‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles des dimanches et des fêtesChapitre 57 sur 103 · U HUITIÈME DIMANCHE APRÈS U PENTECOTE · texte numérisé non relu

U HUITIÈME DIMANCHE APRÈS U PENTECOTE

ÉPITRE (aux Ronu, VIII, 12-17).

Mes Jrères, nous ne sommes point redevables i h chair, pour vivre selon la chair. Si vous virez selon la chair, vous mourrez ; mais si vous mortifiez par l'esprit les œuvres de la chair, vous vivrez. Car tous ceux qui sont poussés par Tesprit de Dieu sont enfants de Dieu. Aussi vous n'avez pas reçu l'esprit de servitude j)our vous conduire encore par la crainte, mais loos avez reçu l'esprit d'adoption des enfants; jar lequel nous crions Abba, mon Père, Et c'est cet esprit qui rend lui-même témoi^age b notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Que si nous sommes enfants nous sommes aussi hériliers, héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus-Christ.

Ces paroles Bons rappellent qu'il y a dam l'homme deux vies, opposées l'une à l'autre de* pois que le péché a mis le désordre daas son exis-

tence en donnant la prépondérance au corps qui doit obéir, et en abaissant l'esprit sons le joug de la concupiscence chamelle. C'est la vie animale opposée à la vie spirituelle, laquelle est naturdk par l'exercice légitime des facultés intellectuelles et morales, et surnaturelle par l'infusion de l'Esprit divin qui l'unit à Dieu en l'élevant au-dessus d'elle-même. Or, dit TApôtre, la chair n'a point le droit de nous commander; nous ne sommes point ses sujets, et ainsi nous ne lui devons pas l'obéissance. Donc, nous ne devons pas vivre selon ses lois ou par ses entraînements ; et si nous le faisons, nous dégradons notre existence, nous laussons la nature humaine en la détournant de sa fin, et nous allons à la mort, c'est-à-dire à la séparation d'avec Dieu, puisque nous opérons des œuvres de mort ou qui nous éloignent de la source de It vie. C'est pourquoi pour vivre de la véritable ne il faut commencer par faire mourir en nous les convoitises de la chair, ce qui se fait par la mortification corporelle ; et alors l'Esprit de Dieu, qui nous a été transmis dans la régénération baptismale, et qui a fait de nous une nouvelle créature par la participation à la vie divine et par conséquent nous a rendus enfants de Dieu, l'Esprit-Saint, qui anime de sa vertu notre cœur et notre intelligence, porte notre volonté à chercher spontanément, sans effort, avec joie, avec amour, ce qui

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plaît à Dieu, ce que veut notre Père céleste ; et noire âme s'adresse à lui avec une confiance en- .ûiûtine en criant : Abba Pater. Au contraire, là où l'Esprit divin ne domine pas, sa loi étant posée avec ses commandements sévères et ses terribles exigences , la volonté humaine entraînée par la concupiscence de la chair, n'ose pas se satisfaire par la crainte du châtiment, sanction de la loi ; et qnand elle parvient à se maintenir dans Tordre, elle obéit en esclave sous la menace de la peine , toute prête à se révolter, si elle croit pouvoir l'éviter ou y échapper. C*est le juif ou l'homme de k loi ancienne, qui est une loi de servitude. Mais , le chrétien , devenu enfant de Dieu par la communication de la vie divine, jouit de la liberté des , enfants du ciel sous la conduite du Saint-Esprit, qui rend témoignage à mn esprit de sa divine adoption, laquelle, en le faisant frère de Jésus- I Christ, rinstitue aussi cohéritier de son royaume et de sa gloire. Héritage étemel que le Père lui a promis par le Fils, dont la mort le mettra en possession, à la condition absolue qu'il souffrira avec Jésus-Christ pour être glorifié avec lui, ou autrement qu'il détruira en lui par la mortification, la fausse existence que le péché y a formée, ou le corps de mort, comme l'appelle énergiquement saint Paul {Rom.^ VII, 24), pour y cultiver et développer le germe de la vie nouvelle, tmplanté

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dans soa ime par 1er baptême, et qui doit s'épanouir en fleurs et en fruits du ciel dans la lamière de Dieu*

