‹ Médérine (volume 2)Chapitre 8 sur 30 · Kl. M · texte numérisé non relu

Kl. M

lions (lincrs ;iu\ rcii\;iiiis eu rciKtiii, iiivilc/ dos joiiriialisli's cl des <^vi\s (l'("S|»iit. nielle/, ainsi jidur vous ieu,\ qui paiienl el eeux (|ui écri\eiil, doiiiie/. ensuite dos l'èlos dont \(itis l'ciez dire iiicrv cilles à l'avance, hml Paris Noiidra y être invile, et Vdus reni|iiaccrcz ainsi jiar le hruil . le |)laisir cl ma cunslanle amitié noli'c amour fini sans relour. >

J'espère, mon ami, que Noiià un fameu.v <Jiscours? je l'avais improvisé comme quelques-uns de nos orateurs improvisent les leurs dans les grandes et (réquenlos occasions où ils (ont vollc-facc; pendant trois mois je l'avais (iréparé, j'y avais rassemblé comme eu.\ d'habiles sopliismes, de séduisantes espérances et d'ingénieux raisonnements, de telle sorte qu'il fallait vraiment bien de la mauvaise volonté pour ne pas se rendre à l'évidence cl ne pas convenir que la raison élail là, et seulement là.

Mais est-ce que la passion entend raison?

Madame de Lanjac... car clic n'était déjà plus pour moi Médérinc, je ne sais quoi m'avertissait que tout était rompu si complètement que cette femme allail me devenir étrangère, et, malgré ma résolution inébranlable, je me sentais froid au cœur à celte pensée : il se nièlail un regret à mon plaisir d'élrc libre, un remords à mon projet d'èlre inconstant.

Madame de J.anjac restait encore immobile, silencieuse et tremblante.

Je ne savais plus que faire et que dire, ma position devenait Irès-cmbarrassante; je me levai... en

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disant : ^'ous avez besoin do repos, demain je viendrai savoir de vos nonvelies, madame.

Ce mot madame s'éeliappa sans que j'y fisse attention, il répondait au sentiment involontaire qui glaçait mon cœur.

— Madame ! ré[)éla-t-elle avec une ironie et une expression de mépris et de haine si amères, que je restai stupéfait et comme foudroyé par son regard. L'effroi d'une scène cruelle et violente (ce que j'ai toujours délesté) me causa une impression extraor- <linaire. Cette femme me fit pour... Je ne l'aimais plus. Je sentis que je pou\ ais la haïr, elle se croyait en droit de me faire des reproches !

Elle s'était levée spontanément en répétant le mot madame! puis elle resta un moment immobile et ajouta avec le mémo accent indéfinissable : Votre amitié? mais rendez-moi donc avant... de l'estime |)our votre caractère , de la confiance dans votre affection, de la foi dans vos paroles! De l'amitié? Mais vous n'avez donc [)as vu ce que j'ai souffert depuis six mois? Mais vous ne devinez donc pas ce que je puis pensera présent?... Vous n'avez donc compris aucune de mes actions, aucun des sentiments de mon cœur, aucune des pensées de mon esprit?... Vous ne méconnaissez donc pas?... Quoi, vous avez pris ma vie tout entière; pour satisfaire un caprice de vanité! \'ous me demaiidoz de l'amitié? vous vous êtes montré insensible, infidèle, inconstant, fat et vulgaire, et vous me demandez mon amitié en échange de tant de mensonge, de douleur et de

tloceitlion?... \li I l.iisscz-inoi. niuiisiciir, pleurer à jamais mit' erreur... ijne je ne |iiiis iiic pjirdomier à iiKii iiièiiie : adieu pour toujours! El avanl (pic j'eusse pu répondre, elle élail enirée dans une eliaiubre voisine et en avait l'ernié la porte... In inouvenient maeliinal me lit suivre ses pas. La serrure ne put s"(iu\rir. j'eutendisdes pleurs, des sanglots, dos plaintes entrecoupées. Cctalleudrisscmcnt me scml)la devoir amener plus de calme el je pensai que je la trouverais le lendemain en meilleure disjiosition.

