur leur plus ou moins de valeur , et quelques mauvaises plaisanteries me poursuivirent dans les petits qui s'efforcèrent d'attacher le ridicule au nom que j'avais voulu rendre glorieux. Le public ne prit fait et cause pour personne ; il eut l'air de ne pas savoir ni de qui, ni de quoi il était question.., il avait déjà oublié, et il était occupé d'autre chose.
Il serait trop long. Adelbert, de compter les contrariétés sans cesse renaissantes, les imperceptibles et inépuisables misères, semblables aux mille petits liens dont le peuple de Lilliput garrottait celui dont il redoutait la puissance, qui vinrent paralyser tous mes efforts, et rendre im()ossible tout ce que je voulus tenter! Sans doute la force d'un géant eût pu dompter tous les pygmées réunis, et briser les liens qui venaient l'enserrer pour l'empêcher de se produire au dehors; mais, je le répète, mon esprit, plus observateur qu'audacieux, se replia sur luimême, moins peut-être par la crainte de manquer le succès que par l'insouciance qui me prit tout à coup sur la réussite. Je n'eus plus que du mépris
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limir ce qui avait élé i'ohjol de mon eiilhousiasiiie. .le regardai autour de moi, et je vis que la Coule d'amis qui m'avail eulouré, s'élail. pelil à petit, lidigiiée, les uus blessés |iar mon iiidillerence, les autres irrités par mes succès, quelques-uns eflVayés par mes revers. Il ne me reslail que ces gens à qui tout est égal : et ceux-là n'avaient jamais pu ui m'aimer, ni m'ètre ehers. .Te regardais au dedans de moi, et je n'y trouvais rien non plus. Le travail, le désir du succès, les occupations qui en sont la suite, et surtout celte forte passion de la gloire qui l'emportait sur tout le reste , avaient tellement rem))li ma pensée et mon cœur, que rien ne s'était |)lacé à coté de cela... Ouand cette passion s'éteignit, tout resta dans l'obscurité, je ne distinguai plus rien : elle avait été ma seule lumière.
Le plus grand malheur des passions, a-t-on dit, n'est pas le tourment qu'elles causent, mais l'ennui qui leur succède.
Oui, l'emmi vint alors, et je n'étais plus jeune! il londja comme le voile de plomb dont parle le Danle et je ne pus en soulever le poids.
Ah ! celui qui déploya ses forces au profit d'une sainte cause, et produisit un peu de bien, trouve sans doute quelque soulagement dans cette pensée; mais ce bonheur m'était même refusé : mes ouvrages eussent-ils eu celte puissance, n'étaient-ils pas oubliés et repoussés?
Tout me manqua... et mon âme fut prise d'une do ces profondes mélancolies qui n'enfantent [)Ius que
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des pensées désespéranleset des projets désespérés !
Ce fui vers cette époque que, me promenant souvent seul, je vis, un jour d'hiver, une jeune femme qui marchait devant moi... Elle aussi était seule et marchait lentement, et avec cette nonchalance qui aimonce qu'aucun but n'attire vos pas, qu'aucun intérêt ne les dirige.
Pourquoi, dans ce nombre infini de personnes qui circulaient dans les rues de Paris, cette femme, dont je ne pouvais voir le visage, attira-t-elle toute mon attention et fit-elle tout à coup vibrer toutes les cordes de mon unie? Pourquoi, sans chercher à la regarder , mes pas la suivirent -ils involontairement? pourquoi, en la voyant s'arrêter devant un magasin de gravures, mes yeux se portèrent-ils sur un petit portrait de moi, avec la certitude qu'il allait être aussi l'objet de ses regards? Ah ! c'est qu'on ne sait point aimer fortement sans qu'il reste quelque lien invisible, quelque secrète communication qui vous attire ! C'est que, malgré toutes les probabilités qui se présentaient à ma raison, mon cœur avait parlé, comme hier, celui de ces deux jeunes gens ; j'avais senti que c'était Sophie.
Elle hésita en indiquant au marchand la petite gravure qu'elle voulait acheter. Je vis le papier trembler dans sa main pendant qu'elle semblait l'examiner. C'était une gravure faite nouvellement et destinée à des œuvres complètes... Le changement que le chagrin avait apporté à ma figure était encore exagéré par le genre de talent de l'auteur, et