Jésus dit à ses disciples : Un homme rîdie avait un économe qui fut accusé auprès de lui d'avoir dissipé son bien. Il le fit venir et lui dit: Qu'est-ce que j'entends dire de vous? Rendezmoi compte de votre administration, car vous ne pouvez plus gouverner mon bien. Alors^ l'économe se dit en lui-même : Que ferai-je, puisque mon maître m'ôte l'administration de son bien? Je ne puis travailler à la terre et j'aurais honte de mendier. Je sais ce que je ferai, afin que, quand on m'aura ôté moa emploi^ je trouve des gens qui me reçoivent chez eux. Ayant donc fait venir l'un après l'autre tous les débiteurs de son maître, il dit au premier : Combien devez-vous à mon maître? Il répondit: cent barils d'huile. L'économe lui dit : Reprenez votre obligation, asseyez- vous vite et ùitesen une de cinquante. Il dit ensuite à un autre r Et vous, Combien devez-vous? Cent mesures (fe

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froment. Ytâà votre billet^ lui dtt-il , faites^en m de qfuatre-Tingts. Le mattre loua cet économe infidèle de ce qu'il avait agi prudemment. €ar les enfants du siècle sont plus sages dans leurs affaires que les enfants de lumière. Et moi je vous dis : Faites-vous des amis avec la rkhesse d'iniquité, afin que, quand vous vienésez à manquer, ils vous reçoivent dans les demeures éternelles.

Cette parabole est uœ des pins difficiles à ei^ pHqaer, pairce qu'elle semble donner en exemple luebresee frandideuse d'un économe infidèle, qui, ^rès avoir volé son maître pendant sa gestion, lai fait encore du tort quand il va le quitter, afin de se préparer des ressources pour TaTenir. Il y e^même dit quelle maître loua cet éconoane infi* dèle d'avoir agi avec tant de prudence. Sous quel rapport et en quel sens Notre-Seigneur a>-t-il donné cette pmdeinee en exemple, c'est le point préeis^ de; la parobole qu'il faut considérer, et par l»{«el Sttilement elle peut être applicable. Car toute parobole étant une comparaison ne vaut que par le côté OÙ! les deux teraoes comparés ont quelque ressemblance, et non pouir le reste* Ainsi, si Ton dit. d'iin homme qu'il esi un lion, on n'^itend Tassi*' miler m, Idxui que soms I0 rapport du touraga ou

de la force, et nullement par les autres choses. De même ici la louange du maître ne porte point sur l'iofidélité du serviteur, qui est de toute manière blâmable. Elle tombe uniquement sur son savoirfaire, qui tire si habilement parti d'une mauvaise situation pour s*en faire une nouvelle et' réparer son malheur. A ce point de vue le sens de la parabole est celui-ci : si les enfants du siècle usent si sagement des biens terrestres, la plupart du temps mal acquis et le produit de Finjustice, dans l'intérêt de leur bien-être en ce monde, combien plus sagement encore les enfants de la lumière doiventils en user en vue de leur intérêt du ciel et pour s'y faire des amis. Donc, le Sauveur, loin de nous recommander en aucune façon d'imiter l'improbité du mauvais économe, nous avertit seulement d'&« voir autant de sollicitude pour notre avenir éternel, qu'il en ressent pour sa position temporelle, et ainsi de tâcher de nous faire avec les richesses d'ici-bas des amis au ciel pour le jour où nous serons appelés à rendre compte de leur administration devant le tribunal de Dieu. Ce qui revient à dire : Ayez autant de souci des biens éternels que des biens temporels , plus même, puisque vous devez employer les seconds à vous procurer les premiers, ou autrement, couime dit saint Jérôme, sachez vous arranger dans les petites choses de manière à profiter plus tard dans les grandes.

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Le reste de la parabole ne présente point de difScultés. L'intendant, c'est tout homme qui a reça de Dien avec son existence et sa position les moyens pour les faire valoir. Ces moyens sont son âme, son esprit, son corps avec leurs facultés, leurs forces, leurs organes, et toutes les choses terrestres dont l'usage lui a été accordé pour la satisfaction de ses besoins et le soutien de sa vie. Il devient prévaricateur, ou dispensateur infidèle, quand il ne rapporte point au profit et à la gloire de son maître l'administration de ce qui lui a été confié, rappliquant uniquement ou surtout à son intérêt, à sa jouissance ou à son honneur. Il devra donc en rendre compte au jour du jugement. IMui sera demandé alors ce qu'il aura fait sur la terre de tous les biens qui avaient été remis entre ses mains. Le Maître, comme il est dit dans une autre parabole, lui réclamera avec usure l'argent qu'il lui avait confié pour le faire valoir en son absence. Que répondrons-nous, si nous avons mal géré, mal administré; si, par notre paresse, notre incurie ou nos désordres, nous avons dissipé ou laissé stériles les biens confiés? Heureux alors, et ici reparaît le sens principal de notre évangile, si d'autres débiteurs du Maître que nous aurions aidés, secourus .pendant notre gestion ici-bas, viennent en ce moment terrible rendre de nous ce témoignage : que Jious n'avons point été à leur égard comme le mau-

