LE TREIZIEME DIMANCHE APRES U PENTECOTE
ÉPITRE (aux Galates, III, 16-22).
Mes frères, les promesses de Dieu ont été faites à Abraham et à sa race. L'Écriture ne dit pas à ceux de sa race, comme si elle eût voulu en indiquer plusieurs ; mais k sa race, c'est-àdire à l'un de sa race, qui est Jésus-Christ. Je dis donc que Dieu ayant fait une alliance et rayant confirmée, la loi qui a été donnée quatre cent trente ans après ne peut l'annuler ni anéantir la promesse. Car si l'héritage vient de la loi, ce n'est donc plus de la promesse. Or c'est par la promesse que Dieu Ta donnée à Abraham. A quoi donc a servi la loi? Elle a été établie à cause des transgressions jusqu'à l'avénement de Celui qui avait été promis, et elle a été donnée, au moyen des anges, par la main d'un médiateui*. Or un médiateur n'est pas d'un seul ; mais Dieu est seul. La loi est-elle donc contre les promesses de Dieu? Nullement. Car si la loi avait pu donner la véritable vie, la
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justice viendrait de la loi. Mais rÉcriture a tout renfermé sous le péché, afin que ce que Dieu avait promis fût donné par la foi en Jésus-Christ à ceux qui croient.
L'Apôtre montre ici Tefficacité de la foi en face de rimpuissance de la loi. La foi est le principe de la vie divine de la grâce, et le germe de la vie étemelle de la gloire. Elle fait dans les véritables fidèles ce qu'elle a produit dans Abraham, le fidèle par excellence et le père des croyants. Elle justifie, elle sauve , elle rend ami et enfant de Dieu. Mais pour cela il faut que notre foi soit comme celle d'Abraham, qui a tellement cru à la parole de Dieu, qu'appuyé sur s^ toute-puissance, il a espéré en lui contre tout sujet d'espérer ; il lui a obéi jusqu'à lui sacrifier son fils unique, l'hérilier des promesses divines. La foi commence le salut, l'obéissance l'achève.
La foi en Jésus-Christ a été au fond la religion de tous les siècles. Jésus -Christ, avant et après sa venue, est et sera l'unique source du salut; de sorte que jamais il n'y a eu et il n'y aura de salut étemel que par, la foi en Jésus. Non est in alio aliquo salus. {Act., IV, 12.)
Le juif, pour être justifié, devait croire en Jésus-Christ promis, et qui devait venir. Le chrétien
doit croire en Jésus-Christ, né, crucifié, mortpoBr nous, et chercher son salut dans les mérites de cette vie et de cette mort.
Le juif, transgresseur de la loi, s'humiliait convaincu de sa propre faiblesse et de Tinsuffisance de la loi, et recourant à la grâce du Médiateur, il recevait miséricorde.
Le chrétien pécheur^ s'humiliant , détestant le péché, implorant le secours du Sauveur et recourant avec foi aux sacrements , puise les eaux du salut dans les fontaines du Sauveur. (Is., XII, 3.)
Le judaïsme et le cbiistianisme sont donc une même religion, avec cette différence que le Judaïsme en est comme l'enfance et le christianisme Tâge parfait. Que Dieu soit éternellement béni de ce que, par sa grande miséricorde, il nous a fait naître ou plutôt renaître dans l'état parfait de la religion. Reconnaissons cette miséricorde par une foi plus vive, une charité plus ardente, une obéissance plus exacte, afin que, suivant la parole du Sauveur, notre justice soit plus grande que celle des scribes et des pharisiens. (Matth., V, iO.) Car il sera plus demandé à^ceux qui oui reçu davantage, et nous avons reçu la plénitude de la promesse divine, puisque le Père célesie, en nous révélant le Fils, nous a faits par grâce et par adoption ce que le Fils unique est par nature, les enfants de Dieu et les cohéritiers de Jésus-
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Christ. (B. de Pecqnigny, Explic. des Ép. de mmt PaAd.)
