‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles des dimanches et des fêtesChapitre 19 sur 103 · LEÇON TIRÉE DU PROPHÈTE JOËL, II · texte numérisé non relu

LEÇON TIRÉE DU PROPHÈTE JOËL, II

Maintenant, dit le Seigneur, convertissezvous à moi de tout votre cœur' dans les jeûnes, dans les larmes et dans les gémissements. Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, el convertissez-vous au Seigneur votre Dieu, parce qu'il est bon et compatissant, patient et plein de miséricorde, et qu'il change le mal en bien. Qui sait s'il ne reviendra pas à vous pyour vous pardonner, vous combler de ses bénédictions, afin que vous puissiez présenter au Seigneur vos sacrifices et vos offrandes? Sonnez de la trompette dans Sion, ordonnez un jeûne public, convoquez l'assemblée solennelle. Réunissez le peuple, purifiez-le, assemblez les vieillards, les enfants, même ceux qui sont à la mamelle. Que l'époux sorte de sa couche et l'épouse de son lit nuptial. Que les prêtres, ministres du Seigneur, pleurant entre le vestibule et l'autel, disent: Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre

peuple, et ne laissez point tomber votre héritage dans l'opprobre sous la domination des nations. Les peuples diront-ils avec dérision : Où est leur Dieu? Le Seigneur a aimé sa terre, et il a épargné son peuple. Le Seigneur a parlé à son peuple et il lui a dit : Je vous enverrai du blé, du vin et de Thuile, et vous en serez rassassié, et je ne vous abandonnerai plus aux insultes des nations.

Les juifs, en leurs temps de pénitence ou de désolation, se couvraient d'un sac et répandaient des cendres sur leur télé. L'Église a conservé quelque chose de cette coutume, et en ce jour, qui ouvre la mortification du Carême par le jeûne et l'abstinence, elle répand aussi de la cendre sur le front de ses fidèles, en leur rappelant qu'ils sont poussière et qu'ils retourneront en poussière. Ce qui ne s'entend proprement que du corps tiré du limon de la terre, et qui doit y rentrer par la mort. Néanmoins, l'homme tout entier est atteint parla mort, puisqu'on séparant les deux parties qui le composent, elle détruit l'intégrité de son existence ou l'œuvre de Dieu dans sa création : ce qui implique la nécessité d'une réintégration future ou de la résurrection.

Considérons en outre que la poussière humaine n'est point une poussière comme une autre. Ayant été unie à une âme immortelle par la communauté de la vie pour constituer la personne humaine, elle a participé à la nature et aux qualités de cette âme , comme l'âme elle-même a communiqué à ses propriétés; car le moi, expression de la personnalité de l'homme, s'applique au corps et à ses fonctions comme à Tâme et à ses opérations. Après la séparation des deux il doit donc rester dans ce corps séparé quelque chose de l'âme, qui en fçdt une poussière sui generis, une sorte de poussière sacrée, qui a été respectée dans tous les temps et chez tous les peuples.

Il y a plus. Le corps humain a participé à la régénération de l'âme par le baptême; car c'est à travers sa substance que l'Esprit- Saint a passé avec l'eau pour purifier l'âme de la tache originelle, la délivrer du péché et lui implanter la semence de la vie divine. La chair a encore participé aux bienfaits des autres sacrements,- qui ont tous une partie matérielle justement à cause du corps, afin de pouvoir opérer par son intermédiaire sur rame qu'il enveloppe. Il a donc été arrosé des bénédictions d'en haut; il a mangé le pain du ciel, bu le sang de Jésus-Christ, et le Verbe incarné a daigné descendre en lui et y demeurer. Donc le corps a été pénétré comme Tâme des

vertus des sacrements, et comme en Jésos-Ghrist, la plénitude de la divinité a habité* corporellement en lui. H lui reste donc des vestiges de la régénération chrétienne, et pins il en aura conservé au milieu de la poussière commune où la mort Ta dissous , plus il aura de facilité à se rejoindre à son âme au grand jour de la résurrection, quand Thomme tout entier devra paraître devant le tribunal de Dieu pour la restauration complète de la justice et de la gloire divine.

Voilà pourquoi TJÊglise nous invite en ce temps de pénitence à mortifier notre corps par le jeûne , Tabstinence et la tempérance , afin que nous apprenions à combattre et à vaincre la concupiscence chamelle dont les instincts poussent les hommes aux excès, à l'impureté et à la corruption : ce qui souille et dégrade l'âme en la matérialisant, en Tanimalisant, c'e8t-à-<dire en la rendant Tesclave du corps qu'elle doit gouverner.

La cérémonie des cendres a donc pour fin de nous rappeler à la fois, que nous mourrons et que nous ressusciterons. Nous mourrons; car nous avons été formés de la poussière de la terre, où la malédiction attirée par le péché nous oblige à retourner ; mais nous ressusciterons, parce que la poussière que nous sommes, et qui est partie intégrante de l'humanité, participe à lUmmortalité de Time à laquelle elle a été unie par la vie, et dans

le chrétien à la vie même de Diea par le corps de Jésus-Christ, dont tout homme régénéré par le baptême est devenu membre.

Lorsque vous jeûnez, ne soyez point tristes comme des hypocrites ; car ils affectent de paraître avec un visage défait, pour faire voir aux hommes qu'ils jeûnent. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Mais vous, quand vous jeûnez, parfumez votre tète et lavez votre visage, afin que les hommes ne s'aperçoivent pas que vous jeûnez, et votre Père, qui voit ce qui est caché, vous le rendra. N'amassez point des trésors sur la terre où la rouille et les vers les consument, et où les voleurs les déterrent et les dérobent; mais faites vous des trésors dans le ciel, où ni la rouille ni les vers ne les rongent, où il n'y a point de voleurs qui les prennent ; car là où est notre trésor, là aussi est notre cœur.

