‹ Médérine (volume 2)Chapitre 5 sur 30 · PRÉFACE, XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE, XI

souvent, par suite de longues amiliés ou devénements imprévus, d'entrer dans les mystères de familles honorées justement de eette estime p(d)Iique qui s'attache à une vie régulière; eh bien ! là j'ai vu des passions, d'autant plus violentes qu'elles étaient comprimées, agiter l'intérieur de ces maisons, en apparence si calmes. Rien ne sortait des convenances reçues ; rien ne choquait les principes les plus sévères ; tout se passait avec une admirable régularité. Puis, un jour, on disait : Une affection de poitrine a enlevé la jeune madame de... ; ou bien : Monsieur tel est mort en peu de jours d'une affection cérébrale , etc., etc., etc., etc.! On s'étonnait, on les plaignait, on allait répétant : La mort est bien cruelle de s'attaquer à des gens si heureux !... Pas du tout, c'était le chagrin !... Chagrin d'ambition, d'amour, de jalousie ! C'était le malheur, et non la maladie, qui avait tué.

Ma mère paraissait si convaincue, qu'elle commençait à convaincre les autres.

— Mais comment? Pourquoi? s'écriait-on.

— J'indique le mal, de plus habiles trouveront peut-être le remède : mais nul doute que le manque d'harmonie entre des idées nouvelles et des lois vieillies, que l'absence des croyances religieuses et des révolutions successives n'aient jeté dans la société de nouveaux germes de pas-

XII l'HÉFACË.

sions et (le inalliciiis. \n rcsl»- . (|ih'II«' (|iii' soil la cause, h; fait existe : léyèn;, (l;inj|creiise on in()rl<>ll(', la maladie a sa source dans une afleclioii morale. I)e|uiis soixante ans , j'ai vn souffrir, j'ai vu mourir l)ieu des fois autour de moi, et, je le répète, il n'y a point de malades, il n'y a (pie des mallieurcux.

— Voilà donc les médecins supprimés?

— Anssitùt que nous aurons supj)rimé les cha- .;;rins, répondit en riant ma mère. Ah ! si chacun voulait seulement convenir de ce qu'il éprouve !

— Dire ce qu'il a vu ! s'écrièrent en même temps deux ou trois personnes : il est trop difficile d'être vrai quand on parle de soi.

— Si je voulais appuyer mon système de faits bien positifs, cela me serait aise, ajouta ma mère ; ils ne manqueraient pas, et vous étonneraient beaucoup ; car il n'est guère d'événements, dont j'ai été à même d'a|)profondir les détails, que je n'aie vus ensuite ])résentés dans le monde sous un aspect entièrement opposé à la vérité.

Alors chacun insista j)oin' obtenir le récit de (juelques-uns de ces faits sur lesquels ma mère avait établi son assertion.

— Vous courez de grands risques en me priant ainsi, dit-elle ; la vieillesse aime à conter; elle se dédommage de l'avenir, sur lequel elle

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sait n'avoir point de droits, avec le passé, qui lui appartient, elle en fait les honneurs un peu lonoiiement. Puis, ce que j'ai vu n'est pas gai : j'ai peur que vous ne disiez comme cet enfant à qui sa mère enseignait l'histoire, et qui, après avoir entendu le récit des hauts faits des Virginius, des Brutus, des Caton, des Lucrèce et de tant d'autres, l'interrompit, en s'écriant :

— Mais, maman, pourquoi donc ne m'apprenez-vous que des malheurs?

L'histoire des hommes, particulière ou générale, n'est que cela.

— Eh quoi ! n'y a-t-il donc point de gens heureux ?

— Oui, mais on n'en parle pas. Leur vie n'offre pas d'événements ; ils sont heureux : avec cela tout est dit. L'histoire, c'est la peinture du malheur des hommes en général; le roman, la peinture du malheur de l'homme en particulier.

— Pourquoi donc alors écrit-on?

— Pour tâcher d'enseigner à le secourir ou à l'éviter.

Le souvenir de cette conversation m'a semhlé la préface naturelle des récits qui vont suivre. Ce sont des faits dont le fond est vrai, des évcnemenls qui se sont passés de nos jours et sous nos yeux dans la société parisienne... Plusieurs

\iv riu;K.\<;K.

lie CCS f;iils inOiil linirm Idccisioii de ((iiilimicr ici celte série »l«' pinlr.iils «le fcinmes (|iic j'essaye tic tracer (.liiiis lii |)lii|>,irl (le mes comédies.