Le lendemain, il nu' sembla que ce serait une meilleure tactique de ne pas montrer tant d'empressement. Elle comptait sur ma visite , et sa porte serait fermée si elle avait résolu de ne plus me revoir; puis, quand elU; nt; trouverait pas mon nom elle s'étonnerait , s'inquiéterait et se relâcherait de ses ordres rigoureux.

Oui , je voulais la revoir : d'abord , les gens comme il faut doivent toujours se quitter en bons termes; puis cette lemme était encore de toutes celles que j'avais connues celle qui avait produit le plus d'efîet sur moi ! Sa colère et ses injures , loin de m'offenser , me prouvaient son dépit d'être quittée, et par conséquent son amour. Il y avait bien des choses que je ne m'e.\|)liquais pas dans son caractère, et ce mystère m'attachait encore à l'idée de garder des relations avec elle ; puis enfin, j'avais vu des scènes plus vives encore se terminer convenablement et laisser place à des apparences d'ami

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lié ; j'espérais donc l'y amener, et ce serait une maison agréable de plus.

Je n'y fus donc pas le lendemain. Ma journée se passa en courses chez mes amis, en |)c'.ils arrangements intérieurs, qui tous eurent de l'intérêt pour moi ; en me retrouvant dans mon joli petit appartement de garçon de la rue Laffitte, que je n'avais pas cru quitter pour aussi longtemps, j'éprouvai un grand plaisir; et des souvenirs de tout genre, jusqu'à ces bruits incommodes de la rue , vinrent me donner mille petits bonheurs.

C'est ce jour-là que je vous rencontrai. J'avais fait atteler de bonne heure un joli cabriolet , pour parcourir ainsi la ville et visiter les endroits que j'aime, où l'on retrouve le monde, la l'oule, le mouvement et la variété. J'avais revu plusieurs de nos amis, et je vous rencontrai alors dans ce momeni de joie expansive où il me semblait qu'une prison venait de s'ouvrir devant moi pour me laisser jouir de la liberté, du plaisir de vivre, de voir le monde, mes amis, mes connaissances ; de rentrer dans toute cette agitation, ces petits intérêts, ces rivalités de succès, de plaisirs et de vanités qui occupaient jadis toutes mes journées, et leur donnaient des joies multipliées. Je ne suis pas fait , je l'avoue et l'épreuve ne me l'a que trop montré , pour ces grands sentiments et ces grands dévouements ennuyeux à périr; mais pour ces petites intrigues compliquées qui se croisent, se heurtent et font naître mille petits incidents. Il me faut des femmes qui rient et ne met-

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Iciil pas plus (riiiipuilaiiccà iium aiiidur que je n'en iiit'ls au leur; il me faul une iiiailicssc, dos cliovaux l'I «les folies qu'où nrcuvie! Si l'on est tout seul,(|ui esl-ce qui sait si vous èlcs lieuicux ? ef à (juoi bon alors? Je crois que j'aimerais mieux un malheur (jui Cerail parier de moi ci me rap|»eilerail au sou venir de mes amis, (|u'un bonheur parlait (|ui sérail ignoré ou oublié de loiil le monde. Kl iei, mon ami, tanl d'objels passent chaque jour devant les ) eux (lu'on ne se souvient plus de vous au bout do trois semaines, si vous no renouvelez i)as l'attontion.

Après cette journée où j'avais retrouvé toute ma gaieté et formé des projets pour les jours suivants qui ne me laissèrent aucun loisir, j'en passai huit sans retourner à l'Iiolel de jjanjac : j'étais persuadé (|ue cela ferait à merveille cl que je serais reçu avec plaisir, ne fut-ce que par distraction. J'avais déjà l'expérience décela, mais avec cette femme l'expérience était toujours mise en déroute.

J'arrive à l'hôtel et j'apprends qu'elle esl partie . sans dire où elle allait, ennnenauL seulemenl une femme de chambre, n'ayant doimé aucun ordre, et n'ayant rien dit qui put faire soupçomier le but de son voyage.

Je reviîis chez moi inquiet et contrarié... mais résolu d'oublier comme elle toutes nos relations.