Saint Augustin dit à ce sujet {lib. II de Serm. Domini in monte ^ cap. xir, tom. IV): ^ Il estévi-

dent que ces préceptes tendent à diriger notre intention ?ers les joies intérieures^ de peur qu'en cherchant notre récompense au dehors, nous ne deveDions semblables aux hommes du siècle, et que nous ne perdions la promesse d'un bonheur d'autant plus solide et assuré qu'il sera plus au dedans, par lequel Dieu veut nous rendre conformes à l'image de son Fils. Il faut remarquer à ce propos qu'on peut mettre de la jactance, nonseulement dans l'éclat et la pompe des choses du corps, mais aussi dans la négligence et la saleté, et qu'alors cette jactance est d'autant plus dangereuse, qu'elle trompe par l'apparence du service de Dieu. En effet, celui qui se distingue par le soin excessif de son corps et de son vêtement, ou par l'éclat de ce qui l'entoure,* est convaincu par là même d'être un amateur des pompes du siècle, et il ne trompe personne par l'image hypocrite dé sa sainteté^ Mais celui qui, faisant profession d'être chrétien, attire sur lui les regards des hommes par une affectation de malpropreté et de mauvaise tenue, quand il agit ainsi de sa volonté propre et sans nécessité, ne peut-on pas conjecturer, par le reste de sa conduite, s'il le fait par un vrai mépris d'un luxe superflu, ou par une secrète ambition. Car le Seigneur a recommandé de prendre ^arde aux loups cachés sous une peau de brebis. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits, a-t-il dit. »

174 MEÈGREDI DES CENDRES.

Après nous avoir montré dans cet évangile comment nous devons jeûner pour être agréables à Dieu et en retirer un fruit véritable, l'Église nous enseigne encore que nous devons en ce saint temps nous détacher des biens de la terre et de la gloire du monde. Les uns sont aussi périssables que l'autre, et la possession de tous les deux est toujours incertaine, pleine d'inquiétudes et en définitive ne mène à rien. Là où est votre trésor, là est aussi votre cœur. Or le trésor de la volonté est ce qu'elle aime le plus, ce qu'elle désire par-dessus tout, ce qu'elle craint le plus de perdre si elle le possède ; et le cœnr, qui est la faculté d'aimer, se pose tout entier dans l'objet de son amour, et s*y absorbe. Faisons donc un retour sur nous-mêmes et sondons notre coedr. Où est-il placé maintenant? où tend-il par son désir le plus vif, ou autrement qtfaime-t-il de préférence et que s'estimerait-il heureux de posséder? Est-ce Dieu ou une créature ? est-ce le ciel ou la terre ? serait-ce la richesse, la puissance, la gloire, la volupté? Le degré de chaque âme dans la voie du perfectionnement est déterminé par la direction et la prédominance de son désir ou de son amour; car elle devient conforme à ce qu'elle aime et le cœur se fixe dans son trésor.

BiERGREDI DES GENDRES. 175

PRATIQUE

Préparons dès ce moment notre résurrection future, d'un côté par les œuvres de pénitence qui purifient Tâme et le corps et les harmonisent; de l'autre par l'absorption fréquente du corps et du sang de Jésus-Christ, qui en se mêlant à notre être, y déposent des semences d'immortalité.

PRIÈRE

Seigneur, accordez à vos fidèles la grâce d'entrer aTee courage dans la pratique du saint jeûne du Carême, et d'en parcourir toute la carrière avec une dévotion et une persévérance que rien ne puisse troubler. Par notre Seigneur Jésus-Christ, etc.

ÉPITRE (2 aux Cor., VI, 1-10).

Nous VOUS exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce- de Dieu , car il dit : Je vous ai exaucé au temps favorable et je vous ai secouru au jour du salut. Voici maintenant le temps favorable ; voici maintenant le jour du salut. Nous tâchons de ne donner à personne aucun scandale, afin que notre ministère ne soit point blâmé; mais nous nous montrons en toutes choses comme des ministres de Dieu par une grande patience dans les tribulations, dans les nécessités, dans les angoisses, dans les violences, dans les prisons, dans les séditions , dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes, par la chasteté, par la science, parla longanimité, par la douceur, par une vraie charité dans TEsprit-Saint , par la parole de vérité , par la vertu divine, par les armes de la justice pour combattre à droite et à gauche, dans l'honneur et rignominiè, dans la mauvaise et la bonne ré-

pulation, regardés comme des séducteurs quoique sincères , comme des inconnus quoique très-connus, comme toujours près d.e mourir et vivant néanmoins ; comme châtiés, mais non jusqu'à la mort, comme tristes et toujours dans la joie , comme pauvres et en enrichissant beaucoup, conmie n'ayant rien et possédant tout.

La grâce de Dieu est comme la lumière du soleil, toujours prête à verser là où elle trouve actes. Mais comme le soleil aussi, elle a des époques où elle se donne avec plus d'abondance et d'efficacité. C'est ce qui fait la différence des saisons dans Tordre physique, et la diversité des temps dans Tordre moral et surnaturel. En certains jours il y a comme un redoublement de lumière et de chaleur dans Taction de la grâce, et la sainte Qua- Tantaine, qui représente les quarante jours passés par Jésus-Christ au désert dans le jeûne et la prière, et aussi le temps qui a précédé sa passion et sa mort, est une de ces époques les plus fructueuses. Si nous participons aux mortifications du Sauveur, comme TÊglisenous y invite en Carême, nous aurons aussi plus de part à ses mérites et aux bienfaits de sa rédemption. C'est pourquoi TApôtre nous exhorte à ne pas recevoir en vain le secours

d^en haut qui nous est accordé en ces jours salutaires.

Le reste de Tépitre semble s'appliquer surtout aux ministres de l'Évangile, et néanmoins tous les fidèles peuvent en profiler, puisque le pasteur* doit être le modèle et la règle du troupeau. Le prêtre doit éviter soigneusement de scandaliser personne, pour ne pas déconsidérer et discréditer son saint ministère, le caractère sacré et l'autorité dont il est revêtu étant toujours diminués par ses fautes ou ses faiblesses. Mais il faut que chaque chrétien prenne garde aussi de ne blesser la conscience de personne, afin de ne pas attirer le mépris ou la mauvaise volonté des hommes sur la religion qu'il professe , et dont le mal qu'il commet, ou même paraît commettre, peut affaiblir l'autorité et tenîîr l'éclat. Plus encore que la femme de César, le ministre de Dieu et le disciple de Jésus-Christ ne doivent point donner lieu au soupçon. C'est à Dieu, à sa parole, à sa sainte religion que remontent les scandales des chrétiens, et ainsi, en obscurcissant la gloire divine autant qu'il est en eux, ils risquent par leurs mauvais exemples d'entraîner des âmes à leur perte. Pesons donc chacim des mots de cette épitre, indiquant les situations diverses où le prêtre et le fidèle peuvent se trouver et comment ils doivent s'y comporter, chacun à son degré, pour honorer son ministère

ou son titre de chrétien par la pafience dans la souffrance, par 1 exercice impartial de la justice, par Tannonce courageuse de la vérité, par la ma- BÎfestation de la vertu de Dieu dans les ceuvres, et enfin par la pratique d'une charité sincère, pleine de la richesse du ciel au milieu de la pauvreté de la terre^ sans cesse tribulée, jamais abattue, toujours joyeuse dans les tristesses du monde, et possédant toutes choses, quoiqu'elle n*ait rien à elle.

