‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles des dimanches et des fêtesChapitre 7 sur 103 · E88S DU JOUR · texte numérisé non relu

E88S DU JOUR

ÊPITRE (aux Hébreux, I, M2).

Dieu, qui avait parlé autrefois à nos pères en divers temps et de différentes maiiières,nous a

54 NOtL.

parlé danfi ces âerDîa?s jours par Bon Filg,fii^i] a fait héritier de toutes choses, par lequel îl a créé les siècles. Et comme il est la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance, soutenant tout par la puissance de sa .parolei, s^jurès nous avoir purifiés de nos péchés^ il est assis ,aH plus haut des cieux à la droite de la Souveraine Majesté, d'autant plus élevé au-dessus des anges, que le nom dont il a hérité, es* plus excellent que le leur. Car qui est Fange à qui Dieu ait jamais dit : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd'hui. Et ailleurs. Je serai son père et il sera mon fils. Et lorsqu'il introduit son premier-né dans le monde, il dit : Que tous les anges de Dieu l'adorent. Aussi l'Écriture dit touchant les anges : Dieu a fait des esprits ses envoyés, et des flammes de feu ses ministres, mais au Fils : Votre trône, ô Dieu, est un trône éternel ; le ^sceptre de votre empire est un sceptre d'équité. Vous avez aimé la justice et vous avez haï l'iniquité; c'est pourquoi, ô Dieu, votre Dieu vous a oint d'une huile de joie au-dessus de tous ceux gai participent à votre gloire. Et ailleurs : Seigneur, vous avez

cr8ë la ferre dans le commencement , et les cieox sont Fouvrage de vos mains. Ils périront, maïs vous demeurerez. Ils vieilliront comme an vêtement; vous les changerez comme un manteau et ils seront changés. Mais vous, vous êtes toujours Je même et vos œuvres ne finiront prâit.

Ici encore l'Église empnmte les paroles de saint Paul, pour nous dire la nature, la dignité, la fonction et la gloire du Sauveur qui vient de naître. Sa nature est celle de Dieu même, comme TÂpAtre l'affirme ailleurs. (P/u/tp.,.II, 6.) Quoiqu'il eût la forme de la divinité , il n'a pas dédaigné de preiadre celle du serviteur. II est Dieu comme son Père ; carîl est la splendeur de la gloire et l'image de sa substance, donc de la même substance que lui, comme le rayon est consubstantiel au soleil. {Rébr.^ I, 3.) Par sa dignité il est au-dessus de tontes les créatures, parce qu'il a été engendré de tonte éternité et qu'il est le Fils imique du Père, le premier engendré, que les anges du ciel doivent adorer. A lui seul il a été dit : « Tu seras mon fils et je serai ton père. » C'est pourquoi il est assis au plus haut des cieuxà la droite de la Majesté. Sa fonction est en raison de sa nature et de sa dignité ; il a créé les siècles et il soutient tout par la puis-

sance de sa parole, par le verbe de sa vertu; il agit et opère sans cesse comme le Père; car il a dit : «c Je fais ce que fait mon Père, et tout ce qui est à mon Père est à moi. » (Jean, XVI, 15.) Je ne parle que de ce qui vient de mon Père. (Jean, XV, 15.) Qui voit le Fils voit le Père. (Jean, VIII, 9.) Mon Père et jnoi nous sommesun. (Jean, X, 30.) Ainsi la seconde personne de la sainte Trinité, consobstantielle aux deux autres , une en nature avec le Père et le Saint-Esprit, bien qu'elle en soit dis tinctepar ses propriétés, participe aux fonctions du Père et de TÉsprit, la création et la sanctification, comme le Père et l'Esprit prennent part à l'œuvre de la Rédemption. Sa gloire est celle du Père, puisqu'il en est la splendeur ou le rayonn.ement, et il est aussi élevé au-dessus des anges, que son nom est plus excellent. Les anges sont des serviteurs, des envoyés , des ministres. Il est , lui , l'héritier de toutes choses, assis sur le trône éternel, perlant le sceptre de justice, et oint d'une huile de joie et de triomphe plus que tous ceux qui participeront à sa gloire. Aussi la terre et les eaux, ouvrages de ses mains, périront; elles vieilliront comme un vêtement ; il les changera comme un manteau; mais lui sera toujours le même, et ses années ne finiront point.

An commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était an commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. En lui était la vie et la vie était la lumière des honmies : et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise. Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s'appelait Jean. 11 vint pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. n n'était pas lui-même la lumière, mais il vint pour rendre témoignage à la lumière. Celui-là était la vraie lumière, qui illumine tout homme venant en ce inonde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne Fa point connu. Il est venu chez lui, et les siens ne Tout point reçu. Mais il a donné à tous ceux qui Toht reçu le pouvoir d'être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de Thomme, mais de Dieu. Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité

parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité.

Cet évangile peut être appelé la théologie du Verbe. L'apôtre saint Jean a été transporté par l'Esprit divin jusque dans le sein de Dieu, où il a contemplé la génération étemelle- du Fils par lé Père, et il enseigne que le Fils ou le Verbe, ex^ pression adéquate du Père, image substantielle de son essence, est un avec le Pèro dans l'unité dh Saint-Ssprit, qui est le lien de leur amour, et ainsi qu'il y a un seul Dieu en trois personnes, un par l'identité d'essence, de gloire et de majesté, et trois par la distinction, dès, propriétés personnelles. Puis, à la iin de cet évangile saint Jean annonce que le Verbe s'est fait chair, qu'il a habité parmi nous, et que, malgré- son abaissement volontaire, qui a consenti à revêtir la misék^abld nature de l'humanité pour la sauver, il s'est néanmoins manifesté conmie le Fils unique du Père par la lumière de l'étemelle vérité que sa parole a révélée aux hommes, et par les grâces du cIqI dont toute sa personne était remplie, et qu'il a répandues et répand encore sur la terre par sa vie, par sa mort et par le ministère isaoïé de son fi^ise;

Baa& les detuCiétats du Verbe.ou du Fib de Diaii,.

NOfiL; 5d

dfuQ €Ôté^ dtms te. seia da Père* et dftue le bonheur et h gloire de réternelle génâmlion^ de Tantre izm soa imioii; atec rhomaiiité par Tlncacnation fS9k c&mmM SieA&it homme, Tapôtra nous montre . k donblb manifestatioii de Celui par qui toutes ehmes ouli ^ faites^ et cpii ett par conséquent en principe la vie de tous les êtres, puisqu'il la leur donne. Mais dans les créatures intelligentes, et ainsi dans l'homme , qui a un espidt fait pour oon» naître la yéritë, la- Write étant la lumière,. la vie la ^tispure de Thommie, celle de son esprit, est aussi himièf e, et c'est pemtpiei le. Verbe est la lumière dfts^honuaes.

Sfaûs ceUe lumière a brillé^ de deux* manières, eftdaus t^nps di£ferents. Lfapôtre dit qu'elle a lui danales ténèbres qui ne Tout point reçue. Le prenues cas est celui de la manifestation de Dieu piff la nature, ou de ce qu'on peut appelea* dans un seûs Bâstmnt la révélation natorelle, les honmies aveu** ^ par leurs sens et leurs passions n'ayant point eomj^ tout ce q^e Bien a fait connaître de lui et de ses pecfections inrisibles par les choses visibles. « Anaô, dit saint Pad, ile^obtété inexcusables. » |B&m. !]^ 20.) liai lumière dhâne, répandue dans la «afinre, a lui dans les ténèbres da^leur raison, qui a-eau a point été> asees éclairée^ pouc s'élever des Qpfatures au Gréaleur. Elle a. confoodu la divinité vm^êea oaufises^et, a tendu t ce qui passa rhom**

mage dû seulement k rÉternel. C'est l'histoire de ridolâtrie des nations.