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vais servitenr, qtji ponrsiiivait impitoyablement ceux qui lui devaient quelque chose après avoir im*ploré et obtenu pour lui la miséiÂcordedd son Biattre ; mais qu'au contraire, par aotse indulgeace et notre fénérositë, nous leur aTonsaceordédanskors embarras le temps «t les moyens de s'acquitter. Cir alors la ittesure que nous avons imposée aux auÉros nous s^a appliquée, il nous sera fait oe «que nue avons fait, et la parole de notre prière de toiss les jours aura son accomplissement: Seigneur, renmttez-nous ce que nous devons, comme djous avotts remis à ceux qui nous doivent. DimUtenùbisdebiÊfi nostra, swut et not Mmittimus debUoribus nostris. (Matth.,VI,12.)

Donnons volontiers de nos biens tcrresU^s, seconpons nos frères malheureux autant qu'il dépend dfi nous et de toutes les manières. Ils nous aideront ï leur tour de leurs témoignages au tribunal de Dieu, oh nous trouverons miséricorde pour nos infidélité», si nous avons été miséricordieux.

PRIÈRE

Seigneur, accordez-nous , nous vous en supplions, le secours de l^sprit-Saint , qui nous fasse penser et surtout opérer tout ce qui est bien, afin que now, qui ne pouvons être sans vous, nous parvenio»à vivre en union avec vous, par Jéf3wè-ChKSt, etc.

11 MOYiSm IMAHGBE ÀPM& lA PfiNTECOïL

ÊPITRE (1 aux Cor., X, 6-13).

Ne nous abandonnons pas aux mauvais désirs comme nos pères s'y abandonnèrent. Ne deyenez pas non plus. idolâtres, comme quelquesm$^ dont il est écrit : Le peuple s'assit pour boH«e €t maBger et il se leva pour se divertir. Ne commettons point de fornication, comme quelques-uns forniquèrent, et c'est pourquoi vingt-trois mille périrent en un seul jour. Ne tentons j>Qiatiésu|s-Cbrist, comme le tentèrent {plusieurs , qui furœt tués par les serpents. Ne murmurez point, comme murmurèrent quelques-uns d'entre eux, qui furent frappés par Fange exterminateur. Or, toutes ces choses qui leur arrivaient étaient des figures, et elles ont été écrites pour nous instruire, nous qui venons à la iiii des lemps. Que celui deoc qui crdt être fa^me prenne garde de ne pas tofliber* Je soiïhaite quevous ne soyezexposés qu'à des tentations humaines. Or Dieu est fidèle

et il ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces j mais il vous fera profiter de la tentation même, afin que vous puissiez persévérer.

L'Ancien Testament est la préBguration du Nouveau , . non-seulement par ses dogmes , ses rites, son culte, ses préceptes et ses lois; mais aussi par les faits pubÛos et privés de rbistoiredu peuple de Dieu, qui sont symboliques. Toutes ks choses qui arrivaient aux juifs étaient la figure de ce qtû devait nous arriver, et elles ont été écrites pour notre instruction, afin que nous devenions sages par leur exemple.

Le peuple juif, cet Israël charriél, sortant de la servitude de l'Egypte, passant à travers la mer Rouge, marchant si longtemps dans le désert à la recherche de la terre promise, était l'image des chrétiens, qui sont Tlsraël spirituel, sortant de la servitude de Satan par le baptême dans le saugde Jésus-Christ, et traversant le désert du monde pour arriver à l'héritage éternel qui nous est promis. Les secours merveilleux, prodigués par Dieu aux Israélites, préfiguraient les grâces abondantes accordées aux chrétiens. Leur ingratitude annonçait la nôtre^ et leur punition temporelle était une faible image de l'éternel châtinî,ent. Presque tout