Un élégant cabriolet descendait rapidement le Ijoulevard, conduit par un beau jeune homme aux cheveux noirs , à la barbe touffue , à la toilette recherchée, et à ces manières empreintes d'une légère affectation qu'on remarque chez tous ceux qui désirent attirer l'attention sur leur personne. La physionomie du jeune homme montrait cette satisfaction intérieure qu'inspire la certitude d'avoir en soi-même, et dans ce qui vous entoure, toute la grâce , la recherche et le bon goût qu'on peut attendre d'un homme en règle avec la mode. Et, en effet, il ne laissait rien à désirer; il y avait mênu' dans rajustement un peu bizarre de son 1 2

iirt;Iifî('' cl (Iniis In siiifinlirrc liviro de son f^rooiii (Hicl(]ii(' clidst' (|iii |)(iin,'iil h' [il.iccr .niflcssiis des iniil.ilciiis (le la mode, cl relever ;"i la di;;iii(é (h; novalcur dans le grand arl de la loilcllc

L'ardeur inipalienle di- son lican eliesal anglais était releniu' sans eflorl par sa main exercée ; mais en approchant du honievard des Italiens, le senliment de sa su|)éri()rilé et le plaisir de se trouver au milieu déjuges capables d'en apprécier tout le mérite ajoutaient encore un degré de plus à son orgueil et à sa joie! Son œil furlif cherchait sur la chaussée (piekpics visages de rivaux éclipsés ou d'admirateurs stupélails; et dans cette douce préoccupation, soit que sa main eut oublié de retenir les rênes blanches et brillantes qui dirigeaient son cheval, soit que le cheval lui-même, piqué comme son mnilre d'une noble ardeur, voulût se pavaner dans toute sa hauteur et sa force superbe; il précipita sa course avec violence, à la grande frayeur des passants vulgaires , qui se plaisent à rentrer intacts dans leur modeste domicile , et voudraient autant que possible que les rues de Paris n'ollrissent ni les dangers ni les résultats d'un champ de bataille !

Au même moment, un modeste cabriolet de remise venait en sens contraire; à côté du cocher, qui conduisait prudemment, était un homme jeune, blond, pâle, à la figure et à la toilette simple et modeste. 31ais la sagesse du cocher fut mise en défaut par un enfant qui s'était jeté au devant du cheval et l'avait obligé de se détourner de la ligne

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droite, en se plaçant juste sur le chemin que le cheval fougueux parcourait avec une oflVayante rapidité. Les deux cabriolets, venant ainsi vis-àvis l'un de l'autre, se seraient iidaillibleinenl heurlés et peut-être renversés violemment, si le bel élégant, avec une promptitude admirable et une force toute pleine de grâce, retenant à propos son cheval emporté, n'eût fait admirer son adresse merveilleuse en l'arrêtant juste au moment où les deux chevaux se louchaient déjà légèrement sans se heurter encore...

Naturellement les regards de chacun se portèrent dans l'intérieur de la voiture qui lui barrait ainsi le passage, et un cri s'échappa presqu'en même temps des lèvres des deux jeunes gens...

— Le comte Taneguy de Mcianvilliers ! s'écria le beau jeune homme brun avec emphase.

— Emile Mah au , prononça faiblement le doux jeune homme blond.

D'un mouvement spontané ils descendirent de voiture : Emile Malvau , du brillant équipage; le comte de 3Iélanvilliers, du simple cabriolet. Chacun tendit la main à l'autre, aux regards déjà trèsmultipliés des curieux du boulevard ; car c'était à ce moment qui précède le diner, à cette heure où la foule se presse dans cette partie de la promenade q ui s'étend entre la rue Laffitte et la rue du Ilelder . . . Déjà ce léger événement, qui n'aurait pas été aperçu dans une rue du centre de Paris, avait grossi et rendu [ilus compacte la foule oisive qui stationne

20 >n iiiiinK.