Jésus, allant à Jérusalem, traversait la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, il rencontra dix lépreux qui s'arrêtèrent loin de lui et s'écrièrent : Jésus, notre maître, «yez pitié de nous. Dès qu'il les aperçut, il leur dit : Allez, montrez-vous aux prêtres. Et pendant qu'ils y allaient, ils se trouvèrent guéris. Mais Fun d'eux, aussitôt qu'il se vit guéri, retourna sur ses pas en gloriflant Dieu à haute voix, et il se prosterna aux pieds de Jésus, lui rendant grâces. Or celui-là était un Samaritain. Jésus dit alors : Tous les dix n'ont-ils pas été guéris? Où sont donc les neuf autres? 11 n'y a que cet étranger qui soit revenu pour rendre gloire à Dieu. Et s'adressant au Samaritain : Levez-vous, lui dit-il; allez, votre foi vous a sauvé.
Cet évangile nous offre un nouvel exemple de refficacité de la foi pour exciter la puissance divine en faveur des misères humaines, et attirer sur ceux
. qui souffrent la vertu d'en haut, qui peut seule les guérir. Ces pauvres lépreux , repoussés de tous à cause de leur hideuse infirmité, attendent Jésus au passage, et dès qu'ils Taperçoivent, ils crient vers lui dans réloignement où ils sont obligés de se tenir et implorent son secours. Us croient donc qu'il a le pouvoir de les guérir, même par sa parole seulement, et ils cherchent à exciter sa compassion. C'est pourquoi le Sauveur demandait à ceux qui s'offraient k lui pour être guéris : Croyezvous que je puisse vous guérir? Pouvez- vous croire ? Que voulez- vous que je vous fasse? Tournonsnous donc vers lui avec une foi entière dans toutes les douleurs de l'âme et du corps; crions vers lui de toutes nos forces, et d'une manière ou de l'autre nous éprouverons les effets de sa miséricorde et de sa puissance. Il faut remarquer en outre qu'ils sont dix k l'implorer, et que la force de leur foi s'augmente par la réunion de leurs prières. Jésus a dit : Quand deux ou plusieurs sont assemblés en mon nom^ je suis au milieu d'eux; tout ce qu'ils demanderont en mon nom sera accordé par mon Père. De là l'utilité de la prière publique, nonseulement parce qu'elle produit l'édification de ceux qu^ y prennent part , mais encore parce que le concours des volontés et des sentiments lui donne une inmiense force d'attraction, comme aussi elle multiplie les hommages rendus à Dieu
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et renforce Texpression de la reconnaissance et de la louange.
Jésus dit aux lépreux d'aller se présenter aux prêtres. C'était leur annoncer qu'ils étaient guéris, puisqu'il appartenait aux prêtres de Tancienne loi de constater la guérison de la lèpre, et eux seuls pouvaient permettre aux lépreux guéris de rentrer dans le commerce de la société. Or, k lèpre figure ici le péché, qui est véritablement la lèpre de Tâme, et que, d'après le pouvoir conféré par Jésus-Christ à ses apôtres et à son Église, les prêtres seuls peuvent guérir; car il leur a été dit : Ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel, et ce que vous lierez ici-baïf sera lié dans l'éternité. (Matth., XV, 19.) Les péchés seront remis k ceux auxquels vous les remettrez et retenus à ceux auxquels vous les retiendrez. (Luc, XX, 23.) Les pouvoirs des ministres de la nouvelle loi sont donc bien supérieurs à ceux des prêtres de l'ancienne, puisque les seconds constataient seulement la guérison , et que les premiers sont chargés de l'opérer. C'est pourquoi il n'y a de salut que dans l'Église et par elle.