Alors Jésus fut conduit par l'Esprit dans le désert, pour y être tenté par le diable. Et ayant jeûné quarante jours et quarante nuits il eut faim ensuite. Alors le tentateur s'approchent loi dit : Si v^s êtes le Fils de Dieu, dites que ces pierres deviennent du pain. Jésus lui répondit : Il est écrit, l'homme ne vit pas «eu* lement de pain , mais de toute parole qui sort delà bouche de Dieu. Le diable alors le transp(Mrtadans la ville sainte et le plaçant sur le bant du temple, il lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, jelez-vous en bas^ car il est écrit : il vous a confié k ses anges et iU vous porteront

sur leurs mains^ afin que votre pied ne heurte point contre la pierre. Jésus lui répondit : Il est aussi écrit : Vous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu . Le diable le transporta encore sur une haute montagne, et lui montrant tous les royaumes du monde et leur gloire il lui dit: Je vous donnerai toutes ces choses, si en vous prosternant vous m'adorez. Mais Jésus lui répondit : Retire-toi, Satan, car il est écrit: Vous adorerez le Seigneur votre Dieu et vous le servirez lui seul. Alors le diable le laissa, et aussitôt les anges s'approchèrent de lui , et le servirent.

Le Verbe divin, ayant assumé la nature humaine, a dû en snbir toutes les misères, sauf le péché, et c'est pourquoi il a voulu passer par la tentation, en tant qu'homme, pour nous montrer la manière de la combattre et de la vaincre. (ife5., IV, 13) Deux choses sont surtout à considérer ici : les précautions à prendre contre la tentation et la défense à lui opposer. La première précaution est de ne pas aller au-devant de la tentation, de ne point la chercher, mais d'en fuir les occasions pour ne combattre que celles qu'on ne peut éviter. C'est pourquoi il est dit que Jésus fut

Gondait par rEsprit dans le désert pour y être tenté. En second lieu, il va dans la solitude pour y attendre répreuve : ce qui nous apprend à nous retirer, autant que possible, en nous*mêmes, dans le secret de notre âme par la prière et la méditation, même quand nous sommes obligés de vivre dans le monde, afin de ne point dissiper les forces de notre volonté par les distractions et le tumulte des plaisirs ou des affaires. Le jeûne de Jésus- Christ pendant quarante jours nous indique la troisième précaution , qui consiste à soumettre et à dominer la chair et ses appétits par le régime sévère de la mortification , qui produit le double effet d'affaiblir la tentation et de nous fortifier contre elle. Vient ensuite la tentation elle-même, qui est triple , d'après la parole de saint Jean (1 Jean, II, 16), suivant qu'elle excite la concupiscence de la chair, celle des yeux ou l'orgueil de la vie. La tentation de la sensualité est la plus grossière et la plus commune; elle cherche à nous entraîner au mal par les besoins de la vie du corps et lattrait du plaisir attaché à leur satisfaction. Jésus la repousse en lui opposant la vie de l'esprit, la principale daûs l'homme, et qui, den\andant nne autre nourriture, procure aussi des jouissances supérieures. La deuxième tentation est celle de l'orgueil, et le plus subtil, le plus mauvais est celoi qni naît au sein même de la vertu qui s'exalte et

de la piété qui se fie en ses mérites. Le démon propose à Jésus d'exposer sa vie^ dans la confiance que Dieu la sauvera par un miracle. C'est la fausse voie des choses extraordinaires, merveilleuses, particulières, où l'orgueil entrame parfois des âmes pieuses, qui se croyait très-avancées dans la perfection, s'aventurent imprudemment pour elles ou pour d'autres, dans l'espoir d'un secours spécial. Mais Dieu nous a promis des grâces et nos des miracles, et c'est le tenter que de nous jeter volontairement et inconsidérément dans le péril, sous le prétexte qu'il doit nous en retirer. Le dé^ mon tente Jésus en troisième lieu par la cupidité ou la concupiscence des yeux. C'est la puissance et la richesse de la terre excitant la convoitise du eœur, et l'éblouissant, le fiascinant par leurs ma-gnificences, en sorte qu'il se détourne de Dieu et de sa loi pour satisfaire h tout prix son ambition,, son avarice ou sa prodigalité. Là ou est votre tré^ sor, là est votre cœur, et comme le charnel se fait UB dieu de son ventre, l'ambitieux ou l'avare devient idolâtre du poiivoir ou ^e l'or. Dieu seul est adorable, répond Jésus-Christ, et on ne doit servir que lui. Les trois réponses du Sauveur au tentateur, toutes tirées de la parole divine, nous montrent qu'elle est l'arme la plus excellente pour combattre les tentations. Cest }e glaive spirituel dont parle saint Paul, et qui est la pièce prineipalft

de Tanniire des chrétiens pour repousser les attaques de rennemi. (Eph.^ VI, 17.)

PRATIQUE

Prenons garâe à deux choses également importantes : 1® à ne pas manquer les moments de la grâce , qui arrive et disparaît quand on y pense le moins ; 20 à ne pas abuser des grâces par notre négligence^ notre imprudence, ou notre présomption : ce qui nous expose sans défense ou sans force aux tentations.

FRIÈEIE.

0 Dieu, qui purifiez votre Église par ce saint temps de Carême , qu'elle obserre religieusement chaque année, faites que vos enfants s'efforcent d'obtenir * par leurs bonnes œuvres les grâces nombreuses qu'ils vous demandent. Par no\re Seigneur* Jésus- Cbrist, etc*

ÉPITRE (1 aux Thess., IV,'t-7).

Mes frères, nous vous prions et vous conjurons par le Seigneur Jésus, afin que, ayant appris de nous comment vous devez marcher dans la voie de Dieu pour lui plaire, vous y marchiez en effet de telle sorte que vous y avanciez de plus en plus. Vous savez quels préceptes je vous ai donnés de la part du Seigneur. Car la volonté de Dieu est que vous vous sanctifiiez, que vous vous absteniez de la fornication , que chacun de vous sache posséder le vase de son corps saintement et avec honneur, et non point dans la passion de la concupiscence, comme les gentils qui ne connaissent pas Dieu. Que personne ne fasse violence à son frère, ni ne le trompe en affaires, parce que le Seigneur est le vengeur de toutes ces choses, comme nous vous l'avons déjà dit. Car Dieu ne nous a point appelés à l'impureté mais à la s.anctification.