Cependant le Verbe divin s'est révélé d'une autre manière, muîtifariam multisque modis, dît saint Paul (Hébr. I, 1) : parles patriarches, par les sages et les prophètes parlant au nom de Dieu au peuple choisi, et enfin personnellement, directement par Jésus-Christ ou Dieu lui-même fait homme pour instruire et sauver les hommes. C'était toujours la même lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde ; mais cette fois elle est venue en personne dans le monde, et le monde ne Ta point connue. Elle est venue chez les siens in propria y chez cette nation que Dieu s'était choisie et avait préparée dès le commencement pour être l'instrument de la grande œuvre de sa miséricorde, et les siens, le peuple élu, les enfants d'Abraham, du père des croyants, ne l'ont pas reçue. Quelques uns seulement l'ont reçue, et par sa vertu ils sont devenus des créatures nouvelles , régénérées par l'eau et l'Esprit, enfants adoptifs de Dieu par une filiation surnaturelle, où le sang, la chair et la volonté de l'homme n'ont point de part. C'est par cette génération que l'Église à été fondée en la personne des apôtres et par leur foi , quand le Seigneur leur a communiqué le Saint- Esprit et leur a donné la mission d'enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Përe>

du Fils et da Saint-Esprit. Cette procréation des enfants de Dieu snr la terre se continue dam l'Église, la mère des âmes, par l'application continuelle du sacrement régénérateur qui leur transmet la vie divine, par renseignement de la parole étemelle qui entretient cette vie en elles, par l'eucharistie qui leur procure le pain du del, et par les autres sacrements et tous les moyens de grâces et de bénédictions dont l'Église dispose. Aussi, comme elle n'est point le produit de la chair, ni du sang, ni de la volonté de l'homme, cette vie pure et sublime du ciel et des anges, cette fleur de la vie de l'âme, qu'on appelle spécialement la vie spirituelle, la spiritualité, et qui est une participation plus intime à la vie même de Dieu, a une répugnance native pour tout ce qui tient aux instincts, aux appétits, aux désirs de la chair et du sang. Elle se dégage le plus qu'elle peut des mouvements, des entraînements et des affections de la nature inférieure, de tout ce qui provient de la génération chamelle, de la concupiscence animale , pour ne suivre , autant qu'il est possible ici-^bas, que les attraits de la grâce et les motions de l'Esprit divin. L'âme née de Dieu et non de la volonté humaine , mue par l'Esprit divin , qui fait les enfants de Dieu (Rom,, VIII, 14), se dépouille le plus qu'elle peut par le renoncement au monde et à elle-même de sa volonté propre, de son esprit

propre, afin de ne plus rechercher et opét^r en Joutes chose» que la vérité, la justice et le hiôn, ea^resâons étemelles de layolûuté divine.

ERATIQUEU

Enfants 'da Dieu par le baptême et par notre foi, soyons-le aussi par toutes nos actions et dans toutes les positions de notre vie. Que notre âme, régénérée parle sang de Jésus-Christ, ne se jnontre point indigne de son illustre naissance ; et puisqu'elle est ressuacitée à; la vie du ciel avec son sauveur, qu*elle cherche avant tout les choses du ciel, et ne se dégrade plus par le goût de celles de la terre.

Faites, Dieu tôut-puissant , que par la naissance de votre Fils unique, qui s'est revêtu dô notre chair mortelle, nous jouissions d'une liberté parfaite, après «voir langui si longtemps dsms la servitude et sous le joug du péché.. Par Jésus-Christ, notre Seigneur, etc.

JÉPITRE (aux ûalatas, lY, H).

Tant que Théritier est encore enfant, il ne diffîre point d'un serviteur, quoiqu'il soit le maître de tout; mais il est sous la puissanceda tuteur et du curateur, jusqu'au temps marqué par son père. Ainsi, lorsque nous étions encore enfants, nous étions assujettis aux éléments du monde. Mais quand les temps ont été accomplis. Dieu a envoyé son Fils formé d'une femme et assujetti à la loi pour racheter ceux qui étaient sans la loi, afin que nous devins* sions ses enfants adoptifs. Et parce que vous êtes ses enfants, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils, qui crie : Abba, mon Père. Aucun de vous n'est donc plus serviteur, mais enfant. Que s'il est enfant, il est aussi héritier de Dieu par Jésus-Christ.