Cependant un des lépreux, et c'était un étranger, un Samaritain, poussé par la reconnaissance, vient se jeter aux pieds du Sauveur pour l'adorer, avant d'avoir été trouver le prêtre. Dès qu'il s'est senti guéri, il a éprouvé le besoin de remercier
son bienfaiteur. Ainsi il peut arriver aussi sous la loi nouvelle, que Textrême douleur de la pénitence, la vivacité de la contrition, Tardeur de la foi et de la charité méritent et attirent le pardon de Dieu, avant que le prêtre Tait prononcé. Il n'est pas absolument nécessaire de se confesser formellement pour obtenir la rémission de ses péchés, et le désir véhément du baptême peut opérer Ja purification d'une âme , et la régénérer par TEsprit-Saint qu'il y attire. C'est ce qui est indiqué ici par le retour prématuré vers Noire-Seigneur du lépreux reconnaissant.
Cependant dix ont été guéris, et un seul vient rendre grâces! Ou sont donc les neuf autres? Les neuf autres sont tout à la joie d'avoir recouvré h santé, et le bonheur qu'ils éprouvent d'être délivrés de cette terrible maladie, qui Jes séparait du monde, l'emporte dans leur cœur sur la gratitude' due à celui qui les a guéris. C'est ce qui nous «^ rive le plus ordinairement dans nos peines de l'âme, de l'esprit, ou du corps. Tant que noQS sonunes dans le feu de la souÎTrancô, nous crions misère, et toute notre existence est tendue par h désir d'être soulagé ou délivré vers Celui dontnmiS' implorons l'assistance. Une fois guéris, ou «A moins le mal diminué, la joie de la santé reooV' vrée ou de la douleur suspendue nous ramène à nous-mêmes, et dans la préoccupation exclusive de
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notre bien-être, nous oublions aisément la souffrance passée et Celui qui nous en a affranchis. Heureux encore guand les hommes ne font qu'oublier ou négliger celui qui leur a fait du bien, et que leur oi^eil ne les tourne point contre lui pour se dispenser de la reconnaissance. D'ans le cas présent, un seul sur dix est venu avant tout rendre gloire à Dieu, pensant à remercier le bienfaiteur avant de jouir du bienfait. C'est le dixième de ceux qui ont reçu la même grâce , et nous ne croyons pas que la proportion soit autre encore aujourd'hui. La gratitude, qui semble si naturelle, si conforme à la justice, est cependant chose rare parmi les hommes, auxquels le péché d'origine, principe de leur orgueil natif, a inoculé l'ingratitude. Aussi le bon lépreux, qui était un étranger, ce qui montre que la grâce divine fructifie souvent plus dans les pécheurs ou en ceux qui paraissent le plus éloignés de l'Église, le bon lépreux, dis-je, pour prix de l'hommage de sa reconnaissance, reçoit un double salut : d'abord la santé de son corps, commeies autres, en vertu de la première parole de Jésus-Christ adressée à tous; puis le salut de son ^e, par ime seconde parole à lui seul adressée , récompense du nouvel acte de foi qui le ramène aux pieds du Sauveur.
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Après avoir invoqué Dieu vivement dans la peine et dans le malheur, criant vers lui de toutes nos forces pour ^re délivrés du mal, ne Poublions pas quand nous avons été exaucés, et que le sentiment de la reconnaissance nous pousse aussitôt à ses pieds. L'ingratitude est ce qui Toffense le plus.
PRIERE
Dieu tout-puissant et éternel, augmentez en nous la foi, l'espérance et la charité, et afin que nous méritions d'obtenir les biens que vous nous avez promis, i faites-nous aimer tout ce que vous nous ordonnez, i par Notre- Seigneur, etc.
LB
QUATORZIÈME DDIANCHE APRÈS LA PENTECOTE.
ÉPITRE (aux Galales, V, 16-24).