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le peuple a péri dans le désert, après avoir été cent fois l'objet de la miséricorde divine, qui a multiplié les miracles ponr le sauver. Que son triste exemple nous apprenne donc à ne point repousser les grâces du ciel par légèreté, à n'en point abuser par vanité, concevant au contraire d'autant plus de respect et de crainte, que nous en aurons reçu davantage, parce que leur abondance impose une responsabilité plus grave, et que nous serons plus coupables, si nous y sommes infidèles. Ce peuple a été puni de mort pour avoir suivi ses passions déréglées malgré les défenses de Dieu et les avertissements de Moïse. Notre sort sera encore plus terrible, si nous les imitons dans leurs excès, puisque nous serons condamnés à la mort éternelle. Travaillons donc à notre salut avec crainte et tremblement. Que celui qui est debout prenne garde de ne point tomber, comme leurs passions et leur présomption ont précipité les Israélites. Se défier de soi-même, redouter sa faiblesse, veiller sur soi, c'est le commencement et le fondement de. la force chrétienne. Se confier en Dieu dans la tentation, s'appuyer sur son secours, espérer en lui seul, c'est la consommation de la vertu et ce qui transforme la fragilité humaine. Bien que le plus faible des hommes, dit saint Paul {Philip,, lY, 13), je puis touten celui qui me fortifie. Il y a une pensée, dit saint Augustin {In ps. GXVIII, serm. 13),

442 HBUVliafJS DIMi^G&£

q«i odDâole J^aaueoup ceux ^i sont dans ThitfsâliatiocL, dans rafflietkm, c'^st que Dieu a promis le seoottfsde s$i grâee it ceux qui espèient ea in: M tCf Domine, speravi, non confundar in xlermm (Ps, XXX, 2), que fidèle à sa proiaeese, il lie pffliiMttra jamais que bous soyons tentés au-dessufi de nos forces, non patiôtwr i>os tenfari supra id quod potêsiis (1 Cor., X, 13), et enfin qm toat tourne à bien à oeox qui l'aiment : Omma €Oop(^ rtmturin bonuméUigenHbus 9VMn. (/^om., YIU, î^*)

Jésus étant arrivé près de Jérusalem, aperçut la ville et pleura sur elle en disant : Ah 1 si tu reconnaissais au moins en ce jour qui t'est encore donné, ce qui peut te procurer lapaix! Mais maintenant tout cela 6st oaché à tes yasx. Car il viendra des jours notalbeoreux peur toi où tes ennemis t'enrironfieront de tranchées, t'enfermeront et te serreront de toutes parts, te renverseront par terre, toi et tes enfants, et ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps où J)ieu t'a visitée. Puis étant entré dans le teoaple, ilse iBit à chassa ceux qui y vendaîMt et y adietaiattt,

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' kat tfisant : Il est écrit ': Ma maison est une maison de prière, et vous en avez fait une cayerne de voleurs. Et il enseignait tous les jours dans le temple.

Ces paroles prononcées par Jésus sur Jérusa- ■km, qu'il aperçoit du haut de la montagne des Qlivieis, et en versant des larmes sur elle à cause de son infidélité, an moment où elle paraissait le recevoir en triomphe, il les adresse à chacun de nous, chrétiens, à ceux-là surtout, dont le cœur est Idu de lui, quand ils invoquent son nom ou rhoBorent seulement des lèvres. Il y a des jours marqués où Dieu visite les âmes. U y fiait entendre sa voix, y promulgue sa loi, donne des admonitions sévères, soit pour les retirer du mal, les porter à dianger de voie, les ramener à lui, soit pour réveiller leur zèle assoupi et les exciter à avancer plus énei^quement dans le bien. Ce sont des jours de peines, d'afflictions et de tribulations, qui deviennent des jours de grâces, parce qu'il s'y produit un ébranlement intérieur, parce qu'une motion extraordinaire se fait sentir. Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, dit le projAète {Ps, XCrV, S), n'endurcissez point vos cœurs, ftentrons au contraire en nous-mêmes, recuefllooMMus pour y mieux entendre la voix divine.

kkk NEUVIÈME DIMANCHE

qui tantôt gronde comme un orage, et tantèt soufil» comme ime brise légère, sans qu'on sache d*oîi elle vient ni où elle va. (Jean, III, 8.) Que veut-elle? qu'apporte-t-elle? La paix, qu^ ad pacem tibi, la paix avec Dieu procurée par le Médiateur à k terre et qui n*est point celle que doime le monde; car elle est la récpnciliation de l'humanité avec la divinité^ laquelle ne peut s'opérer que par la restitution de rhomme à Dieu, accomplie en union avec Jésus-Christj et par la vertu de la dernière parole de la croix : in manu$ tuas. Domino^ com' mendo spiritum meum. (Luc, XXIII, 46.)

