‹ Médérine (volume 2)Chapitre 26 sur 30 · CÉLI!\E KT YVON?IA · texte numérisé non relu

CÉLI!\E KT YVON?IA

sanl ;'i moi : Je vais, iiindrinuisrllo. vous faire conduire dans voire a|)|)arteiiieiil, voire saiilé ne vous permet pas les l'ali^'ues de la sociélé. Kt en disant cela, dun Ion sec et impératif, elle lira la sonnette el demanda madame Fille, Une femme d'un certain âge entra el recul l'ordre de me conduire chez moi. Je me levai pour me retirer; à peine avais-je la force de faire un pas. Mademoiselle Blonde! jjria qu'il lui fût permis de m'accompagner ; madame de Bloye l'engagea à venir avec elle de préférence; mais cette généreuse amie insista pour |)asser la soirée avec moi, et madame de Bloye mit un |)eu de sécheresse à la manière dont elle lui dit de faire à cet égard ce qu'il lui plairait. Je m'éloignai sans avoir obtenu un regard de mon père, sans qu'il eut paru entendre l'adieu que je lui avais adressé avec attendrissement : je sortis, appuyée sur le bras de mademoiselle Blondel , et précédée par madame Fitle.

Après avoir traversé, outre les antichambres, un long corridor et monté un escalier tournant, nous jiarvinmes aune chambre assez triste où est un lit; celle qui la suit et qui m'a été destinée, est plus triste encore que la preuiière ; toutes deux ont des lits antiques, des tapisseries enfumées; la mienne n'a de jour que sur une arrière-cour dont l'élévation des murs ne laisse rien voir au delà ; de l'autre on a la vue des jardins et de la campagne, (le ne fut pas. tu peux le penser, dans le premier instant que je fis cette remarque ; je ne vis rien, j'étais accablée

ou DECX .VMIES d'£>-fa>ce. 343

de fatigue, de douleur et d'effroi. La bonne femme qui nous avait conduites m'avança un fauteuil près du feu, mademoiselle Blondel m'y fit placer; je relins sa main, et appuyant ma lèle sur son bras, je versai des larmes a mères. Courage, me dit-elle, ma jeune amie : voilà l'instant que vous redoutiez écoulé. On vous a montré plus de modération que vous n'auriez dû en espérer. Elle essayait de me donner le change; mais on ne trompe pas une âme comme la mienne sur les atteintes douloureuses : je continuai de pleurer, et mademoiselle Blondel me serra affectueusement contre son cœur. En levant les yeux sur elle, je vis les siens mouillés ; je fus soulagée en la voyant sensible à mes peines. Madame Fitle me regardait et pleurait aussi. 3Ia chère jeune demoiselle ! ordonnez , demandez tout ce qui vous est nécessaire , je vais vous l'apporter. Je n'avais l'idée d'aucun besoin ; je ne demandai rien , mais je remerciai avec douceur cette bonne femme, et mademoiselle Blondel se chargea des ordres à donner, tant pour mes aliments que pour me procurer quelques petits meubles dont mon logement était dénué : elle désira aussi passer la nuit dans la chambre voisine de la mienne. Madame Filto, à laquelle le lit qui y est placé était destiné, le céda volontiers à celte généreuse amie; elle sortit pour faire les dispositions en conséquence, et je me retrouvai seule avec mademoiselle Blondel. J'avais beaucoup à lui dire ; cependant je restai dans le silence : trop de pensées, trop de sentiments

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iii'.if^ilnicnl |)our quo je pusse nrcxprinier. Je voyais dans la pliysionoinic de madeiiioiscllc lUoridcI . qu'ollo (Mail anVcléc cotuiiie moi. que son cœur avait sciili les cou|)S portés an iriicii : nos àines étant (le la même Irenipe, nous nous entendions sans parler.

Ouoiquc celle excellente fille, éprouvée par le malheur et la vertu, el cxemj)le (le la passion dont je suis le jouet, me soit bien su|)érieur(', nous .ivoiis (les rapports sensibles el qui, indépendaininont de la reconnaissance, devaient faire naître en moi de rattachement pour elle aussitôt que je l'aurais connue.

Mais elle est partie : elle et son frère m'ont quittée! Je suis seule, oui dans une solitude coniplèLe. Huit jours se sont passés, et je n'ai pas revu mon père. Personne n'est entré dans le triste appartement que j'occupe, si ce n'est la femme de chambre qui semble attristée de mon malheur, et qui me sert avec zèle. On m'ap[)orle à mander chez moi; et je n'ose m'éloigner de celle ciKunbre solitaire.

0 mon Dieu! qu'est-ce que cela signifie? et quand cela finira-l-ii? quand viendront donc des jours moins tristes pour ta malheureuse

Céline?

de la même a la meme.

Deux mois se sont écoulés, et je n'ai vu personne, et je n'ai reçu aucune nouvelle ni de toi. ni de lui.

ou DEi'x \MiES d'e^f\:»ce. 245

Mon père est absent du château, sa femme y est seule maîtresse ; je ne suis point tentée de la chercher ! Je passe mes journées entières seule dans ma chambre. (Quelques promenades dans le parc, aux heures où je suis sûre de ne rencontrer qui que ce soit. Voilà ma vie!... Non! ma vie est tout intérieure; et elle me dévore : ce sont des regrets et des craintes infinies. Vais-je donc passer ainsi seule au monde les années qui me sont destinées? Ne reverrai-je jamais M. de Jouval? N'entendrai-je plus jamais parler de tout ce qui m'est cher ! Mes lettres me sont enlevées : car tu m'as écrit, j'en suis sure ; lui aussi, le bon docteur Blondel et sa sœur, ne m'auront pas oubliée non plus, et je n'ai rien reçu, et je sais qu'aucun domestique n'oserait se charger de mettre à la poste une lettre de moi : ils ont reçu l'ordre de les porter à madame de Bloye... Pourtant madame Fitlc, cette femme de chambre qui a servi ma mère, touchée des malheurs de sa fille, se charge de faire parvenir celle-ci ! c'est par elle aussi que j'apprends quelque chose de ce qui se passe autour de moi. Mon père a trois enfants de sa nouvelle femme. Ce surcroit de famille et le luxe qui règne dans sa maison l'ont engagé à chercher les movens d'auirmcnter son revenu en vendant des terres qui rapportaient peu, pour mettre cet argent dans des entreprises, des usines, dont il s'occupe luimême; c'est pour ses affaires qu'il est absent, il est à la ville de B. par suite de discussions avec le préfet, qui gènem so . cjitreprise. Il a voulu s'expliquer 1 21

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