Mes frères, je vous le dis, conduisez-vous selon l'esprit, et vous ne suivrez pas les désirs de la chair; car la chair a des désirs contraires à l'esprit, et Tesprit en a de contraires à la chair, et ils sont opposés l'un à Taulre, en sorte que vous ne faites pas toujours ce que vous voudriez. Que si vous êtes conduits par l'esprit, vous n'êtes point sous la loi. Or, il est facile de connaître les œuvres de la chair, qui sont la fornication, l'impureté, l'impudicité, la luxure, ridolâtrie, les empoisonnements, les inimitiés, les contestations, les jalousies, les colères, les querelles, les dissensions, les sectes, l'envie, les meurtres, l'ivrognerie, les débauches et autres choses semblables]; et je vous déclare, comme je vous l'ai déjà dit, que ceux qui les commettent ne posséderont point le royaume de
Dieu. Mais les fruits de l'esprit sont la diarité, la joie^ la paix, la patience, la clémence, la bonté, la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la continence, la chasteté. Il n'y a point de loi contre ceux qui vivent de la sorte. Or ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses concupiscences,
L'épitre et révangile de ce jour s'accordent à nous montrer que les désirs de l'esprit sont inconciliables avec ceux de la chair, ou qu'on ne peut servir deux maîtres à la^fois. (Matth. VI, 24.) Cette malheureuse scission entre l'âme et le coi^», et leur opposition instinctive dans l'état présent de notre existence proviennent du péché d'origine, qni a interverti leur rapport en faisant prédominer la concupiscence chamelle sur la tendance sublime de l'âme vers le ciel. Dans l'ordre nornaal de la création le corps était soumis à l'âme comme gn serviteur obéissant, un instrument docile. Mais quand l'âme, cédant à la tentation du prince dn mensonge, s'est révoltée contre la loi divine, le corps à son tour s'est mis en révolte contre elle, et depuis ce temps, il cherdie à l'entraîner et à la subjuguer par sa concupiscence. C'est ju«temfflit ce désordre que l'esprit de Dieu, infus dansTâme par le baptême et les autres sacrements ^ tend à
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redresser, afin de rétablir Tempire légitime de rhomme sur son corps et sur la matière par Ja grâce de Jésus- Christ. De là la dignité et la puissance du chrétien, et ce que TApôtre appelle la liberté des enfants de Dieu par l'affranchissement du joug de la chair et de ses œuvres. {/tom.,Vin, 21.)
Toutefois, et il faut y penser sérieusement, nous ne deviendrons vraiment chrétiens que si nous suivons dans notre conduite de tous les jours Tesprit de Jésus-Christ reçu au baptême, et que l'Église s'efforce de renouveler et d'augmenter en nous par tous les moyens de Tinstruction et du culte. Et cet esprit nous pousse sans cesse à combattre les désirs déréglés de la chair, afin de ramener Thomme terrestre par la mortification à la subordination qu'il doit à l'âme, comme l'âme doit obéir à la loi divine. Ce qui constitue pour chaque chrétien une sorte de crucifiement, par lequel il participe suivant ses forces à la passion du Sauveur, dont le corps n'a subi tant de douleurs et les angoisses de la plus horrible mort que pour expier nos fautes en notre place et laver nos iniquités dans son sang,
Si donc nous nous laissons aller à la concupiscence chamelle d'une manière quelconque, accomplissant l'une des œuvres de la chair énumerées par l'Apôtre, non pas seulement les plus gros-
sières, comme Tadultère, la fornication, Tivrognerie, la débauche et tout ce qui ressort de la sensualité, mais même les plus délicates , les plus subtiles, et celles que TApôtre appelle ailleurs ^'ritualia nequitix (Èphés.y VI, 12), comme par exemple Tenvie, la jalousie, le ressentiment, la vengeance, etc. ; quand nous suivrions Tesprit de Dieu en tout le reste, que nous aurions de la foi, de la piété, le goût des choses divines, la persévérance dans la prière, et que nous ferions d'abondantes aumônes, dominés en un seul point par la chair et esclaves de sa concupiscence au moins par ce lien qui suffit à nous captiver, nous dépendons à la fois de deux maîtres, que nous tâchons de servir ensemble; et