La volonté de Dieu est que nous nous sanctifiions, que nous devenions des saints. Or la sainteté n'appartient qu*à Dieu y qui est trois fois saint dans son adorable Trinité, sanclTiS, sanctus, sanctus Deus Sabaoth, Le Père est saint, le Fils est saint , FEsprit est saint , c'est-à-dire qu'en Dieu seul est le Bien souverain, sans mélange de ce qui n'est pas lui et par conséquent absolument pur. La créature ne peut donc devenir sainte que par son union avec Celui qui est la sainteté même, et plus elle lui est unie et conforme, plus elle est sanctifiée, en sorte qu'elle n'est tout à fait sainte qne quand ce n'est plus elle qui vit, mais Dieu en elle, c Je ne vis plus, moi, dit saint Paul, mais Jésus-Christ en moi. » {GaL^ II, 29.) Or cela arrive dans l'homme, quand, recevant avec foi la parole de Dieu, il s'efforce de la réaliser pleinement dans sa vie, soit par sa pensée et ses discours qu'il tâche d'identifier avec la vérité, soit par ses actes et toute sa conduite dont il fait, les instruments de la justice et du bien. Il n'agit plus alors par son esprit ni par sa volonté propres, mais l'esprit et la volonté de Dieu opèrent en lui; et alors il n'est plus entraîné par la concupiscence du corps ou la passion du désir charnel, comme dit l'Apôtre, c'est-à-dire qu'il gouverne son corps par sa raison et n'est plus esclave des appétits grossiers : ce qui est le commencement de la sanctification par la tempérance et

ht pureté. Puis inspiré par la jusdce, devant laquelle tous les hommes sont égaux, il rendra à chacun ce qui lui appartient «ans se préférer k personne par Tamour partial de soi-même, ne voulant nuire au prochain ni par violence ni par ruse, ne lui foisant pas ce qu'il ne veut pas qu'on lui fasse, ce qui est le premier degré de Téquité : puis faisant pour les autres ce qu'il voudrait qu'on fit pour lui, deuxième degré de la justice ; et enfin s'il veut s'élever de la justice à la charité , que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre avec la nature divine dont elle est la perfection, aimant le prochain comme soi d'abord, plus que soi misuite, de l'amour même dont Jésus-Christ nous a aimés jusqu'à donner la vie pour nous. Or il nous a dit : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Matth., V, 43.) Et ailleurs : c Celui-là aime bien qui donne sa vie pour ce qu'il aime. » (Jean, XV, 13.) Et encore : « Comme j'ai donné ma vie pour vous, ainsi devez-vous donner votre vie les uns pour les autres. » Là est le comble de la sainteté dsins la créature, puisqu'elle efface entièrement sa personnalité pour ne plus laisser agir en elle et par elle que l'esprit divin , et se conformer pleinement à l'Honmie-Dieu dans la vie et la mort du sacrifice. C'est pourquoi la vertu essentielle des saints, ou ce qui caractérise, suivant la parole de Notre-Seigneur, ses vrais disciples,

c'est le renoncement an inonde et à soi-même, en prenant sa croix et la portant tous les jours avec joie à la suite du di?in Maître. (Luc.» IX, 23.)

Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean^ son frère, et les conduisit à l'écart sur une haute niontagne. Et il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme là neige. En même temps Moïse et Ëlie leur apparurent, s*entretenant avec lui. Alors Pierre dit à Jésus : Seigneur, nous sommes bien ici , si vous le voulez, faisons-y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, une pour Élie<. n parlait encore lorsqu*une nuée lumineuse les couvrit, et il en sortit une voix qui dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute ma complaisance, écoutez-le. Les disciples, entendant ces paroles, tombèrent la face contre terre et furent saisis d'une grande crainte. Mais Jésus s'approcha, les toucha et leur dit : Levez* vous et ne craignez point. Alors, levant les yeux, i's ne virent plus que Jésus et, pendant

qu'ils descendaient de la montagne , il leur . recommanda de ne parler à personne de ce qu'ils avaient vu, jusqu'à ce que le Fils de l'Homme fût resi^scité d'entre les morts.

Comme le Seigneur a voulu par une vue de la majesté et de la splendeur du Fils de Dieu en sa personne fortifier la foi de ses principaux disciples, et exciter, soutenir leur courage par leur espérance, quand viendrait le temps de ses humiliations et de ses douleurs; ainsi TÉglise dans la même intention nous donne au commencement du Carême le spectacle de la transfiguration du Sauveur, nous suggérant la pensée des avantages que nous en retirerons à notre tour, si nous participons aussi à ses souffrances par les œuvres de pénitence de la sainte Quarantaine. Elle nous fait entrevoir par la transfiguration de Jésus sur le Thabor la gloire de la résurrection qui dissipera les ténèbres de la mort et brisera les liens du tombeau.

La transfiguration du Sauveur sur la montagne fut une manifestation momentanée de sa divinité à travers la forme de l'humanité , qu'il a daigné revêtir. La lumière étemelle , dont il retenait le rayonnement depuis qu'il était descendu en ce monde, éclata tout d'un coup , illuminant son vi-

s{^ et ses vêtements^ et Tentonrant d'une nuée brillante. Il apparaît un instant comme le roi de gI(Hre aux yeux éblouis de ses apôtres pour animer leur foi, et les prémunir contre le scandale de sa passion et de sa mort. H voulait leur donner une image, et par eux à tous les peuples^ de la splendeur suprême à laquelle ils sont appelés. La vision éclatante du Thabor n'est que pour préparer et affermir la foi au sacrifice ignominieux du Golgotha. Quelle différence entre ces deux états du Sauveur! Ici environné de majesté et de splendeur, là dépouillé, défiguré, foulé aux pieds comme imyer de terre ; proclamé par une voix du ciel le Fils bien-aimé du Père d'un côté; de l'autre, demandant avec un cri de douleur pourquoi son Père ^abandonn^ ; aujourd'hui recevant les hommage^ des représentants de la loi et de la prophétie ; sur la eroix, exposé entre deux larrons à la risée et aux outrages de la multitude, et ses apôtres qui veulent rester avec lui sur le Thabor, à cause de sa gloire, l'abandonneront lâchement tout à l'heure dans son abaissement. Celui qui lui a montré le plus d'enthousiasme le reniera par trois fois. Et cependant il nous faut passer par le Calvaire pour arriver au Thabor ; nul ne sera transfiguré avec Jésus, s'il ne souffre avec lui, et la participation à sa passion est la condition du partage de sa gloire. La voix qui sort de la nuée déclare deux choses,

à savoir : que Jésus est le Fils bkii-aimé de Dieu, et que nous devons l'écouter. Sa parole est la plénitude de la loi ; [elle est Tannonce de TéterneUe vérité, la bonne nouvelle ou l'Évangile du salut. Elle se fait entendre par renseignement de TÉglise, qui en est le dépositaire et l'interprète, par la prédication de ses ministres, par les bonnes pensées qui nous viennent d'en haut, et enfin par le langage des événements et la force des dioses. Partout et sous toutes les formes Jésus -Christ parle au cœur de son disciple, qui doit l'écouter avec piété, avec respect, avec amour, comme le Fils bienaimé du Père , dans lequel il a mis toute sa comjdaisance. Alors Jésus lui dira comme à ses apôtres : Ne craignez point, car j'ai vaincu le monde. Vous êtes avec Celui qui peut seul vous protéger dans tous les dangers de l'âme et du corps, et la crainte de déplaire à Dieu, qui est le complément de la sagesse et de l'amour, vous préservera de toute autre crainte.