En nous faisant lire cette portion de TÉpitre aux fialatBS pendant l'octave >de Noël, rÉglise nous

rappelle en premier lieu l'iininense bienfait de la descente du Verbe divin sur la terre et de laccomplissement de la mission par laquelle il a délivré les hommes de l'empire du mal et de la servitude de la loi ancienne , destinée à le combattre sans pouvoir jamais le détruire, et ne réunissant le plus souvent qu'à le faire abonder. De serviteurs et d'esclaves nous sommes devenus les enfants, adoptifs de Dieu par le baptême , qui nous fait un avec Jésus-Ghrist , puisqu'il nous fait membres de son Église, qui est son corps, et par la foi en sa parole, par laquelle il participe à son Esprit, le chrétien a en lui l'Esprit du Fils de Dieu, qui dans sa prière crie vers le ciel comme Jésus, mon Père, mon Père, Abba, Pater, et dans sa conduite doit le mouvoir et le diriger dans ses rapports avec Dieu comme un enfant vis-à-vis de son pèrei De là sa confiance en Dieu, qu'il sait être son Père, et dont il se sent non plus le serviteur, mais l'ami, mais l'enfant, ou le fils adoptif appelé aussi à l'héritage du Père. Les frères de Jésus-Christ sont les cohéritiers de sa gloire.

Mais il y a encore dans ces paroles un autre sujet de méditation et qui se rapporte à l'état des chrétiens d'aujourd'hui. Assurément nous ne sommes plus tentés comme les juifs ou les Galates du temps de saint Paul de revenir à l'observation cérémonielle de la loi mosaïque, et de mêler le

judaïsme au christianisme. L'Église, en nous citant leur exemple, ne songe donc nullement à sons préserver de cette faiblesse, que TApôtre leur reprochait, et qui rendait vaine pour eux la Tcrtû de la Rédemption. Mais le pharisaïsme est de tous les temps , sous une forme ou sous une autre; par un trop grand attachement aux observalSces de la loi ancienne chez les premiers chrétiens d'entre les circoncis, ce qui affaiblissait leur foi en rÉvangile, et les ramenait, comme dit TÂpôtre, aux éléments de Finstruction religieuse; par une confiance exclusive ou prédominante dans les pratiques extérieures du christianisme chez les chrétiens des siècles suivants, et particulièrement do nos jours, en sorte qu'on croit avoir tout fait en les accomplissant exactement, surabondamment, s'attachant à la lettre qui tue plus qu'à l'esprit qui YÎvifie, et mettant sa dévotion dans la forme plus que dans la vérité ou l'âme de la piété, qui est la charité, comme ces pharisiens que le Sauveur accuse tout en payant exactement la dime de fouler aux pieds la justice et la miséricorde. C'est la différence de la vraie et de la fausse dévotion. La première, comme son nom l'indique, est le dévouement de l'âme à Dieu et à sa parole, et la plénitude du dévouement ou de l'observance de la loi divine est dans l'amour, plenitiuio legis dilectio. (flowi., Xni, 1.) La seconde, qui pourrait, comme

66 DIMANCHE DANS X'OGTAVE DE NÛÊL.

dit TApôtre (1 Corinth., XIII, 1), parlerlefi langneè des anges et des hommes , posséder la science des mystères, avoir même la foi qui transporte les montagnes et enfin aller jusqu'à donner tout json bien aux pauvres et livrer son corps pour "être brûlé, n*est cependant rien et ne sert de rien, si elle n'a pas la charité, à savoir ^et amour du Fils pour le Père, qui, cherchant a;vant tout à faire' sa volonté et ce qui lui est agréable, accepte tout, souffre tout par le sacrifice jusqu'à l'anéantissement de soi-même , comme Jésus l'a fait dans sou Licarnation et sur la croix pour complaire à son Père et sauver le genre humain. (Philip., , 11, 7.) Il convie ses vrais disciples à le Eaire à leur tour h son exemple et par le moyen de sa grâce, laquelle, en leur donnant part à sa vie et à sa vertu, les rend capables d'agir conome lui, priant comme il a prié, aimant comme il a aimé, et ^chant de ^suivre ses traces en toutes choses, dans sa vi« etdans sa mort. Que celui qui veut être mon disciple renonce au monde et à lui-même, qu'il prenne sa croix, qu'il la porte tous les jours et qu'il me suive. (Marc, VIII, 34.)