ainsi, n'étant vraiment ni à J'un ni ï l'autre, nous les mécontentons tous les deux. C'est ce qui arrive à plusieurs personnes de piété, ou qui croient en avoir, et qui vivent dans le monde et de la vie du monde. Elles mêlent dans leur conduite la vie chrétienne à la vie mondaine, et prétendent accommoder les exigences de l'une et de l'autre , donnant ordinairement une partie de la matinée à Jésus-Christ et à son Église, et le reste tle la journée aux instincts et aux délicatesses du corps, aux entraînements de l'esprit du monde qui s'expriment et se satisfont par le luxe, les amusements et les fêtes de la société, où tout est employé à exciter la concupiscence des sens, celle
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des yeux, et Toi^eil de la vie. Or, le salut de ces personnes est d'autant plu^exposé, que la plupart du temps elles se croient en règle auprès de Dieu à cause des pieux exercices qu'elles suivent, des œuvres charitables auxquelles elles prennent part, ne voyant pas qu elles n'y participent que par la forme, selon la lettre, sans en recevoir l'esprit, qui seul communique la vie de la grâce et opère l'union avec Jésus-Christ.
Jésus dit à ses disciples : Personne ne peut senir deux maîtres; car, ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou s'il respecte l'un, il méprisera Tautre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent. C'est pourquoi je vous dis : ne vous inquiétez point de ce que vous mangerez ni comment vous couvrirez votre corps. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le bêtement? Considérez les oiseaux du ciel : ils Bé sèment point, ils ne moissonnent point, et ils Pâmassent rien dans les greniers ; mais votre Père céleste les nourrit. N'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux? Qui d'entre vous avec toute sa pensée peut ajouter à sa taille une coudée?
Et le vêtement, pourquoi vous en înquîétezvous? Voyez les lis des champs, comme ik croissent! Ils ne travaillent point, ils né filent point, et cependant je vous déclare que Salomon lui-même dans toute sa gloire n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. Si donc Dieu vêtit ainsi une herbe des champs qui existe aujourd'hui et qu'on jettera demain au four, comment n'aurait-il pas soin de vous, hommes de peu de foil Ne vous inquiétez donc point en disant : Que mangerons-nous? ou que boirons-nous? ou de quoi nous couvrirons-nous? Ce sont les païens qui se préoccupent surtout de ces choses ; mais pour vous, votre Pèr^ sait que vous en avez besoin. Cherchez donc d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.
En général, les hommes, même ceux qui ont de la piété, ont une préoccupation excessive pour tout ce qui tient à la vie du corps, aux moyens de la conserver et de la rendre plus longue et pln& agréable. La plupart consument leur vie entière à se procurer les ressources pour vivre en ce monde, sans s'inquiéter de la fin dernière de cette exis-
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tence, et où elle doit les mener par la mort. Les soucis de la vie matérielle leur font oublier les soins de la vie spirituelle. Combien d'hommes, en effet, dans cette grande ville où s'agitent tant de passions et d'intérêts, où Ton cherche la fortune ou le plaisir de tant de manières et par tant de voies, toutes estimées bonnes si elles réussissent, paesent les jours, les années, la vie entière sans penser qu'ils ont une âme dont ils devront rendre compte à Dieu au sortir de cette terre, à laquelle ils laisseront cependant malgré eux tout ce qu'ils y ont acquis avec tant de peines et de risques. Il n'est donc pas digne d'un chrétien de se laisser absorber par les soins du manger, du boire, du vêtement, du logement, en im mot, de ce qui ne regarde que le corps ; car le chrétien a reçu au baptême une autre vie, une vie surnaturelle, qu'il doit, avec l'aide de Dieu, s'efforcer de développer et de perfectionner en lui, afin d'en trouver un jour le complément dans le sein et dans la gloire de Dieu, qui a daigné l'y initier par la grâce. C'est pourquoi Notre-Seigneur affirme que ce sont les païens qui se conduisent de la sorte.