PRATIQUE

Si nous aimons sincèreioent Jésas-<^hrist, nous devons le suivre avec persévérance dans tous ses états, au Calvaire comme au Thabor^ dans son ignominie comme dans sa gloire, dans ses souffrances et dans sa félicité. La piété, qui fuit la mortification et la douleur de la contrition ou du brisement du coeur

par le repentir, ne cherchant que les consolatioDs et les douceurs, s'apprête de cruels mécomptes et ne persistera pas.

PRIÈRE

Mon Dieu, préselrvez-moi du malheur de suivre Tezemple des païens et des mondains qui n'ont d'autre règle que leurs passions dont ils d^t les esclaves, et accordez-moi la grâce d'honorer le nom de^chrétien par la pureté du corps et de l'esprit et par la pratique des bonnes osuvres.

;éPITRE (aux Éphés., V, 1-9).

Soyez les imitateurs de Dieu, comme ses enfanis bien-aimés, et marchez dans l'amour, à l'exemple de Jésus-Christ qui nous a aimés et s'est livré pour nous à Dieu en oblation et en hostie d'agréable odeur. Qu'on n'entende pas même nommer parmi vous la fornication, l'impureté ni l'avarice, comme il convient à des saints. Qu'on n'y entende point de parole deshonnête, ni de sottise, ni de bouffonnerie , ce qui ne convient point à votre état, mais plutôt des actions de grâces. Car sachez que nul fornicateur, nul impudique, nul avare , qui est aussi un idolâtre, ne sera héritier du royaume de Jésus-Christ et de Dieu. Que personne ne vous séduise par de vains discours ; car c'est là ce qui attire la colère de Dieu sur les enfants de la rébellion. N'ayez donc rien de commun avec eux. Car vous étiez autrefois ténèbres^ mais maintenant vaus êtes lumière dans le Sei-

gneur. Marchez comme desenrants de lumière. Or le fruit de la lumière est dans la bonté, la justice et la vérité.

Par ces paroles TApôtre nous appelle à l'imitation de Jésus-Christ, et il nous élève tout de suite k ce qu'il y a de plus haut, la pratique delà charité, qui n'est parfaite que si l'amour du prochain va jusqu'à nous sacrifier pour lui , comme le Fils de l'Homme s'est fait victime pour nous. H ne s'agit donc plus ici seulement d'aimer son prochain comme soi-même, mais plus que soi, puisqu'on se dévoue pour lui. Mais pour y arriver il faut d'abord être affranchi des passions les plus grossières qui sortent de la concupiscence de la chair et attachent aux choses sensibles. L'Apôtre veut qu'elles ne soient plus même nommées parmi nous. Puis, l'impureté sous toutes les formes étant évitée dans les actions, ne plus se laisser aller aux désordres des discours. Point de paroles licencieuses, folles ou bouffonnes; point de cette grosse gaieté , qui émane de la sensualité et tend à satisfaire la Batnre inférieure par les éclats de son intempérance, comme il arrive souvent dans les festins du monde : ce qui convient si peu à la dignité chrétienne. Toutes ces choses ne sont point de l'esprit de JésQs-Ghrist, et n'ont rien à faire avec son

royaume. Enfin, comme la fm efit k pdncipe de la charité , ne pas la laisser ébranler en nous par de vaines conversations , qui jettent le doute danfi l'esprit et la défiance dans le cœur. Fuyons les enfants de la séparation et de la révolte, objets de la colère divine. Demeuronsfidèlementdans la lumière du ciel, c'est-à-dire attachés à la parole de Dieu, qui a dissipé les ténèbres de notre entendement , et montrons par les fruits de la lumière de nos œuvres, par la pureté de nos sentiments, k justice de nos actions et la vérité de nos discours, que nous avons passé des ténèbres k la lumière, et que la lumière est vivante et féconde en nous. Ecs fructibus eerum cognoscetis eos. Vous les reconnaîtrez par leurs fruits. (Matth., VII, 20.) ^

Un jour Jésus (chassa un démon qui était muet, et quand il eut chassé le démon, le muet parla et le peuple fut dans Tadmiration. Mais quelques-uns d'entre eux dirent : c'est par Béelzebuth, prince des démons, qu'il chasse les démons. Et d'autres, pour le tenter, lui demandaient un prodige dans le ciel. Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume

TROISIÈUE DIMANCHB DE CÂRÉM£. 195

divisé epntre lui-même sera détruit, et la mdson tombera sur la maison. Si donc Satan est divisé contre lui-même, comment son règne subsistera-t-ily puisque tous dites que je chasse lés démcms par fiéelzebuth î Or, si je chasse les démons par Béelzebuth, par qui vos enfants les cbissent-ils? C'est pourquoi ils seront euxmêmes vos juges. Mais si je chasse les démons par le doigt de Dieu , c'est que le règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous. Quand l'homme fort et bien armé garde la porte de sa maison, tout ce qu'il possède est en sûreté. Mais si un plus fort survient et le défait , il lui enlèvera toutes les armes dans lesquelles il se confiait, et il distribuera ses dépouilles. Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui ne recueille pas avec moi dissipe. Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il s'en va à travers des lieux arides, cherchant le repos, et n'en trouvant pas, il dit : Je retournerai dans la maison d'où je suis sorti. Et y revenant il la trouve nettoyée et ornée. Alors il va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants, et entrant dans cette maison ils y demeurent. Et le dernier

état de cet homme devient pire que le premier. Or il arriva que, pendant qu'il disait Ces choses, une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : Heureuses les entrailles qui vous ont porté et les mamelles que vous avez sucées 1 Mais Jésus dit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l'observent !

< Selon saint Matthieu, ce démoniaque, dit le vénérable Bède {lib. /F, cap, xxvui , in cap. XI ^ Luc.)^ était non-seulement muet, mais aveugle, et guéri par notre Seigneur Jésus-Christ il parla et vit. Donc trois miracles ont été opérés à la fois dans le même homme : l'aveugle voit, le muet parle et le possédé est délivré du démon. C'est ce qui arrive tous les jours moralement dans la conversion de ceux qui croient. Le démon étant chassé de leur âme, ils voient la lumière de la foi, et alors leur langue est déliée et leur bouche s'ouvre pour chanter les louanges de Dieu. Quelques-uns de s'écrier : C'est au nom de Béelzebuth qu'il chasse le démon! Ce n'est point le .peuple qui parle ainsi, mais des pharisiens et des scribes envieux et calomniateurs, comme les autres évangélistes l'attestent. Le peuple, qui semblait moins instruit, admirait toujours ce que faisait le Seî-

gneur. Les autres , au contraire , étaient toujours prêts à nier ou à interpréter en mauvaise part ce qa'ils ne pouvaient nier, coiïune si ces œuvres eussent été celles de Tesprit du mal et non de la puissance divine. D'autres pour le tenter lui demandaient un miracle dans l'air, conmie de faire descendre le feu du «ciel à la manière d*Élie, ou de faire retentir le tonnerre , briller la foudre ou t(Hnber la pluie au milieu d'un temps serein, comme s'ils ne pouvaient pas aussi expliquer ces phénomènes à leur façon, et les attribuer à des accidents de Tatmosphère. 0 vous qui accusez de fausseté ce que vous voyez de vos yeux, ce que vous palpez avec la main, que feriez-vous donc des choses qui viendraient du ciel? Vous diriez certainement aussi que les mages d'Egypte ont opéré beaucoup de miracles de cette sorte. »

