‹ Médérine (volume 2)Chapitre 2 sur 30 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

le vieil hôtel, ont atteint en effet, depuis, la plus haute gloire littéraire; leurs rêves n'étaient que la conscience de leur talent et le pressentiment de leurs succès !

Je ne puis me rappeler sans regret ces jours oii tous les liens d'amitié et de famille resserraient avec force l'intimité de nos réunions ; alors, ma mère y venait parfois aussi. Elle y était aimable malgré son âge, peut-être même plus aimable à cause de cela ; car les préoccupations, les plaisirs et les passions de la jeunesse ne permettent pas toujours à l'esprit de déployer toutes ses ressources. Les idées sont plus vives quand le cœur est plus calme , et quand il ne donne plus de distractions on jouit mieux de toute l'étendue de son intelligence.

Celle de ma mère était prompte , juste et Ingénieuse ; elle faisait le charme du petit cercle d'amis au milieu duquel elle avait vieilli ; car elle avait su vieillir ! Elle était du nombre de ces femmes si rares qui se décident à dire : Je suis vieille.

Un jour elle s'était aperçue qu'elle n'était plus jolie, et n'avait pas imaginé pouvoir empêcher les autres de s'en apercevoir. Prenant donc son parti de bonne grâce, elle abandonna ce qui allait la quitter pour garder ce qui devait lui rester. En voyant qu'elle ne prétendait

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plus à plaire par sa beaiilc, ses amis s'efforcèiiiil (le lui prouver (piCilc leur plaisait encore par son esprit; et, comnu; on ne la vil jilns am. hitioniM-r les soins qu'on donne à la jeun«'sse, elle ol)lint tous les égards cpie la vieillesse peut désirer.

Dans cette société peu nombreuse, que mon esprit <l mon cœur avait choisie, et qui venait souvent se réunir autour de nn»i, on causait avec sérénité, abandon et gaieté. Ma mère se (ilaisait parfois à jeter au milieu de la conversation (jnelque étraujje ]»roposilion qui étonnait au premier aspect et doiniait lien à de vives et joyeuses discussions où chacun dévelopjiail , sans aigreur comme sans prétention, les idées les plus contraires.

Un soir où nous étions ainsi réunis, on discutait, depuis quelques instants, sur les moyens, pins on moins assnrés, d'arriver à une extrême vieillesse, sur le petit nombre de ceux qui y parviennent, et sur les causes naturelles d'une mort prématurée, quand ma mère interrompit la discussion par ces mots :

— Mourir de vieillesse est la seule mort naturelle qu'il y ait.

— Ah !... Et les maladies?

— Il n'y a point de maladies : on ne meurt que de vieillesse ou de chagrin.

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