Toutefois, cela ne veut pas dire que le chrétien lui-même ne doive pas travailler pour se procurer ce qui est nécessaire au soutien de son existence. Seulement il doit le faire avec modération , sans inquiétude exagérée ni surtout exclusive, n'y met-
tant point raideur principale de son âme, ni son plus vif et son premier désir. Ce qu'il doit demander avant tout, en sa qualité d'être intelligent et libre, c'est la vérité pour son esprit et la justice pour sa volonté, fût-il même un païen, puisque les besoins de l'âme doivent passer avant ceux du corps. Mais celui qui a le bonheur d'être chrétien, c'est-à-dire initié à la vie même de Dieu et participant aux dons de son Esprit, doit chercher pardessus tout le royaume du ciel et sa justice, c'està-dire l'accomplissement de la volonté divine sur la terre ; et alors le reste lui sera donné par surcroît. Alors, en effet, la parole de cet évangile se réalisera en lui. L'oiseau que Dieu nourrit si généreusement, la fleur des champs qu'il vêtit avec tant de splendeur , font ce qu'ils doivent faire dans le monde, conformément à la destination que le Créateur leur a donnée. Ils accomplissent sans le savoir la loi qui leur a été imposée, et c'est pourquoi la Providence pourvoit à tous leurs besoins.
Aux petits des oiseaux il donne la pâture Et sa bonté s'étend sur toute la nature.
C'est pourquoi, si, comme eux, nous observons notre loi en faisant aussi tout ce qui se rapporte à notre destination, comme eux aussi nous serons dans l'ordre de notre existence, et nous pourrons
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compter sur la même sollicitude de sa Providence. Or, puisque Dieu nous a donné de plus qu'à eux la raison et la volonté, et que par ces nobles facultés il nous a remis le soin de soutenir et de diriger notre vie , nous devons par le travail nous procurer ce qui nous est nécessaire, mais sans y mettre notre préoccupation principale et notre zèle exclusif, comme si nous n'étions ici -bas que pour y soigner notre corps et satisfaire ses appétits grossiers. Rappelons-nous toujours que la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. L'âme aussi est plus que le corps, qui n'en est que Tenveloppe. Donc, quand nous avons pris à l'égard dé l'existence matérielle les précautions indispensables à sa conservation, et travaillé, autant qu'il dépend de nous, à subvenir à ses besoins, abandonnons le reste entre les mains de Dieu, qui aura encore plus soin de nous que des oiseaux du ciel et des plantes de la terre, si nous suivons notre loi comme ces créatures, et parce que nous sommes plus précieux à ses yeux. C'est pourquoi, sans négliger ce qui regarde le corps, ayons confiance en la bonne Providence dont le regard est toujours sur nous ; et coinme Dieu nous a créés et mis au inonde pour le connaître, l'aimer, le servir, jet par là obtenir la vie étemelle, efforçons-nous par notre bonne volonté, éclairée de sa lumière et soutenue de sa grâce, de répondre à cette destination
sublime, et ainsi d'accomplir notre loi suprême, en cherchant avant tont le royaume de Dieu et sa justice.
PRATIQUE
Sufsum corda, que nos cœurs s'élèvent vers le ciel, rimmortelle patrie 1 Nous ne devons soigner le corps que parce qu'il est l'instrument de l'âme dansTa recherche de la vérité et du bien, et pour conquérir le royaume du ciel. Faisons l'œuvre de Dieu sur latence, et Dieu pourvoira à tous les besoins de ceux qui travaillent pour lui.
t PRIÈRE.
Conservez votre Église, Seigneur, par une assi^ tance continuelle ; et puisque l'homme est si faible, qu'il tombe si vous ne le soutenez, que votre secours le préserve de tout ce qui lui est nuisible et le porte vers ce qui peut contribuer à son salut, par notre Seigneur Jésus-Christ, etc.