‹ Médérine (volume 2)Chapitre 24 sur 30 · J4 CÉI,I>E ET VVI)Nn(A · texte numérisé non relu

J4 CÉI,I>E ET VVI)Nn(A

ce (]ui Mil' concerne. Malgré la longueur (le cette lellre. loul n'est pas dit.

Adieu; ainic-inui coinuie je l'ainie.

Cêlidë.

YVONNA DE BI-ÉVILLE A CÉLINE DE BLOTE.

Je nie liàle , ma clière Céline . de l'assurer que mon amitié et mon estime pour loi sont entières, que je l'ai plainte cl non blâmée.

Je sais que tuas été entraînée, dès le commencement de tes relations avec M. de Jouval. par Tirrésislible ascendant que ta sensibilité donne à tout ce qui est malheureux. Une vertu aussi douce, aussi touchante peut trouver des détracteurs; mais ce n'est pas l'amie de ton enfance, celle qui cent fois éprouva les effets de ta bonté, qui sera disposée à juger sévèrement la démarche à laquelle cette bonté t'a entraînée. Je t'aime davantage, s'il est possible, en m'assurant chaque jour, au milieu de la société, combien est rare ton précieux caractère. Hélas ! ma chère, si j'ai tant de fois cherché à en modérer les dispositions aimantes, c'était par une sorte de pressentiment des maux qui devaient en résulter pour toi. Je voyais des dangers naître sous tes pas, et Ion sort être à la merci de ceux qui l'ayant appréciée, auraient intérêt à tirer parti de ton penchant à te sacrifier pour éviter des peines ou procurer le bonheur à ceux dont tu crois être aimée.

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Tu n'attaches pas peut-èlre, mon amie, un prix trop haut à l'affection. Mais j'aurais voulu te rendre un peu plus défiante sur ses apparences, parce que je la crois très-rare, et que je sais que sous son masque on peut cacher l'égoisme.

J'espère que M . de Jouval ne te fera jamais repentir de ce que tu as fait pour lui. Maintenant il est le seul homme sur lequel tu puisses fixer les vues pour ton établissement; ton sort est arrêté sous ce rapport . et je me refuse à penser qu'il paye jamais d'ingratitude un sentiment prouvé par d'aussi grands sacrifices. Ce n'est donc plus contre lui que je chercherai à te prémunir. Mais je voudrais te garantir des pièges que peuvent. le tendre les êtres au milieu desquels les circonstances actuelles vont le placer.

Tu vas avoir de grandes épreuves à soutenir; les atteintes de la calomnie à éviter, le méconlentemenl de ton père à adoucir, les regards de la curiosité malveillante à supporter. Conserve de la fermeté pour ces diverses choses ; tu en as besoin.

M. de Jouval doit être ton mari, ton père ne peut plus le rejeter: l'cdal de ta malheureuse aventure ne lui laisse pas la liberté de se choisir un autre gendre; mais il est possible qu'il le fasse payer cher un consentement forcé.

Mais, chère amie, veille loi-même à tes intérêts, défends-loi de celle confiance aveugle, qui l'est si naturelle, parce que lu juges les autres d'après toi ; 1 19.

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prends p.irilp que les événeiiiPtits ne le délrompent d'une façon cruelle.

Conçois lu que ce soit moi qui (e pnrle ainsi de déliance el de contrainle? Moi qui me révoltais contre la moindre apparence de soupçon, contre la plus petite marque de mauvaise loi. Ah! c'est qu'arrivée dans le monde avec calme, sans passion qui trouble mon co'ur. sans illusions qui ésareril nies pensées, je regarde, je vois; et j'ai vu qu'il fallait voiler son âme sous les formes convenues, ne pas se laisser prendre aux apparences et se délier des trompeuses amitiés. Aussi j'apprécie plus que jamais la tienne, si sincère et si dévouée.

YVOISIVA.

CÉLINE DE BLOTE A TVONNA DE BLÉVILLE.

Mon amie,

La date de ma lettre indique que j'ai quilté la maison du docteur Blondcl el que je suis en route pour aller me présenter à mon père ; je t'écris de l'auberge où nous devons passer la nuit. Demain je reverrai la maison paternelle, colle maison que je n'ai pas revue (h'[)uis le déchirant adieu de mon père, quand il gémissait de me livrer à des soins étrangers; hélas ! puissé-je retrouver dans son cœur la tendresse qu'alors il avait pour moi ; je n'ose l'espérer, les circonstances sont bien changées!

Deux ou trois jours après la dernière lettre que

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je t'ai écrite , mon amie , j'ai reçu une lettre de M. de Jouval ; il m'apprenait que sa famille, c'està-dire sa mère et ses sœurs, approuvait la recherche qu'il se propose de faire de ma main.