Nunc autem absœndita sunt ab oculù tm, mais maintenant tout cela est caché à tes yeux. C'est que, comme Jérusalem, chaque homme ne veut pas voir ce qui lui déplaît. |l ferme volontairement les yeux à la. lumière, il détourne l'oreille de la parole qui le gêne. U voudrait sass doute être en paix avec Dieu, et eu retirer les avantages ; mais il faudrait commencer par jrompre avec le mal, en briser les chaînes, et il n'en a pas le courage. Il aime ce qui flatte ses sens, enchante son imagination, exalte sa raison, affranchit sa volonté. Il redoute la vérité à cause de ses conséquences; il aspire à l'indépendance, il veut rester son maître, et alors ce qu'il désire lui est accordé. Dieu, en efTet, l'abandonne à lui-même au jour où ses ennemis l'entourent et le pressent de tous les

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cités, conjurant sa ruine. Oh! situation lamentable d'une âme au milieu des tentations et des tribulations, après quelle a méprisé ou négligé les avertissements et les secours du ciel 1 Elle sera assiégée, conquise, détruite, bouleversée, comme Tinfidèle Jérusalem, et il ne restera rien de sa position dans le monde, ni de sa prétendue perfection, ou de la chimère de son orgueil en ellemême. Elle sera foulée aux pieds des voyageurs, comme une vigne ouverte, ou abattue sur la terre au milieu des ruines et de la poussière , comme la malheureuse cité dont Jésus pleure le sort. Et cela, parce qu'elle a méconnu le jour oîi Dieu Ta visitée!

Que notre âme profite donc de la triste expérience de Jérusalem! G*est elle qui est en effet ici-bas la cité céleste; où se trouve le vrai temple du Dieu vivant, qui veut y être adoré en esprit et en vérité, comme il l'a dit lui-même à la Samaritaine. (Jean, IV, 23.) II veut y entrer, il se plaît à y habiter ; mais il faut que cette demeure soit rendue digne de lui, et qu'au jour où il daigne la visiter et en reprendre possession, il n'y trouve rien qui excite son indignation, comme il est arrivé au temple de Jérusalem. Sa maison est une maison de prière, et nous en faisons une caverne de voleurs, quand nous l'abandonnons à la domination de la concupiscence charnelle, des intérêts ter-

restres, des passions criminelles, des pensées égoïstes , «t de Torgneil de la vie. Seigneur Jésus, si nûialgré tout cela, vous nous faites la grâce d'y entrer, nous invoquons votre sainte colère, pour que le temple de notre âme soit délivré, purifié des voleurs qui l'infestent, et que le fouet vengeur du remords et des angoisses de la conscience, que vous agiterez en nous, chasse violemment tons ces ennemis de Dieu de la demeure que le baptênw lui a consacrée.

PRATIQUE

Sursum corda, le cœur en haut par la prière, qui nous met en conversation avec Dieu ! Lui seul doit diriger le fond de notre âme faite à son image, et qui doit l'aimer par-dessus tout, puisqu'il est le Men souverain, et qu'elle ne peut trouver son repos et son bonheur qu'en lui. Ne permettons pas aux joies et aux intérêts de la terre d'envahir ce sanctuaire de notre être, pas plus que Jésus-Ghri^ n'a permis aux neadeurs de profaner Le temple.

PRIÈRE

Seigneur, que les oreilles de votre miséricorde s'ouvrent aux prières de ceux qui l'implorent, et pour que vous puissiez leur accorder ce qu'ils demandent, faites qu'ils ne demandent que ce qui vous est -agcéaWe, par Jésus-Christ, etc.

LE DIXIEME SiUANGBE AB&E8 U P^ITEGOU!.

ÉPITRE (1 aux Cor., XII, 2-U).