en 1 et ciitliDil : |iiom('ii(iii s s.iiis .ilTfiiros, (|iii ciii- |ic(liciil les ^ciis jilVaiit's de |i;iss<'r ; jcilics (ciniiics (|iii clicii'lii'iil un r<'^:ii'(l |i(Mir leur Itcaiilr; f:;i>iis iii\ ilcs (]iii \()iil (lincr ("Il \ illc; rlrf^aiils à la iii(mI(>. (jiii \i('niii'iil en vrais souverains iliiici ru jnililic (Icrricrc les vilrcs des salons iiia^riiliqncs de (|ii('l quosiTsUiuraU-ursoii vogue ; }^('iis(iiii ont l'air de se liroinoiicr |iniir caclicr quelques projels de reiicoti- (rcs imprévues, (a\ oral îles à l'a iid)i lion, aux a Ha ires ou aux plaisirs; cnlin réunion bizarre entre gens du même pays, qui ne se connaissent pas, qui parient la même langue et ne s'adressent pas la parole ; qui vivent des mêmes goùls, des mêmes liabiludes, des mêmes désirs, des mêmes iiilérêls. sans se les communiquer; Coule où l'on s'approche, où l'on se presse, où l'on se louche, en restant complètement étrangers les uns aux autres; inconvénient commun à toutes les grandes villes, et qui atlrisle le cœur jusqu'à ce qu'on se soit accoutumé à le considérer comme un avantage.

Tous ces regards se portant ensemble sur les deux amis, produisaient sur chacun un eflet dillcrcnl. Emile Malvau était resplendissant, Taneguy de Mélainilliers était endjarrassé.

— Entrons, dit-il en Iranchissant les marches du Café de Paris et en allant se j)lacer à une extrémité où on ne pouvait l'apercevoir du boulevard , au grand regret de son aiui.

— Mais il est Iroj) lût pour diner, ne put s'enjpècher de dire celui-ci, mécontent de perdre l'atlen-

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lion de la foule el de se meltre au nombre de ceux qui dînent à une heure inusitée par les habitués do ce café fashionable,

— C'est \rai, reprit Taneguy en tirant sa montre et en souriant à l'idée que deux années de séparation n'avaient rien changé au caractère de son ami de collège, il est à peine cinq heures... Mais... comme il me serait impossible de dîner à six, il faut bien que je devance l'heure, à moins que je ne veuille me passer de dîner aujourd'hui.

Et comme l'étonnement d'Emile Malvau semblait demander une explication, il ajouta :

— A six heures, je serai dans la malle-poste : je pars pour le déparlement des Basses-Pyrénées ; je vais dans les sites les plus agrestes des montagnes.

— Ah ! je me souviens, dit Emile 3Ialvau, vous avez là une terre.

— Ma seule fortune, reprit le jeune comte... Je vais la voir pour la première et la dernière fois d(^ ma vie, — car je la vends... mon inlenlion élaiil dv continuer à vivre à Paris.

La figure sérieuse de Taneguy de Jlélanvillier.s s'était encore allrislée par le souvenir de la raison qui l'avait rendu seul propriétaire de cette terre. Son ami porta les yeux sur ses vêtements de deuil, et dit en lui tendant la main :

— Tu as perdu... ta mère !

Tous ceux qui le connaissaient savaient quelle profonde douleur avait du suivre pour lui un pareil événement; et ce fut avec un<> éiiiolion partagée 1 3.

'22 MÉI)feni.>'E.

(HIC les iii.iiiis (les (l(ii\ .unis se serrèreiil m ce monii'iil .

Ou(l(|iiPs iniimtcs de silence snivirent eelle (liste pensée, et le eninle de Mélanvilliers s'edoiçail de reprendre la suile de ses iilées... quand le hnnl d'éelals de liic \ciianl d'nne pièce voisine, (liini la porle s'(in\ril hrus(|uenienl, allira leurs rej^ards sur un jeune liuniine de leur connaissance à tous deux. (|ui. léf^èrenient excité |)ar l<; vin, le \isage animé, la parole end)arrassée, la serviette encore à la main, eidrait dans la pièce où ils se trouvaient pour demander quelque chose, el (|iii en les voyant se précipita vers eux avec tous les signes d'une joie et d'une amitié qui s'augmenlaienl visiblement de tout le vin de Champagne qu'il avait bu. En eflcl, il était dejjuis midi réuni à une douzaine déjeunes gens qui déjeunaient ensemble dans cette salle voisine d'où s'échappaient ces éclats d'un rire bruyant et d'une gaieté immodérée.