Pendant plusieurs jours , je cherchai tous les moyens de me distraire de cette pensée qui revenait toujours malgré moi.

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rV'tail Pelé; (oui le monde parlait. J'avais moins • le (lislrarlions. je ne pouvais me défendre d'urio inquiélude. et je crois que j'allais encore m'ennuyer quand un homme d'affaires, qui m'avait servi pour me procurer la maison de campagne sur les bords de la Loire, m'ayant rencontré, me dit que quelqu'un désirait avoir cette habitation , et il me demanda si je voulais la céder tout de suite, puisque je ne l'habitais plus. J'y consentis de grand cœur ; mais cela me rappela que j'y avais laissé quelques objets ; puis il me vint à l'esprit que madame de Lanjac pouvait y être retournée et je partis le soir même. Oui , je retournai près d'elle , moi qui l'avait quittée, moi qui étais heureux d'avoir rompu cette chaîne, et bien décidé à ne jamais la reprendre. Comment, pourquoi je partis, je ne saurais le dire; j'étais en route avant d'y avoir réfléchi. C'était contre mes principes et contre ma résolution bien arrêtée; mais cette femme déroutait toujours tous mes plans.

J'arrivai ; et comme je l'avais deviné, elle y était, et c'était elle qui. sous un autre nom, avait voulu acquérir cette habitation; mais comment y étaitelle? Malade au point que le délire de la fièvre ne lui permit pas de me reconnaître, et que ses paroles sans suite annonçaient le plus complet dérangement dans sa raison. Ce qui l'occupait surtout, c'était le marquis de Lanjac, son mari, qu'elle n'avait jamais pu souffrir, un assez pauvre homme, qui l'avait épousée pour sa fortune, ne s'était ja-

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mais soucié (rclh- cl s'en clail ('loigné pinbahlciiiciil avec plaisir; car oxro|)(é iiiio Icllre qu'elle ne ni'aviiil pas nionlrée et qu'elle recul dans le coiiimeiieemeiil. il n'avail pas donné sij^ne de vie. Il s'aniusail sans doute de son colé. el oubliait coniplétenienl sa léniniequi ne songeait certes guèreà lui.

Kli liien ! c'était son nom qui s'écliap|)ail sans cesse des lèvres de niadanie de Lanjac, c'étaient des [tleurs à ce nom, enfin c'était de la folie.

Je fis venir un médecin habile, j'écrivis à l'aris que je resterais à la campagne (juelques jours, cl qu'on m'y envoyât les nouvelles et les lettres qui pourraient m'arriver. C'est donc ici que j'attends la vôtre et tous les détails qui vous concernent; je vais faire mettre ce soir ceci à la i)osle, et je compte qu'ainsi que vous me l'avez promis, vous faites de même de votre côté. C'est auprès du lit de madame de Lanjac mourante, et sans qu'elle connaisse seulement ma présence auprès d'elle, que j'ai écrit tout ce triste discours : les souffrances de celle femme, l'inquiétude qu'elles me causent, les soins qu'elles demandent, l'isolement de la marquise, car elle était orpheline, sans parents, nul ne lient à elle que le marquis el personne ne sait où il est, tout m'impose donc l'obligation de ne pas m'éloigner d'elle en ce moment.

Vous voyez , mon cher Taneguy , que votre ami, si joyeux et si étourdi, qui ne cherchait que la gaieté, les distractions el les plaisirs faciles, avait iiien raison dans sa frivolité, et que rien n'est plus

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triste, plus désagréable et plus ennuyeux que les relations auxquelles se mêlent des sentiments profonds et des événements sérieux. Que le ciel m'en préserve à jamais, après m'avoir tiré de celle-ci.

J'attends avec impatience votre lettre, ce sera un vrai plaisir que d'avoir de vos nouvelles et une distraction dont j'ai terriblement besoin.

Votre ami dévoué,

Emile Malvad.

Après sa lettre écrite et envoyée, le comte de Mélanvilliers était resté près du marquis de l.anjac mourant, chez lequel la vie était à peu près éteinte. Tout semblait iini pour ce monde, car ses yeux ne lui servaient plus à reconnaître ceux qui l'entouraient, ses paroles sans suite n'étaient plus même intelligibles; on y distinguait seulement des plaintes douloureuses, il mourait d'un chagrin qui avait déterminé et avancé un mal physique que le bonheur eut combattu avec succès; tout finissait en lui, usé par les regrets comme il aurait pu l'élre par la vieillesse.