Vous savez que, quand vous étiez païens, TOUS vous laissiez conduire devant les idoles muettes. Or je vous déclare que nul homme, pariant par l'esprit de Dieu, ne. dit anathème à Jésus, et persamie ne peut dire : Jésus est le S€Îgneur,«inon par le Saint-Esprit. Il y a, à la vérité, diversité de dons spirituels, mais il n'y a qu'un même Esprit. II y a diversité de ministère, mais il n'y a qii'un même Seigneur. Il y a des opérations diverses, mais il n'y a qu'un même Dieu qui opère tout en tous. Or l'Ës^t semanilesteen chacun pour l'utilité de TËglise. A Ynn est accordé par TEsprit le don de pariw avec sagesse; à l'autre celui de parler avec science. Celui-ci reçoit la foi, celui-là le don de guérir les maladies, un autre le don des miracles ; un autre le don de prophétie ; un autre le di^emr&ement des esprits; un^oitre le doo de parier diverses laogaed ; \m autre le don de les

interpréter. Mais c'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant ses dons à chacun selon qu*il lui platt.

Deux indications principales nous sont données dans cette épître. La première montre à quel signe on reconnaît que l'esprit de Dieu parle par un homme, à savoir si cet homme ne dit point anathème à Jésus et le confesse conmie le Sei^ gneur, le Fils de Dieu fait honune, descendu sur la terre pour nous racheter et nous sauver. Ce signe s'applique aux hommes de notre ten^ comme aux Corinthiens auxquels s'adresse la lettpe de TApôtre. Ces derniers, récemment convertis, inclinai^it toujours par l'habitude aux pratiques du paganisme, et ainsi étaient disposés k accorder quelque confiance aux idoleâ, et aux prestiges opérés dans leurs temples par l'intervention du démon. Le démon séduit aussi beaucoup de (Arétiens de nos jours par d'autres moyens, moixfô grossiers que ceux d'alors, mais qui néanmoins tiennent quelque chose de l'idolâtrie et tendent à y ramener. C'est une autre manière pour lui de se faire rendre une sorte de culte par des pratiques mystérieuses, qui doivent mettre les vivants en commerce avec les morts de tous les temps, pour obtenir par leur révélation la connaissance des choses secrètes ou des prophéties de Tavenir.

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De là l'usage des tables tournantes et parlantes, des crayons magiques qui dirigent la main qui les tient, conduits eux-mêmes par une main invisible ou par une force spirituelle. Les nouveaux oracles aussi obscurs, aussi menteurs que les anciens, eultent et égarent facilement les esprits faiUes de nos jours qui les écoutent. Ils y perdent leur foi, et souvent leur raison. La manière infaillible de démasquer cet esprit d'erreur eH de mensonge est de confesser devant eux la divinité de Jésus- Christ, leur proposant de proclamer le Seigneur et le Sauveur des hommes. Cette règle de saint Paul est conforme à celle donnée par saint Jean dans sa première Êpitre, chap. IV, 2.

Le second avertissement, donné dans cette épitre, tend à combattre Torgueil ou les prétentions personnelles des Corinthiens, qui se glorifiaient, à ce qu'il parait, des dons du Saint-Esprit qu'ils avaient reçus, chacun élevant le sien ainsi que son ministère et ses opérations au-dessus des dons des autres, comme aussi, ainsi que nous le voyons ailleurs (1 Cor., III, 4), ils se vantaient d'avoir été instruits ou baptisés par tel apôtre, par Paul ou Apollon. Cela arrive encore aujourd'hui dans l'ÉgUse et dans le monde. Même en faisant une œnvre commune, on tend à s'en attribuer ime plus grande part d'honneur et de profit. Chacun exagère naturellement l'importance de sa tâche, les diffi-

cultes yaincnes, et les réstdtàts obtenus. Saint Paal nousdk éenc oonmie aux fiéèlas deiGeriistlm': « De quôi vous glorifiez-vous, puisque vous n'avœ Tien de vous-mêmes, et que vous avei i|out t^ de Oéhii qui e^ le Principe unique de la vétM et de la vertu? Si vous avez le bonheur de Ssife quelque bien dans TÉglise et dans le aïonde, 4b quelque manière que vous Toperiez, c'est par l'emploi des dens de TEsprit-Saint, toujou*ps un dans la diversité de ses grâces. Quelle que soit la nndtiplicité des ministères, il n'y a cependant qu'uE seul Seigneur, le dispensateur et le directeur èd tous, et les fonctions les plus différentes dans le bien ressortent toutes du même Dieu, qui opète tout en toutes choses. Donc au Dieu umqne toute la gloire , puisqu'^ lui seul appartient la pmssuioe , et que toute puisi^nce vient de la sienne. {Aom,y XIII, 1.) Ainsi tout ce que vous pouvez &ire, divers dafns ses applications, est un dans son principe, et quelle que soit aussi l'abondance du développement, c'est encore une seule et même chose par sa £n, qui est l'utilité de l'Église, ou le bi^ de tous. Ge n'est donc ni ds^ns votre intérêt exclusif ni pour votre gloire que les dons de TEspritfiaint, les grâces, les fonctions vous sont départis; c'est uniquement pour l'édification de FÉgiise, c'est-à-dire pour la gloire de Dieu et le salut des hommes. Vous êtes don« prévaricateur, quand