Bon gré, mal gré, il les entraîna au milieu de jeunes fous qui n'étaient, surtout pour Tancguy de Mélanvilliers, que de ces légères connaissances du monde, qu'on retrouve avec ])laisir dans les jours de distraction, au\(juelles on ne pense pas dans les jours sérieux, et qui sont insupportables dans les jours de chagrin.

Alors il ne fut plus possible de dire un mot sur ce qui ])0uvait intéresser les deux amis que leur rencontre fortuite avait charmés; car Érnile Mal-

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vau et Tanoguy de Mélanvilliers avaient été amis de collège et amis réels, malgré la différence de leurs caractères. Emile reconnaissait la supériorité de raison et d'inlelligence de Taneguy, comme celui-ci rendait pleine justice à son savoir en matière de chevaux, d'équipages, d'habits, et de toutes les choses qui constituent cette élégance extérieure dont on fait tant de cas à notre époque ; et quand ils se trouvaient ensemble, chacun était content et de son ami et de lui-même-, ce qui est un grand point pour se retrouver avec plaisir.

Depuis quelque temps ils s'étaient perdus de vue et se faisaient un plaisir de se remettre au courant de leur existence réciproque. Mais la bruyante société qui s'empara d'eux ne leur en laissa pas la possibilité. C'étaient des mois sans suite, des phrases inachevées, des éclats d'une joie plus violente que réelle; et au milieu de tout ce bruit, de ces questions ou de ces plaisanteries qu'on leur adressait, il ne put rien y avoir de précis, rien qui leur apprit comment s'étaient passés pour eux ces jours de séparation ; et cependant il y en eut assez pour ajouter à la curiosité qu'ils avaient déjà d'apprendre nmtucllement ce qui les concernait.

— Comment, disait l'un d'eux avec une surprise dédaigneuse, Taneguy ne sait rien de l'aventure d'Emile?...

Et celui-ci, impatient et embarrassé, essayait de détourner un souvenir qui cependant semblait ajouter à son orgueil naturel et à la considération

(|iii' les «luli'cs lui |iiiiI.M('mI. Sdii .uni |imI il('\iii('i' (|u'iiiK' ini|iiii'l.iii(-i- plus içiniidc s'alli'icli.'iit à celle avonlure (l'jiiiMMir (ju'oii n'en iiicl eiilre jeunes {^ciis à ces SDiMos (r.illaiics; car. iiialf^ré rexallaliuii |)rovoqiiée par un cxcelleiil liéjeuiier, par les iioinbrouses bouleilles de \ in de (lliainpagnc qui avaienl, été vidées, el par la cftnvcrsalion aiiinioe (pii les avait excités, les jeunes fous s'arrèlèreiU à un sijçne d'F.niile. iniliqnant que c'était assez d'avoir l'ail mention de cet événement, el que ce sérail trop d'en parler.

Mais lorsqu'il fui question du départ du euinte de Tane^uy pour les Pyrénées, il apprit que; son ami parlait aussi le lendemain pour retourner dans la Touraine, séjour mystérieux, disait-on, où il avait élu son domicile depuis une année, ne faisant à Paris que des excursions (ini devenaient, il est vrai, beaucoup plus fréquentes depuis quelques mois, ce qui pouvait faire espérer qu'il reviendrait à poste lixe pour l'hiver suivant. Emile parut cette fois légèrement mécontent, el, à travers sa fatuité el sa vanité satisfaite, son ami put apercevoir une nuance de tristesse qui lui était peu habituelle.

Il détourna la conversation, mais comme on était au mois de mai, elle roula bientôt sur la manière dont chacun passerait l'été et occuperait ces six mois où les salons sont fermés.

— Il semblerait, ne put s'empêcher de dire Taneguy de Mélanvilliers, à l'empressement que mettent les gens riches et oisifs à fermer leur maison.

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qu'il leur a élé bien pénible de l'ouvrir, et je ne connais rien de jilus singulier et de plus insociable que d'avoir ainsi l'air de dire à ses amis et connaissances : <: C'est lini, je ne veux plus vous voir ; allez vous promener, vous m'avez assez ennuyé pendant quatre ou cinq mois ; je ne veux plus entendre parler de vous ; je ne veux plus que vous sachiez où je suis, vous pourriez peut-être me retrouver. Non ; je voyage, je uj'amuse, laissez-moi en repos.