Ne dirait-on pas que ce passage du vénérable Bède a été écrit de nos jours et pour les savants détracteurs de l'Évangile et de ses miracles? Combien de ces esprits forts, conmie on disait autrefois, ou de ces libres penseurs, comme on dit aujourd'hui, affirment qu'ils croiraient s'ils voyaient un miracle, auquel ils ne croiraient point en effet s'il frappait leur regard, cherchant aussitôt dans leur mauvaise volonté à l'expliquer dé tout autre manière , justement pour n'y plus trouver rien de miraculeux. Us ont horreur du suma-

tarel qui confond lenr orgu^l et déconcerte lenr science, et ils sont bien résolus à le nier partout où il se manifeste. Car il éclate encore aujourd'hui de toutes parts , et il se fait beaucoup de miracles dans Tordre physique et dans Tordre moral. Ltt guérisons merveilleuses ne manquent pas de nos jours, surtout dans les sanctuaires de la sainte Vierge, et très-souvent, touchées par la grâce divine qu'attirent une foi vive et de ferventes prières, des âmes aveugles, sourdes, et muettes, voient la lumière de Dieu, entendent sa parole, et se mettent à la parler. Des hommes, liés par Satan dans leur esprit et dans leur coips, sont délivrés soudainement de leurs afflictions physiques ou mo* raies par un acte extraordinaire de la puissance d'en haut, excitée par l'intercession de la mère de Jésus-Christ ou des saints. Et les naturalistes, les matérialistes, les panthéistes ou les rationalistes de nos jours de nier aussi ces faits merveHleux, qui dérangent leurs systèmes, parce qu'ils supposent utt pouvoir surnaturel auquel il faudrait obéir, oTi, s'ils sont trop évidents, trop bien constatés pour être niés, ils les attribuent aussi à Béelzebuth, qui s'appelle aujonrd'hui le magnétisme, le somnambulisme , Thymnotisme, le spiritisme, les tables tournantes, ou autres choses de cette espèce.

PRATIQUE

Puisque nous avons le bonheur d'ètré chrétiens, non-seulement de nom mais avec foi, prenons la ferme résolution de vivre désormais chrétiennement an milieu du monde, évitant soigneusement Pimpureté dans nos actions et dans nos paroles, et ne cherchant phis à amuser les autres par les niaiseries et Idsboufbnneries, que le monde appelle de Tesprit, et qui ne sont que de la futilité. Tâchons d'acquérir le noble sérieux de la dignité chrétienne.

JPRIÈRE.

0 mon divin Jésus, vous qui m'avez affranchi de l'esclavage du démon, aidez-moi, je vous en supplie, à découvrir ses artifices, à braver la mauvaise honte qui m'empâcherait de confesser ma foi, et k rendre hommage à votre puissance, afin que mon âme voie chaque jour votre lumière plus clairement, entende mieux votre parole, et annonce plus courageusement votre sainte vérité.

ÊPITRE (auxGalates, IV, 22-41).

Il est écrit qu'Abraham eut deux fils, Tun de la servante, l'autre de la femme libre. Mais celui qui naquit de la servante est né selon la chair, et celui qui naquit de la femme libre est né en vertu de la promesse; Ce qui est dit d'une manière allégorique ; car ces deux femmes sont les deux alliances, dont la première établie sur le mont Sina, et qui n'engendre que pour la servitude, est figurée par Agar. Sina est en efifet une montagne d'Arabie, qui représente la Jérusalem d'ici-bas, laquelle est esclave avec ses enfants, tandis que la Jérusalem d'en haut est libre, et c'est jelle qui est notre mère, car il est écrit : « Réjouissez- vous, stérile, qui n'enfantez pas ; éclatez en cris de joie, vous qui ne devenez point mère', parce que celle qui était délaissée a plus d'enfants que celle qui a un mari. » Nous sommes donc, mes Frères, les enfants de la promesse figurés par Isaac.^ais

comme alors celui qui éfait né selon la chair persécutait celui qui était né selon l'esprit, de même encore aujourd'hui. Or que dit TÉcrilure : « Chassez la servante et son fils ; car le fils de la servante ne sera point héritier avec le fils de la femme libre. > Mes Frères, nous ne sommes point les enfants de la servante, mais ceux de la femme libre , et c'est Jésus-Christ qui nous a procuré cette liberté.

Les paroles de TApôtre s'appliquent encore aux hommes de nos jours, même parmi les chrétiens. Car comme les Galates, auxquels il écrivait, étaient portés à judaîser, c'est-à-dire à rentrer dans la servitude de la loi, ainsi aujourd'hui les chrétiens qui ont perdu la loi en Jésus -Christ, ou qui ne vivent plus dans son esprit, en arrivent à moins que les Galates, non plus à la servitude de la loi ancienne, mais à celle du corps et de ses passions. Alors l'homme naturel, qui avait été régénéré par le bapiême, perd les fruits de sa renaissance spirituelle, et retombe par le péché dans la dégénérescence primitive. Son état devient pire que celui du jnif, puisqu'il a rendu inutile par sa faute le bien- Wt divin, et est retourné à l'esclavage après avoir été affranchi par Jésus-Christ. Les deux filiations

continuent donc da^s le inonde à travers les siècles, celle de la chair et celle de Tesprit : les hommes qui vivent sous la loi du corps et dont l'âme est esclave de la concupiscence qui règne dans les membres, et ceux qui vivent de la foi en Jésus- Christ, dans sa justice et sa charité, en sorte que leur corps, discipliné et mortifié par l'esprit, on devient l'instrument docile et bien ordonné. Et encore aujourd'hui ces deux classes d'hommes somt dans une hostilité continuelle, comme le fils d'Agar avec celui de Sara, comme Ésaû et Jacob, comme la Jérusalem terrestre avec la Jérusalem céleste, comme la terre avec le ciel. C'est depuis le péché l'incessante collision de la chair avec l'esprit, on de l'esprit du monde avec l'esprit de Dieu. Maintenant comme toujours l'esprit du monde persécute l'esprit de Dieu partout où il le rencontre, employant tous les moyens pour le chasser des âmes, des familles et des sociétés chrétiennes , et les ramener à la nature corrompue par le péché et au paganisme, ou à l'idolâtrie de soi-même et du monde. A -quelle classe appartenons-nous par l'état de notre cœur, par la tendance de notre volonté, quoique nous soyions chrétiens par le baptême? C'est demander quel esprit nous anime, et où est notre désir. Qu'aimons-nous, que recherchons-nous de préférence? Est-ce la liberté de notre âme par Jésus-Christ, et en sÛYaat fidèle-