Joseph et Marie, mère de Jésus, étaient dans

DIMANCHE DANS L'OCTAVE DE îîOfiL. 07

radmiration des choses qu'on disait de lui. Et Siméon les bénit et dit à Marie sa mère : Voici celui qui est établi pour la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël, et pour être en butte à la contradiction. (Isaïe, TIII, 14.) Et le glaive traversera votre âme, afin que les pens^ de beaucoup soient révélées. Il y avait ium une propbétesse nommée Anne, fille de Hianuél, de la iribu d'Aser; elle était trèsavancée en âge et «vaît seulement vécu sept ans avec son mari depuis sa virginité. Elle était demeurée veuve jusqu'à quatre-vingt-quatre ans, et elle ne s'éloignait point du temple, servant Dieu jour et nuit dans les jeûnes et la prière. Etant donc sur¥enue à la. même heure, elle confessait le Seigneur» et parlait de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël. Après qu'ils eurent accompli tout ce qui était ordonné par la loi, ils s'en retournèrent en Galilée, à Nazareth leur ville. Cependant l'enfant croissait et se fortifiait reny)li de sagfôse, et la grâce de Dieu était en lui

La prophétie du vieillard Siméon annonce dlakrd toat ce que ^ JJéaus-Christ aura à souffrir

parmi les hommes. Il sera en butte à la contradiction, à l'opposition, par conséquent à une latte continuelle et aux douleurs qu'elle entraîne. Vérité incarnée qui vient instruire les hommes, il aura contre lui Terreur et le mensonge; Justice suprême, qui vient régler leurs actions, il aura contre lui toutes les passions humaines et leurs désordres ; Verbe divin, descendu vers l'humanité pour la relever jusqu'à lui en lui communiquant la vie et la lumière du ciel, il aura contre lui tous ceux qui aiment la terre plus que le ciel, et qui veulent l'exploiter pour leur gloire ou leur plaisir. Aussi toutes les passions humaines, tous les instincts terrestres se coalisent contre lui pour le persécuter, le chasser, le tuer. Toile 6t/m, s'écrie la multitude séduite et entraînée par l'envie et la colère des princes des prêtres et des docteurs de la loi. Ciiicifigatury qu'il soit crucifié. (Matth., XXVn, 12.)

Le vrai disciple de Jésus-Christ a le même sort encore aujourd'hui, même parmi les chrétiens. Dans la société la plus civilisée et au sein de sa famille, au milieu du monde, le chrétien fidèle est comme une contradiction vivante par sa foi, par son espérance, par sa charité, par toute sa conduite qu'anime Tesprit divin, opposé à l'esprit mondain. Sa foi le met en guerre avec la raison naturelle, qui ne veut admettre que ce qui se voit

bucanghe dans l'ogtave de NOËL. 69

ou se démontre. Son espérance , tournée vers le ciei^ le détache des choses de la terre, et le place dans nn tout autre point de vue que la prudence humaine pour juger et pour agir. Sa charité, qui le porte à n'aimer que pour Dieu, est en opposition complète avec l'amour humain, qui rapporte toutes les afifections à sa jouissance ou à sa gloire. La contradiction s'établit donc sur toute la ligne, dans toutes les circonstances, par tous les moyens, et elle va souvent jusqu'à la violence de la persecation, quelquefois même jusqu'à la mort par le loartyre. Le monde supporte avec peine en son sein des hommes dont l'esprit est contraire au sien, et qui semblent le condamner par leur conduite et par leurs exemples, quand ils ne le blâment point par leurs paroles, comme dit Isaîe ; et plus ces hommes lui sont proches par les liens du sang ou autrement, plus ils lui deviennent odieux, plus il s'acharne à les éloigner ou à les détruire, s'il est possible. C'est ce qu'exprime cette parole de l'Émigile : Etinimici hominis domestici ejtis; ses plus grands ennemis seront dans sa famille. (Matth., X, 36.)