«I L'hiver prochain, si vous n'êtes pas morts, et que la fantaisie de vous voir me reprenne, eh bien, vous reviendrez. ;>

— Et l'on revient... s'écrièrent ensemble tous les jeunes gens.

— L'on revient, reprit Taneguy ; par la même raison qui a fait partir, qui fait courir sur les grandes roules, qui fait que si peu de personnes savent vivre tranquilles. C'esl qu'on n'est pas heureux, c'est que l'esprit est inquiet cl le cœur mécontent à noire époque. Ce goût pour le mouvement, ce besoin de changer de place, en sont en même temps la preuve et la cause, sans en être le remède. Un voyage plus qu'on n'a jamais fait en France, parce qu'on s'y ennuie davantage. Les gens les plus eiuiuyés voyagent plus que les autres, et les Anglais ne sont les plus grands voyageurs du monde que parce que c'est le peuple le plus ennuyé de l'univers. Ah ! si l'on savait, si l'on pouvait se créer le plus petit inlérêl de pensée ou de cœur,

SG MfcUËRIKE.

un iiosY'loigncruil [)as iiussi suinnil cl siiiisbiil. Il y a dans Paris inèinc un nsscz bon nombre di" gens, |)arnii rcnx (|ni ne son! |ioinl (orcrs (i'\ rester, qu'y relicnnent nn goiil d'art on des alVeclions. Il l'aul ne rien aimer, ni nne |)ers(tnne, ni une chose, pour aller cnni'ir .111 lias.'u'il eoiiinie on le fail niaiiilenanl. ci il I.hh aussi (|ii(î les idées sur ce point aient éprouNc de grandes modiMeatioris. puis(jue le plus i;rand tournienl (|ue l'imaginai ion ail pu concevoir aulrelois, pour un homme coupable d'avoir renie Dieu, était d'errer élcrnellement sur la terre sans pouvoir s'arrêter nulle |)arl. Kt malgré nos prétentions, ajoula-t-il en riant, j'ai peu de resj)ect pour un plaisir qui ressemble au su|)plice du juiC errant.

— Et cependant... vous partez... lui cria-t-on de toute part.

— Oui; mais pour vendre, répondit-il, une pro priété située à deux cents lieues d'ici (jui me forcerait à y relourner quelquelois, et je veux, à l'avenir, passer la plus grande partie de mon temps à Paris.

— Où l'on vous voit bien rarement dans le monde, mon cher Tancguy, reprit Emile Malvau, et où souvent aulrelois je me suis lassé à vous tourmenter pour vous forcer à vous joindre à nos plaisirs.

— Mais ici j'ai des amis et des occupations qui attachent mon esprit et mon cœur... reprit doucement Taneguy.

Sans doute les convives qui l'entouraient n'a-

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valent rien de semblable, pour fie bonnes raisons, car l'un s'écria : ;\Ioi je pars luiuli pour rAn}:;le- Icrre. — ?tloi, le premier du mois prochain, pour liaile. — Moi pour Plombières ! ce qui excita un accès de gaieté. — Fi des eaux réelles où il n'y a (jue des malades ! — Ah ! je comprends, madame d'Olbreuse y sera. — 3Ioi, s'écria un autre, je suis si incertain, que je mettrai sur des petits papiers les noms des eaux les plus fashionables et je tirerai ! Le hasard... décidera de l'endroit où je passerai l'été! Je ferai comme loi, dit un autre. Moi aussi, ajouta un troisième. Puis plusieurs annoncèrent le projet de faire de même. Tous ces gens habitués à la vie dissipée étaient indifférents sur tout, et n'avaient laissé de place dans leur pensée à aucun intérêt; pourtant parmi eux il en était quelques-uns dans la force de l'âge; il y avait là même de jeunes fous à leur quarantième année, mais qui avaient si complètement mené la vie de jeune homme, qu'il leur était impossible d'être autre chose que de jeunes étourdis. Ils étaient destinés à mourir de vieillesse... au milieu de leur vie d'enfant.

Cependant l'heure approchait; le comte de Mélanvilliers se leva, dit au revoir à ses connaissances et adieu à Emile qui le suivit jusqu'à la voiture. Au moment de se séparer, Taneguy lui tendit la main.

— Ils savent tous de vous des choses que j'ignorais..., dit-il avec tristesse.

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