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itns yom attribuez quelque chose de ce que Dien &it par vous; ctr tous lui dérobez sa gloire, kol' tant fti'fl TOUS «st possible, et^n même temps vous u^icez par votre égoïsme à vous satisfaire aux dépens des autres, à les sacrifier à votre iatérét propre en attirant à vous au delà de la justice ce qniest donné pour ions. » C'est ce que TApôtre exprime admirablement dans les versets suivants, oh 0 compare TÉglise ou le corps mystique de jésDs^Christ, dont les chrétiens sont devenus les Joemères par le baptême ;, k un corps naturel, organisé et vivant, dont la santé et la force résultent de rharmonie parfaite de ses organes, tandis que leur discorde et leur lutte produisent la iBdadie et la mort. Nous retrouverons ailleurs cette admiraSbie comparaison.

«VANGÎLE SEUM^ SAINT lAJC, XVHI, 9-14.

îésns dît cette parabole pour quelqnes-ufts qnî se regardaient comme des justes et méprisaient les autres : Deux homnes montèrent au teottple pour prier : l'un était pharisien et Tautre pnbMoain. lié pharisien, se tenant debout, priait msi M hii-iBème : Mon Dien, je vous rends grtces de ce que je ne suis pas comme le reste

des hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ni même comme ce publicain. Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède. Le publicain, au contraire, se tenant bien loin, n'osait pas même lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant : Mon Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur. Je vous déclare que celui-ci retourna chez lui justifié et non pas l'autre; car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé.

Le tableau vivant, que présente cette parabole, fait ressortir l'exceUence de rhumilité mise en &ce de l'orgueil qui corrompt les vertus les plus estimables, tandis que la première relève le pécheur de son abaissement et le réconcilie avec Dieu. L'orgueil en effet a perdu l'homme ea le mettant en révolte contre son créateur , et c'est pourquoi il ne peut rentrer dans l'ordre et répa:rer les tristes conséquences de sa chute qu'en s'abaissant volontairement, ou en s'humiliant de* vaut Dieu. Or, c'est ce que ne fait point ici la pharisien. Tout au contraire, il est^er de sa po-j sition, et il a confiance en ses mérites. Les phi risîens étaient très-honorés en Israël à cause d0

leur exactitmde à remplir les prescriptions de la loi, qu'ils observaient, il est vrai, plus à la lettre que selon Tesprit. Celui-ci était persuadé que l'estime des hommes devait lui gagner la faveur de Dieu, et aussi il se présente devant Tautel , avec assurance],, le tête haute, non pour lui demander son secours et ses grâces ni le don de h persévérance dans la justice, dont il ne croit pas aroir besoin, mais seulement pour le remercier de n'être point comme les autres hommes adonnés au péché, ni surtout comme ce misérable publicain ici présent, objet du mépris public à cause de ses fonctions et des iniquités qu'elles supposent. Cet homme, plein de lui-même, ne songe pas même à demander ce qui pourrait lui maooquer, et il ne rend grâces au ciel que pour avoir occasion de se louer et de s'élever en lui-même, en même temps qu'il déprécie les autres, et en particulier ce pauvre homme, qui est venu comme lui prier au twnple et qu'il ne connaît point. Il énumère avec oomplaisance devant Dieu tout ce qu'il fait pour stm service, les jeûnes, les aumônes, les dîmes de toutes sortes, et il a Tair de lui dire : Après tout cela vous n'avez rien à me refuser; car je ne lûanque à rien de ce que votre loi prescrit, et fflnâ j'ai droit à la récompense. Or, c'est justement pout cela qu'il n'y a aucun droit; car attribuant h son' propre mérite le peu de bien qu'il

4d4 DIXIÈME. BIMANCH&

£ût, il le fait surtoi^t pour acquérir l'eatiiae d«. homiûes, et ainsi coûtent de lui-même et jouissant de cette estime, il a véritablemeoiil la réconH pense qu'il ambitionne. Son orgueil se^ paye luimême par la satisfaction personnelle qu'il ressent, les louanges qu'il se décerne , et le mïpris qu'il a pdur les autres.