Le nom de sa femme s'échappait à chaque instant de ses lèvres comme une plainte douloureuse, c'était d'elle surtout qu'il était occupé.

Ainsi à deux cents lieues de distance, ils mouraient l'un et l'autre du même regret et en prononrant mutuellement leur nom.

Le marquis de Lanjac avait été élevé dans ces pieuses habitudes que l'on conserve encore dans 1 !>

1(1l> MKiifcimK.

r.iiiricmic nolilt'sst". Ii.iliilmlcs (pii |i(Mil-ctrc n'ciii |ifrlu'iil |tas ^iJind'iliDSc ;iu\ jours des luiiiiilhicu SCS passions; mais qui consolent dans le in.illicur cl soulagent dans les derniers inslaiils de l.i vie; cl il avait ténioif!;nô le désir d'avoir un prèlrc. Le comte de Mélaii\ illiers s'élait em|iressé d<' l'aire venir le desser\aiil d'une paroissi; voisine : c'était un vieil lard triste et doux, il avait clierché dans la relii^non un refuge contre les maux de ce monde, on le mal licur avait éprouvé ses jeunes années. Il comprit (jnelles paroles pouvaient calmer les souffrances morales du mourant et rendre ses |)ensées moins amèrcs; en effet, des heures plus paisibles avaient suivi sa venue.

Ainsi la résignation arriva par degrés autour de ce lit de douleur : la religion, l'ainilié et même le dévouement, dans le |)auvre sauxage de la montagne, adoucirent les maux qu'ils ne pouvaient guérir entièrement.

Un jour le prêtre était près du lit du malade. Le comte de Mélanvilliers allendait à l'autre extrémité de la pauvre demeure que les pieuses confidences fussent terminées... — Pourquoi vous éloigner, lui dit le marquis de Lanjac. Je me sens moins faible lorsque vous êtes à mes côtés. Voire intérêt double mes forces. Restez là... Et le comte resta debout au chevet de ce lit [irès duquel le |)rêlre était assis et prélait l'oreille aux paroles du mourant.

— Ah ! répétait-il, si j'avais eu plus de confiance en la bonté divine, si je lui avais adressé des vœux

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plus fervents, elle in'oùl exaucé, et peul-étre Médériiie m'oùt-clle aimé.

— Mon fils, reprit le pasteur avec une douce fermeté, comment un amour terrestre occupe-l-il encore votre pensée ?

— Que le ciel pardonne, mon père, priez-le pour moi, dit faiblement le malade et si vous croyez qu'il puisse m'absoudre, que votre voix appelle sur moi ses bénédictions, elles chasseront peut-être une image cruelle qui revient malgré moi troubler mes derniers instants. Mon ami priera avec vous.

Alors le prêtre se tint debout et éleva pieusement ses mains sur la tète du jeune homme qui priait.

Mais tous ! le prêtre, le malade, et son ami, restèrent immobiles et sans paroles devant la vision (jui leur apparut.

('/était une femme pâle, grande, et effrayante de douleur que nul n'avait vu entrer et qui se tenait immobile aussi au pied du lit du malade!... Ses yeux fixés sur lui n'avaient pas de larmes, mais le blancen était ensanglanté... Sa prunelle ne remuait pas et ses paupières démesurément ouvertes semblaient prêtes à laisser échapper de leur orbite cel œil sanglant... Tous la regardaient avec etTroi, et elle, sans bouger, se mit à remuer les lèvres comme si elle parlait vivement, mais aucun mol ne se faisait entendre; cl comme le pasteur, interrompu (juelque temps dans son saint ministère, reportait ses yeux sur le malade effrayé et les élevait ensuite vers le ciel, un cri <léc!iiraiit se fil enten-

loi Mi.iiKunt.

dre, l'I ct'll»' IViiimc se jcl.i nilif le iiiiiLid»' cl lui.