ment 9a doctrine et ses exemples, quoi qu*il nous ea coûte, et au prix du combat contre )a chair par* le renoncement à soi, voie unique pour arriver à la Jérusalem céleste? Est-ce, au contraire, la chair avec ses joies, le monde avec ses pompes et ses œuvres, qui nous mettent en opposition avec Jésus-Chrkt et son Église , c'est-k-dire avec le règne de Dieu sur la terre ? Là est la question de notre présent et de notre avenir, et c'est à notre conscience de la résoudre.

Jésus s'en alla ensuite au delà de la mer de Galilée, qui est la mer de Tibériade ; et une grande multitude le suivait, parce qu'elle voyait les miracles qu'il faisait sur les malades. Alors Jésus monta sur une montagne, où il s'assit aTec ses disciples. Or, le jour de Pâques, qui est la fête du peuple, était proche. Jésus ayant levé les yeux^ et voyant qu'une immense multitude venait à lui, dit à Philippe : « Où achèterons-nous du pain pour donner à manger à tout ce monde? > Il disait cela pour l'éprouver, car Q savait bien ce qu'il ferait. Philippe lui répondit : ^ Deux cents deniers ne suffiraient

pas pour donner un peu de pain à chacun. » Un de ses disciples, André frère de Simon-Pierre, lui dit : < Ily a ici un enfant qui a cinq pains d'orge et deux poissons; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde? » Jésus dit : « Faitesles asseoir. » Or il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu, et environ cinq mille hommes s'y assirent. Alors Jésus prit les pains, et, après qu'il eut rendu grâces, il les distribua à ceux qui étaient assis, et il leur donna de même du poisson, autant qu'ils en voulaient. Après qu'ils furent rasssasiés, il dit à ses disciples : « Ramassez les morceaux qui restent afln que • rien ne se perde. » Ils les ramassèrent et remplirent douze corbeilles des restes des cinq pains d'orge, après que tous en eurent niangé. Ces hommes donc , ayant vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : C'est là vraiment le prophète qui doit venir dans le monde. Mais Jésus, ayant su qu'ils voulaient l'enlever pour le faire roi, s'enfuit de nouveau sur la montagne tout seul.

Saint Augustin dit en expliquant ce passage : « Le gouvernement de Tunivers ei^un nurade

pins grand que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains. Et cependant personne ne s'étonne du premier^ tandis qu'on est dans l*admira^ tioD du second, non parce qu'il est plus merveiK lem, mais parce qu'il est plus rare. Car, qui donne an monde entier sa nourriture, si ce n'est Celui qui fait sortir les moissons de quelques semences? Jésus a donc agi ici à la manière de Dieu ; il multiplie les cinq pains dans ses mains par la même puissance qui produit les moissons avec quelques grains. Or, cette puissance est dans la main du Christ; car les cinq pains sont comme cinq semences, non confiées à la terre mais multipliées immédiatement par Celui qui a fait la terre. » (S.August.y tract. 24 in Joan.)

On peut aussi voir dans ce miracle tme préfiguration et comme une préparation du miracle plus grand encore par lequel Jésus a voulu nourrir ses disciples du pain du ciel, en leur donnant son corps à manger et son sang h boire : miracle qui est le complément de tous les autres, puisque le bnt de la mission du Sauveur étant de rendre à l'homme la vie divine perdue par sa faute, et la vie se réparant par la nourriture, c'est par l'aliment divin qu'il a restauré et comme recréé l'humanité régénérée; en la faisant participer de nouveau par l'eucharistie à la vie divine. Il y a même des circonstances semblables dans l'accomplissement des

deu:^ miraclos, Jésus commence des deux côtés par rendre grâces et par bénir le pain ; puis il le multiplie de part et d'autre par sa puissance, partageant le pain matériel au peuple dans le désert et le pain céJeste dans le Cénacle à ses apôtres, auxquels il transmet le pouvoir de multiplier le pain du ciel, qui est son corps, d'une manière indéfinie poui- la nourriture et la vivification des âmes. En vérité, je \ uus le dis, celui qui mange ma chair et boit moD sang a la vie en lui. (Jean, YI, 55.} Des deux eûtes aussi se produit un effet analogue* La foi du peuple en Jésus-Christ est excitée par le miracle dont il vient d'être le témoin; ils le recoanaissent pour le prophète qui doit venir dans le monde, et ils veulent l'enlever pour le faire roi. D'autre part, la sainte eucharislie est la source la plus vive de la foi au Fils de Dieuj au Verbe incarné, au Dieu fait homme, et râme^ qui s'en nourrit souvent, adore Jésus comine son Dieu, et le proclame le roi du ciel et de la terre. Le miracle de Cana, le premier que Jésas ail opéré, était déjà un symbole frappant du miracle eacharistique, duquel même il s'approchait davantage; car là aussi il y a eu transsubsianiiaiion, ou changement de la substance de reau en celle du vin, comme dans Teucharistie la substance du vin est changée en celle dû saijjf du Christ, tandis qu'au désert la substance

du pain n'a pas été changée, mais seulement mnhipliée.

Soyons des hommes libres, de celte liherté du ciel qoe le Rédempteur nous a acquise par son sang et qui nous a été rendue an baptême, pour combattre et détruire en nous et hors de nous l'ignoble tyrannie ^ la chair et le joug de Satan. Pour cela mangeoos le pain des forts qui ravivera notre foi et fortifiera notre vertu.

PRIÈRE

En vous remerciant de la grâce que vous m'avez fidte de naître dans votre Église, ô mon divin Sauveur, je vous prie d'y ajouter celle de me rendre semblable à vous par le jeûne, psa* la prière, par la patience dans les persécutions et les adversités, aân qae je mérite de recevoir un jour dans la Jérusalem céleste la récompense promise à ceux qui se conforment à votre esprit et marchent sur vos traces.