La prophétie de Siméon .se tourne alors sur Marie et lui annonce le transpercement de son âme par le glaive. Quel est ce glaive, demande simt Ambroise (lib. II, m cap. II, Luc.)1 Un glaive matériel ne perce que le corps. Ce glaive est la

70 DMANGHE DANS L'OCTA'^^ JMB TSIGÈU

parole de Dieu, vive et forte, iphis mignê que k fer le plus acéré , pénétrant jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit pour y dieeensBr les penséœdn cœur et les secrets xles ^es. <&• qui .montre, jdîlil, que Marie n'ignorait pas les profondeurs duddy dont elle était Tinstrument; ^ ainsi, larévélation du sahit des hommes opéré par la vie etlamoride son fils, tout en la remplissant de joie d'un cftté, déchirait de l'autre son cœur maternel dsB plus terribles angoisses par ila vue claire de tout ce qu'il aurait à souffrir sur la croix. tC*6it pourquoi, à mesure que les tribulations de Jésus arrivaient et que les déchirements du cœur de Marie se multipliaient, les pensées les plus secrètes de beaucoup se manifestaient par leur. oppo* sition ou leur concours à l'œuvre divine, etia séparation des amis et des ennemis de Dieu, qui ne sera complète qu'à la consommation dessiàolês^ au grand jour du jugement dernier, où les uns iront à la droite et 1^ autres à la gauche du trône du Sauveur, commence à s'effectuer pour. la insurrection ou la perte de beaucoup.

Ge que Siméon annonce à Marie arrivera aussi à i'âme fidèle, qui,, suivant les paroles de saint Léon, a «u le bonheur de concevoir aussi le Verbe divin en elle par laioien sa parole: et de le nourrir dans son sein par l'observation de ses commandements. Elle sera aussi transpercée par

JÏÏÛCANGHE. DANS L'OCTAVE DE NOÈC. 71

HÎbgiaive air miliBn de» impiétés, des blaspbèmes^ des: moqueries on des mépris dû monde à l'égard ifi J^is^Gfarist et de son Église. Elle le* verra Mntiauellementi pesséonté, bafoné, conspné, craôfié de nonvean; et^par Ibs brisements de cœur ^dk en ressentin^ par ses angoisses et ses don* leors^ elle ^prendra à connaître Tintérienr de ma qni Tentonrent, lenrs désirs les pins se^ crets et les- mouvements intimes de leur ^e. Les pensées de plusieurs lui seront révélées, et Texpérience des hoiiones lui sera donnée par ses tribulations.

Après lu prophétie du juste, qui avait reçu la promesse et qui a eu la consolation de voir son sauveur avant de mourir, vient celle de la femme (pi a passé la plus grande partie de sa vie dans un chaste veuvage, prélude de la chasteté chrétienne^ et aussi dans le ieùne et dans la prière, mortifiant son corps^ et ^e vivant plus que pour Dieu, dont elle attendait le Messie. Elle se mit à confesser le Seigneur, et elle parlait de lui à tous ceni qni attendàieîit'la rédemption d'Israël. Ainsi te vieillir le dirétien, combattant par une mortification constante les instincts de son corps et les passions de son cœur, habitant le plus qu'il lui sera possible la maison de Dieu, où il entend sa parole et reçoit la nourriture de l'esprit, en même temps qu'il converse avec lui par la prière, et

épanche son cœur dans son sein par ses supplications ou ses actions de grâces : d'un côté louant le Seigneur dans son temple, en participant aux offices publics et à la prière conunune; et de l'autre le confessant dans sa maison , dans sa famille, au milieu des siens, partout oii il se trouve, quand l'occasion lui en est donnée, parlant de la Rédemption .des hommes par Jésus-Christ, et annonçant le Sauveur et les moyens du salut.

PRATIQtTE.

Appliquons-nous les paroles de Siméon, afin de nous unir à Jésus non-seulement par les bienfaits, mais aussi par les douleurs de sa croix. Résignons-nous à être avec lui en butte aux contradictions du monde, et acceptons avec Marie tous les déchirements du cœur que le salut du genre humain devait lui causer, et sans lesquels notre propre salut ne peut s'accomplir.

Dieu éternel et tout-puissant, dirigez nos actes en conformité avec votre volonté, afin que, agissant au nom de votre Fils bîen-aimé, nous méritions d'abonder en bonnes œuvres par Jésus-Christ, etc.

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