A roi^ueillenx pharisien Jéaus oppose l'humble publicain. Celui-là ne jouit pas de l'estime da monde; il en est aa contraire méprisé, hooni, repoussé. Il a le sentiment de son indignité deva^ Dieu et les hommes. C'est pourquoi il n'ose point approcher de l'autel; il se tient bien leio, au bas dii temple, les yeux fixés à terre et se frappant la poitrine avec force, comme pour se p«yûr de ses fautes, et accuser plus énergiquement ses péchés. Au lieu de se louer en face de Dieu, en lui rendant grâces de ce qu'il vaut mieux que les autres^ il s'écrie au contraire du plus profond de sea cœur : c Mon Dieu, ayez pitié de moi qui suis> \aL pécheur I » C'est un cœur contrit et humilié q9» Dieu ne méprisera pas. (Ps, L, 19,) C'est Mide^ leine aux pieds d^ Jésus , qu'dle arrose de ses larmes et essuie de ses cheveux, sous les^yemx ^ Simon le pharisien qui en prend du scandalew Cest la femme adultère, qui attend son sort de la nasfr ricorde du Sauveur. C'est l'enfaait prodigue rar mené par le malheur et le repentir aux genooi de

APRÈS LA PBIfTBœrrÉ, 45^

Sun père, qui lui ouvre ses bras. G*est le hem IfflToa, qui proclame au milieu des tortures de la croix, et en face de tout le peuple, Timiocence et k divinité de Jésus crucifié, confessant en même temps sa propre indignité et invoquant la pitié du Fils, de Dieu. Ce sont tous les publicains y tous les pécheurs^ tous les gens de mauvaise vie, dont le médecin céleste, qui est venu pour les malades, se laissait entourer, et avec lesquels les justes en Israël lui reprochaient de converser et même de manger. C'est en un mot Tâme humaine, que Torgoeil avait pervertie et rendue ennemie de Dieu ; mais qui, touchée de la grâce et régénérée par Wiumilité chrétienne, acquérant la conscience de sa misère et de sa faiblesse, reconnaît qu'elle doit tout à Dieu, qu'elle ne peut rien que par lui, et que sans sa miséricorde et sa grâce, tous ses mérites propres , toutes ses vertus personnelles, tous les efforts de sa volonté ne peuvent la sauver.

H y a aussi des pharisiens dans TÉglise , qui mettent leur piété dans la multiplicité et l'exactitude des pratiques extérieures, nettoyant les dehors du vase, dit TEvangile, et laissant l'impureté dans l'mtérieur et au fond. (Matth. XXIII, 25.) Or la plus grande des impuretés, celle qui souille le plus le coeur de l'homme et le rend plus désagréable à Dieu, c'est la confiance en soi-même, l'attache à sa justice propre qui l'exalte à ses yeux et lui inspire

le mépris des autres, des pécheurs surtout, ou au moins de ceux qui passent pour n'avoir point de religion, parce qu'ils ont en effet le tort d'en négliger les principaux devoirs ; lesquels néanmoins, ressemblant quelquefois au pauvre publicain de la parabole par leur bonne volonté et l'humilité de leur âme, valent mieux aux yeux de Dieu que ceux qui se croient irréprochables dans son service.

PRATIQUE

Évitons soigneusement dans nos actions et dans nos discours tout ce qui ne sert qu'à nous vanter, et à faire paraître nos prétendus mérites. Le vrai taleujt est modeçte et la véritable piété est humble. On trompe souvent les hommes par le charlatanisme de science, de vertu ou de dévotion. On ne trompe jamais Dieu, qui voit le dedans, et qui est le juge en dernier ressort.

PRIÈRE

0 Dieu, qui signalez surtout votre puissance en pardonnant aux pécheurs et en leur faisant miséricorde, répandez de plus en plus sur nous les effets de votre bonté, afin que, soupirant après les biens que vous nous avez promis, nous en jouissions un jour dans le ciel, par notre Seigneur Jésus-Christ, etc.

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