- Me voici, sV(ii;i-l-('ll<' ; c'rsl moi qui dois mourir, r/ost moi qui dois dcmiindcr à lui.. tu ciel, et à vous, mon prie, un pardon iiiq)ossil)lr pcutclrc!... Kl iiii lorrt'nl de laiincs haii^na le visaj^e cl les mains de la (Vmmc aj^cnouillrf... Alors cllcélait hi'llc encore dans son désespoir... cl son nom s'échappa des lèvres du ntarquis : Mcdcrine !

Des papiers en desordre s'échappèrenl des mains de la marquise de Lanjac : c'était le récit du comte de Mélanvilliors adressé à Emile "\lalvau.

— Ah! qu'il doit me haïr, dil-cllcen désignant le malade; mon père... J'ai bien souffert aussi. Mais mes malheurs comme les siens, tout est mon ouvrage.. le suis insensée, et il paye de sa vie..., mes erreurs!... lui... le plus noble elle meilleur des hommes! lui que seul j'aurais dû aimer... qui seul convenait à mon cœur, ré[)ondait à ma pensée, lui que j'aurais dû bénir et adorer...

A mesure qu'elle parlait, la vie reparaissait sur le front pâli et les traits défigurés du mourant, il semblait qu'une âme nouvelle venait ranimer ce corps déjà couvert des ombres de la mort. Sa ligure prit une expression de bonheur ravissant, et en h; voyant ainsi sans colère, la jeune femme désolée cl heureuse baignait de larmes ses mains qu'elle tenait end)rassées. Le jeune hoirnnc fit un effort pour retirer ses mains (\uï s'échappèrent de celles de Médérine inquiète, et elle s'écria avec effroi: Mon Dieu! j'avais cru qu'il pardonnait!

Mais le marquis de Lanjac, a\oc un iiiofTablc sourire, laissa retomber ses bras alTaibiis autour du cou de celle qui était à ses pieds désespérée, et il trouva encore assez de force pour l'approcher de son cœur :

— Tu sais donc, lui dit-il à voix basse, que je n'ai mérité ni ton mépris, ni ta haine?

Alors, Médérine étonnée, confuse et tremblante, s'écria : C'est lui ! lui qui se justifie ! lui qui mérite tant de respect et tant d'amour ! Ah ! qu'il vive, ô mon Uieu ! qu'il vive et que moi j'expie, par mes souffrances et par ma mort, le crime affreux de l'avoir méconnu ! d'avoir livré au regret et au malheur le cœur qui m'aimait; l'àme qui m'eut comprise, l'homme que le ciel avait fait pour être aimé de moi, pour répondre à foutes les affections de mon âme, lui mon ami... mon époux, que j'ai perdu, que j'ai mérité de perdre... Mais qu'il vive, et moi près de lui, à ses pieds, je ne demanderai (jue de le voir, de l'aimer, de l'adorer en silence et en le servant comme une esclave ! Et ces mots, entrecoupés par les sanglots de Médérine, étaient aussi interrompus par les caresses du malade ; trop faible et trop ému pour répondre, il posait ses lèvres décolorées sur le front coupable qui s'inclinait devant lui... Il serrait doucement dans ses bras la femme repentante qui, avec son repentir, apportait encore son amour. Le jeune homme ignorait ce qui s'était passé, mais il connaissait toutes les fiertés de cette àme qui s'huniiliail et il sentait que ce n'était pas I 0.

IIMI MKUÉltlINb.

;issi'/ (lu r(|tciilir pour coiiduir»' .Mrdciinc à ses [urtis. Il voyiiir qu'il (Mail ((uiipris toiil à (uil cl aiiiii' avec celle passion qu'il avail ressentie sans espérer jamais île la voir parla{^ée.