Madame de Jouval a écrit depuis au docteur Blondel et l'a chargé de faire près de mon père les premières ouverlures: elle a envuyé pour lui une lettre remplie de délicalesse et qui contient la demande en forme ; elle y exprime ses regrets des désagréments que la tendresse de son (ils m'a attirés; elle rejette tous les torts sur lui, et les excuse tous par l'excès de l'amour qui les a occasionnés. On ne peut s'exprimer avec plus de sentiment et de noblesse. Dans ce que cette dame écrit à M. et mademoiselle Blondel, elle parle de moi avec enthousiasme ; son (ils m'aura peinte avec la prévention que lui donne son amour; peut-être serai-je jugée moins favorablement quand on me connaîtra. Si jamais je fais partie de cette famille, je n'oublierai rien de ce qui sera possible pour mériter son affection. Loin de suivre ton cruel conseil qui me prescrit d'avance une circonspection qui ferait mon supplice, je laisserai voir mon âme tout entière à celles qui doivent être les compagnes de ma vie ; elles sauront que j'ai le besoin d'être aimée comme celui d'aimer, et à supposer qu'elles me trompent en m'offrant seulement l'apparence de l'attacliement, pourvu que cette erreur se prolonge, je leur devrai une illusion bien douce, cl que la connaissance de la vérité me ferait sincèrement

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regrcMIcr. Jo làchoi;ii ('ciiiMKl.inl de suivre l'autre parlic (le Taxis en m'allachaiil à coiiiiatln' les qualités de ces [icrsoiiries qui doiveul urappartctiir de si près, tion pour dérouvrir des défauls. mais pour apprendre à leur convenir; je sens que je serai bien disposée à riiululf^ence pour celles qui sont si clières à M. de Jouval.

D'après le contenu des din'éreiiles lettres dont je viens de le [larler, mes respectables amis m'ont lait sentir qu'il ne convenait [)lus de retarder mon retour cliez mon père.

Il m'en coûtait cruellement de m'cxposcr à m'y rendre sans avoir reçu un mot de lui, el sans pouvoir me flatter d'y être accueillie avec indulgence.

Knfin je reçus il y a trois jours, sinon mon pardon, au moins une permission de me présenter.

Mon père, dans sa lettre, me reproche mes torts plutôt avec amertume fpi'avec aigreur, il ne parle pas de ces torts en détail el s'impose la même circonspection que moi relativement à M. de Jouval ; sans doute il sent que cet objel ne peut être traité qu'en présence, et qu'il lui faut de plus amples éclaircissements pour savoir si je dois être traitée en criminelle, ou si la pilié doit rem|)orter sur le ressenlimenl. Cette lettre m'a arraché bien des larmes; il est afl'reux d'en recevoir de ce style d'un père qu'on chérit. Après l'avoir reçue il ne me restait plus de raison pctur souhaiter de retarder mon départ : mademoiselle liiondel a bien voulu se décider à m'accompagner, et nous sommes parties ce

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malin dans l'inteiilion fJ'èlre rendues ici dans la journée ; nous ne sommes plus qu'à quelques lieues (le la maison de mon père; deux ou trois heures sulTisenl pour y arriver.

Celte journée de demain se présente à moi sous un aspect terrible; étail-ce donc de celte manière que je devais considérer mon retour près de mon père? 3Ioi qui l'aimais si tendrement, j'ai pu l'offenser au point de ne ressentir que de l'effroi quatid je vais jouir de sa présence et la crainte étouffe la tendresse ! Si je pouvais me repentir de ce que j'ai fait pour M. de Jouval, ce serait sans doute dans ce moment où je souffre beaucoup.

Eh bien, mon amie, ce que j'ai fait, je le ferais encore; je ne puis me le reprocher; je ne pouvais être qu'un accessoire du bonheur de mon père ; je crois être l'arbitre de celui de M. de Jouval; je n'étais pas nécessaire à l'un , je l'ai été à l'autre ; sans mon secours il eût péri dans les convulsions du désespoir, sans mon amour il eût langui, appelant inutilement un être capable de l'aimer comme il l'ai lait qu'il fût aimé pour se trouver heureux. Je tremble, je suis péniblement émue; mais une consolalion est au fond de mon cœur : je puis me dire que toujours mes sentiments ont élé purs, mes actions dirigées vers le but qui devait les rendre avantageuses aux autres el que l'égoïsme n'a souillé aucun de mes sacrifices.

Une des conséquences les plus fâcheuses des démarches que j'ai faites, mon amie, colle sur laquelle

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