ÊPITRE (aux Hébreux, IX, 11-15)

Jésus-Christ , le Ponlife du siècle futur, étant venu dans le monde, est entré une seule fois dans le sanctuaire par un tabernacle plus grand et plus parfait, qui n'a point été fait de main d'homme, c'est-à-dire qui n'a point été formé parla voie ordinaire ; et il y est entré non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle. Car si le sang des boucs et des taureaux, et l'aspersion de Teau mêlée à la cendre d'une génisse sanctifient ceux qui ont été souillés et purifient leur chair, combien plus le sang de Jésus-Christ, qui par le Saint- Esprit s'est ofl'ert lui-même à Dieu comme une victime sans tache, *purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes, pour nous rendre capables de servir le Dieu vivant. C'est pourquoi il est le médiateur du testament nouveau, afin que par la mort qu'il a soufferte pour ra-

cheter les prévarications commises sous le premier Testament, ceux qui sont appelés reçoivent l'héritage éternel, dont la promesse leur a été faite.

En ce jour, appelé le dimanche de la Passion , parce que l'Église se prépare plus spécialement à célébrer l'anniversaire de la mort du Sauveur, et c'est pourquoi elle s'enveloppe de tous les signes du deuil et voile les crucifix, les statues et les tableaux, elle nous donne à lire ces paroles de saint Paal, qui nous disent en substance la cause principale et Tefficacité du sacrifice de la croix. Le sacrifice ne peut s'opérer que par l'immolation d'une victime, et ses effets sont toujours en raison de là pureté et de la dignité de la victime. Le sang versé dans le sacrifice purifie en proportion de la vie offerte en expiation du péché. C'est pourquoi les sacrifices de la loi ancienne étaient impuissants à effacer le péché de l'homme et à laver la conscience souillée par une volonté pervertie , et par conséquent ils n'étaient que des préparations et des symboles du sacrifice véritable, qui pouvait seul expier l'iniquité des honmies par une immolation humaine, c'est-à-dire par l'oblation de la volonté ' s'immolant elle-même librement ou restituant par l'effusion de son sang toute sa vie à Dieu. C'est ce

210 DmANCHE DE LA PASSION.

qui s'est aocompU s^ la croix par le transpercement du Dieu fait homme , et la divinité ne s'était unie à l'humanité «n la personne adorable de Jésus-Christ qu'à cette fin. Jésus est donc entré avec son propre sang, et non plus avec celui des animaux comme le grand prêtre de 'l'ancienne alliance, dans le tabernacle qui n'est point fait de main d'homme, dans ce vrai saint des saints, c'est-^-dire dans le ciel même, où il est monté au sortir du tombeau par sa propre vertu, emportant avec lui l'huminité purifiée, régénérée, transfigurée et r^onciliée par lui avec son Pire , puisqu'elle va siéger en lui à la droite du Père dans l'éternité. G'est de là qu'il nous appelle maintenant, attirant tout en haut comme il est écrit (Jean, XII, 34), par la vertu de la croix, qui est la porte imique du saint des saints^^ en sorte que nous ne pouvons entrer dans le royaume des cieux, qu'il nous a rouvert par le prix de son sang et em brisant le joug de la mort par sa mort, que si nous suivons ses traces sur le chemin de la croix, et renouvelons, autant qu'il dépend de nous, son sacrifice par notre participation aux douleurs de sa passion, achevant, comme dit saint Paul, en ce qui nous concerne ce qui manque encore aux souJEfrances du Rédempteur/ (Cto/cws., I, 24.)

ÉVINGILB SELON SAINT JBIN, VIII, 46-69.

Jésus disait au peuple : Qui de vous me convaincra de péché? Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas? Celui qui est de Dieu écoute la parole de Dieu. C'est pourquoi vous ne l'écoutez pas, parce que vous n'êtes pas de Dieu. Les juifs lui répondirent donc : N'avons -nous pas raison de dire que vous êtes un Samaritain, un possédé du démon? Je ne suis point possédé du démon, reprit Jésus, mais j'honore mon Père, et vous, vous me déshonorez. Pour moi, je ne cherche point ma gloire ; un autre la cherchera et fera justice. En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu'un garde ma parole, il ne verra point la mort pour toujours* Les juifs lui dirent donc : Nous connaissons bien maintenant que vous êtes possédé du démon. Abraham est mort et les prophètes aussi, et vous dites : Celui qui gardera ma parole ne mourra jamais. Êtes-vous plus grand que notre père Abraham qui est mort, que les prophètes qui sont morts? Qui prétendez-vous ^? Jésus leur répondit : Si je me g^rifie

212 DIMANCHE DE lA PASSION.

moi-même, ma gloire n'est rien; c'est mon Père qui me glorifie, lui que vous dites être votre Dieu. Et cependant vous ne l'avez point connu; mais pour moi, je le connais, et si je disais que je ne le connais pas, je serais un menteur comme vous. Mais je le connais et je garde sa parole. Abraham votre père a désiré avec ardeur de voir mon jour ; il Ta vu et il s'en est réjoui. Les juifs lui dirent : Vous n'avez pas encore cinquante ans, et vous avez vu Abraham ! Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis avant qu'Abraham fût. A ces mots, ils prirent des pierres pour les lui jeter. Mais Jésus se cacha et sortit du temple.

« Mes très chers frères, dit le pape Grégoire, dans son homélie 18, considérez la mansuétude de Dieu qui, étant venu, 'pour remettre les péchés, disait : Qui de vous me convaincra de péché? Il ne dédaigne point de montrer par des raisonne* ments qu'il n'est point un pécheur, lui qui pourrait justifier les pécheurs par sa puissance divine. Mais ce qu'il ajoute est terrible : Celui qui est de Dieu] entend les paroles de Dieu. C'est pourquoi vous ne les entendez pas, parce que vous a'êles point de Dieu. Si donc celui-là entend les paroles

de Dien, qui est de Diea, et si celui qui n'en est pas ne peut les entendre y que chacun rentre en soi pour voir s'il perçoit les paroles de Dieu par Toreille de son cœur, et alors il comprendra d'où il est. La vérité commande d'aspirer à la patrie céleste, de dominer les désirs de la chair, de fuir la gloire du monde, de ne point convoiter le bien d autrui et de donner le sien volontiers. Que chaenn examine donc en lui-même si cette voix divine a prévalu dans son cœur, et il reconnaîtra s'il est de Dieu. Car il y en a quelques-uns qui ne. daignent pas même entendre les commandements *de Dieu par l'oreille du corps. Plusieurs les ent^dent matériellement, mais ne les embrassent point avec le désir du cœur. D'autres reçoivent volontiers les paroles divines, an point même qu'ils en sont touchés jusqu'aux larmes, mais après le temps des larmes ils retournent à l'iniquité. Ceuxlà, à coup sûr, ne reçoivent point la parole de Dieu, qui négligent de la mettre en pratique dans leurs actions. Repassez donc toute votre vie , mes chers frères, et voyez si cet examen ne confirmerait pas cette terrible sentence, qui sort de la I)OQche de la vérité : Vous n'entendez point la parole divine, parce que vous n'êtes point de Dieu. »

Quel exemple nous offre ici Jésus-Christ de la manière de repousser des accusations fausses, in-

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