Faillie el dernier rejelon de ees vieilles races, dont quelques-unes usées par le lionlieur, la puissance, la richesse cl roisivclé n'ont plus, comme l'arbre où manque la sève, que des rameaux dégénérés et éliolcs, M. de Lanjac avail encore de douces vcrlus el de {gracieuses qualités, mais sans vigueur, sans force, el sans puissance. La vie morale, comme la vie physique, avail été imparlaile en lui ! il ne pouvait supporter ni la maladie, ni le chagrin; sa demi-existence eût pu se prolonger avec des jours paisii)les et entourée de tous les soins el de tout le bien-être que procure l'opulence, si un sentiment natif de lierté délicate n'avait seul survécu dans toute sa vigueur el brisé tout le reste! il avait manqué de force devant le caractère de 3Iédérine.., 11 avail manqué de courage pour suppor 1er son abandon, il n'avait eu de puissance que pour renoncer à ce qu'il regardait comme un déshonneur ; mais celte solitude et celle pauvreté qu'il avait préférées au monde et à l'opulence, quand il avait cru qu'il y allait de son hormcur de le faire, il n'avait pu les supporter.

^laintenant, toute celte âme faible et tendre r(;prenail courage devant l'amour qu'elle inspirait; non-seulement il n'éprouvait aucune répugnance à pardonner, mais il lui semblait que cette tendresse.

MÉUÉRi:VE. 107

oos lariiips. ces prières de la foinmc orgueilleuse jadis, le rchabilitaieiil à ses propres yeux, et lui rendaient le senlimeiit de sa valeur personnelle.

Tout était donc joie, bonheur et tendresse dans cette âme douce et incapable de resscnlimcnt et c'était avec vérité qu'il disait, profondément touché :

— Médérine. je t'aime et je suis heureux!...

Il serait impossible de rendre l'expression de joie enivrante qui vint illuminer la figure de celle qui n'avait cru trouver que reproches et colère, quand elle entendit ces mots si doux s'échapper des lèvres qui s'approchaient des siennes. Elle leva vers le ciel, pour le remercier d'une félicité si grande et si inespérée, ses yeux noirs et beaux que leur expression rendait sublimes. On eut dit alors qu'un rayon du céleste séjour éclairait son regard et s'y reflélail, et ce fut avec un indicible transport qu'elle pressa doucement contre son cœur celui qu'elle appuyait contre elle avec un sentiment d'amour passiormé, mêlé de respect et de crainte... Ils étaient ainsi tous deux muets, immobiles, et le prêtre qui avait tout entendu et tout compris. a])pelant les bénédictions du ciel sur ceux qu'il pouvait seul avoir aussi miraculeusement réunis, leva ses mains sur leurs têtes, rapprochées par leurs larmes, confondues par leurs prières qui s'élevaient ensemble vers Dieu, et il [trononça les paroles qui attirent son jiardon et laissent espérer dans sa mi- .séricorde infinie.

lo.s MKiiÈnnE.

lu ni iilliTiix, (IccliiiMiil, t'|i(iu\;iiil;il)l(' , s'échappa (les lôvics (lo !\l(''(I(''i iiic,

'J'oiit (''lail fini '•ui l,i Icirc |i()(ii- celui... (jui l'avait taiil aimée.

Lo marquis do I.anjac n'élail plus.

Ajjrès ce eri où liiule IVuiie de Médéiiiie avail semblé s'échap|)('r, pour suivre IViiiie (pii la quittait, elle resta glacée et s;iiis inouvemeiils : la \ic paraissait aussi absente de son corps immobile et (lér(»loré que de celui qui avail pour jamais cessé d'èlre animé du soulTIe céleste.

Kilo resla ainsi longlem|»s; puis se levant Iroide et calme, elle dit avec solemiilé, conjme prenant ces restes inanimés à témoin de sa résolution : Je vais te suivre.

Mu ce moment, renfant endormie s'éveilla, prononça quelques mots joyeux, et courut au lit où elle avait coutume de retrouver son père, et ce lut le comte de Mélanvilliers qui la retint et la prit dans ses bras. Alors, pour la première fois, Médérine parut s'apercevoir de sa présence.

11 s'approcha... lui présenta l'enfant eu disant seulement :

— C'est sa fille !

Médérine regarda l'enfant et pleura! Elle était sauvée.

— Oui... dit elle, j'ai tant de loris à expier! Je \ivrai... j'ai un enfanl.

— Et un auii, lui dit à voix basse Taneguy de Mélanvilliers en remellanl sa fille entre ses bras.

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